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    Loubna Abidar : “Aujourd’hui, mon mot favori est je t’aime”

    Hiba Bennani 12 janvier 2021
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    Connue en 2015 pour avoir incarné le rôle principal dans le film Much Loved, l’actrice Loubna Abidar ne cesse de se réinventer et de se battre pour faire entendre sa voix, en menant des combats visant la liberté d’être. 

    Comment vivez-vous cette vie de comédienne qui on peut dire, vous est tombée dessus ? 

    Oui c’est vrai, je ne me suis jamais dit qu’un jour j’allais vivre la célébrité. Je n’étais pas prête à vivre le Festival de Cannes, à endosser de grosses responsabilités. Je n’étais à l’époque qu’une jeune comédienne qui incarnait des petits rôles de temps en temps. Il y avait une énorme pression pour que j’apprenne le français. Quand je suis venue en France, je ne savais ni lire ni écrire, je devais m’adapter à un nouveau pays et une nouvelle culture, un pays que je ne connaissais que par des vacances de quelques jours pour un peu de shopping. J’ai vécu cette expérience comme une renaissance, je devais retourner à l’école et réapprendre tout, un nouvel amour pour moi-même et pour mon entourage aussi.

    Avec votre magnifique expérience, quelle vision de la vie avez-vous aujourd’hui

    Ces derniers temps, j’ai perdu beaucoup de monde à cause du Covid et je me suis rendu compte que la vie était beaucoup trop courte pour ne pas profiter et se priver des choses que l’on aime pour une raison x ou y. Aujourd’hui j’ai beau avoir seulement 200 euros, si quelque chose me plaît je vais l’acheter sans penser au lendemain. Je suis moins stressée de l’avenir et mon seul objectif est de rire le maximum possible dans une journée. À cause du stress, on prend moins le temps de s’aimer, de se parler à soi-même. Aujourd’hui, mon mot favori est “je t’aime”.

    Comment peux-tu expliquer aux jeunes ton combat en tant que femme ? 

    J’ai vécu le règne du Roi Hassan II et celui de Mohammed VI, sous un régime strict et un régime plus moderne. J’ai vu comment à nos débuts, ma mère a souffert pour nous aider. J’ai été témoin de plusieurs situations où des hommes violaient des femmes sans suite judiciaire et après tout ça je n’ai jamais, ou très rarement, vu les gens se placer du côté de la femme. La femme ne doit pas parler de ce genre de choses, de ses souffrances, sinon c’est hchouma (ndlr : la honte) pour sa famille. Tout cela me faisait très mal au cœur et je ne pouvais rien faire. À la première occasion que j’ai eu de m’exprimer, j’ai écrit le livre La dangereuse, dans lequel j’aborde et j’explique des sujets divers tels que celui de la virginité, le sujet favori de tous les hommes. J’y explique le viol mais surtout le fait qu’il faut diaboliser le violeur et non la victime, jamais la victime. C’est ça mon combat, je n’ai pas une baguette magique mais j’essaie de dégager la voie à notre nouvelle génération pour qu’elle puisse à son tour s’exprimer. Le réel problème est l’éducation qu’on donne aux enfants, à qui l’on apprend que l’avortement est interdit, que le sexe est une honte et pour une petite minorité, ce sont des enfants nés du viol. Pourquoi ne leur donnerait-on pas le choix de choisir leur vie, ainsi que celle de leurs enfants ? Il faut apprendre comment changer l’éducation de notre nouvelle génération et non pas notre éducation à nous car celle-ci est déjà faite. Il faut apprendre l’amour et bannir l’animosité, on apprend aux hommes qu’ils ont le droit à tout et aux femmes qu’elles n’ont le droit à rien, et ce problème existe à l’échelle universelle.

    En tant qu’artiste, que pensez-vous du cinéma maghrébin ? 

    Il n’y a que dans les festivals que je vois de très bons films, de très bons artistes, des œuvres vraiment incroyables. Malheureusement, le peuple marocain est très peu éduqué sur l’art. Sa perception des films s’arrête à la télévision, à des téléfilms écrits pour plaire et non pour atteindre la sensibilité. Or, quand on parle de grands réalisateurs marocains, on parle de vrais artistes. Le seul problème c’est que leurs films s’arrêtent aux festivals et seulement un petite minorité du peuple marocain se sensibilise à ces œuvres. L’Europe arrive à voir et a apprécier nos artistes mieux que nous.

    Y a-t-il une phrase, un mot, ou un message, qui vous semble important de partager avec les jeunes artistes ? 

    Il faut rêver, le rêve est beau. On va échouer une fois, deux fois, mille fois, mais il y a un moment où le succès viendra à nous et la reconnaissance de nos efforts paiera. Une chose importante qu’il faut savoir c’est que, une fois que nous atteignons nos objectifs, il ne faut jamais, je dis bien jamais, se reposer sur ceux-ci, toujours voir plus loin, rêver plus fort. Aller faire des formations, ne jamais prendre “la grosse tête” comme on dit. On a beau gagner un Oscar, on reste petit. Ce qui fait notre grandeur, c’est la persévérance. L’important n’est pas de réussir mais de continuer à réussir.

    Propos recueillis par Hiba Bennani

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