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    Les fantômes d’Erich von Stroheim

    16 mars 2009
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    vrai_eric
    A l’image des ses films, Erich von Stroheim est un personnage mystérieux, presque fantomatique. Impossible de connaître réellement le cinéaste, qui, arrivé à New York en 1909 pour des raisons demeurées obscures, s’inventa une biographie conforme à son masque. Fils d’un modeste chapelier autrichien et d’une bourgeoise israélite, il se déclara comte Erich Oswald Stroheim, et se broda un passé de notable glorieux. Rien non plus, sur les supposés forfaits militaires dont il se vantait tant, ou sur sa conversion tardive au christianisme. Créateur de son mythe, il alterna les uniformes d’aristocrate désabusé et de soldat austère dans les premiers films de David Wark Griffith. Passé à la réalisation, Erich von Stroheim continua d’entretenir l’ambiguïté entre réalité et fiction. De La loi des Montagnes à Hello Sister, il transgressa les codes cinématographiques hollywoodiens, mêlant au naturalisme cru les débauches visuelles des grands studios. Une démesure de style qui illustre ses histoires, petites chroniques amères d’une société américaine corrompue par l’argent et le sexe. Entre désir incandescent, et obsession de l’avoir, Erich von Stroheim construit une œuvre cathartique et visionnaire. Confronté à la censure puis à l’hostilité des producteurs, il refuse toute concession et signe avec Les Rapaces une fable baroque sur les pulsions meurtrières d’un ménage à trois. Prévu pour durer sept heures, le film est mutilé par les producteurs qui en suppriment plus de trente copies. Lassé, Erich von Stroheim ne réalisera plus aucun film, et redeviendra simple acteur aux côtés de Jean Renoir ou Christian-Jaque.

     

    L’aventure française

    Soutenu par le réalisateur de La Bête Humaine, il tourne de nombreux films en France avant de revenir aux Etats-Unis pour le Boulevard du Crépuscule de Billy Wilder. Une parenthèse qui immortalisa les plus belles rencontres du cinéma d’entre-deux-guerres, entre Stroheim, Le Vigean, Jean Gabin ou Louis Jouvet. Outre deux documentaires sur sa vie, l’auditorium rend hommage au réalisateur, avec la projection en parfaite copie de ses plus grands films, à l’acteur, mais aussi à l’écrivain, avec la lecture d’extraits de son roman Poto-Poto le samedi 21 mars. Pour clôturer la rétrospective, le musée d’Orsay propose une reconstitution de quatre heures du montage original des Rapaces. L’occasion, peut-être, de lever le mystère sur l’œuvre inconnue du baron Erich von Stroheim.

    Romain Blondeau


    Rétrospective à l’auditorium du musée d’Orsay
    1 rue de la Légion d’honneur

    75007 Paris

    Métro Solférino
    Programme des séances: www.musee-orsay.fr

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