0 Shares 2463 Views

    Le sexe faisait vendre, fait-il fuir ?

    27 mars 2014
    2463 Vues
    gerontophilia

    Gerontophilia

    De Bruce LaBruce

    Avec Pier-Gabriel Lajoie, Walter Borden et Katie Boland

    Durée : 82 min.

    Sortie le 26 mars 2014

    Nymphomaniac

    De Lars von Trier

    Avec Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgård et Shia LaBeouf

    Durée (versions non censurées) : 128 min. (vol. 1) / 123 min. (vol 2)

    Sortie le 1er et le 29 janvier 2014

    À l’heure des débats de société houleux, des questions de genre, de sexe, de ce qu’il faut ou ne faut pas faire, le cinéma se dresse en irréductible (comme souvent) et propose à ses aficionados des propositions de cinéma aux noms évocateurs, de Nymphomaniac à Gerontophilia.

    Bien sûr, c’est un clin d’œil. Nul ne serait assez fou (ou aveugle) pour limiter le diptyque de Lars Von Trier à un simple titre aussi accrocheur et aussi malin soit-il. Seulement, celui-ci est sorti en France à un moment où il n’est pas (plus ?) de bon ton de se faire remarquer sur des questions de sexe. Avec son titre et sa campagne d’affichage pour le moins osée (chaque affiche représentant un membre du casting supposément en plein orgasme), Nymphomaniac s’est attiré les foudres des associations conservatrices. Et en particulier l’association Promouvoir (comprendre promouvoir les valeurs judéo-chrétiennes) qui, immédiatement après la sortie des films, a obtenu auprès d’un juge aux référés que les interdictions initiales (moins de 12 ans pour le premier volet et moins de 16 ans pour le second) soient durcies (interdiction aux moins de 16 ans pour le premier volet, interdiction aux moins de 18 ans pour le second). Et il faut savoir qu’aujourd’hui, les grandes chaînes de cinéma n’aiment pas tellement associer leur nom à des films interdit aux moins de 18 ans, aussi prestigieux soit le nom de son auteur. Alors que son contenu est justifié par un scénario intelligent (et ne comporte aucune scène X), Nymphomaniac a donc été puni de son audace en se voyant attribuer une image trop sulfureuse (à force de jouer avec le feu). Un risque qui ne lui a finalement pas permis, en prenant en compte son format particulier, de trouver totalement son public. Et le plaidoyer féministe de Lars Von Trier est résumé à son simple coup d’esbroufe, un fait malheureusement représentatif des dérives (publiques et cinématographiques) de cet auteur.

    Dans une autre veine, Gerontophilia est sorti cette semaine dans les salles françaises. Le titre ne laisse pas de doute quant à la teneur du film en nommant une déviance sexuelle dont on ne parle relativement jamais, la gérontophilie (fait d’être attiré sexuellement par de très vieilles personnes). Et si cette fois le titre du film est évocateur, c’est par l’identité de son auteur que le film est teinté de souffre. Bruce LaBruce, réalisateur canadien, est en effet un artiste connu et reconnu pour ses diverses incursions dans le domaine de la pornographie, les saillies révolutionnaires de ses personnages et leurs combats quasiment punk contre les formes d’oppression (en particulier contre “l’hétéronorme”). Mais une fois n’est pas coutume, et cela semble être un vrai tournant dans la carrière du réalisateur, le propos romantique semble avoir pris le dessus sur la contestation. Celui qui a toujours été un pornographe sensible cherche à conquérir le public avec une histoire d’amour hors normes, montrant que sous le vernis arty, punk et porno pouvait se cacher un cœur sincère et pur.

    Ces deux exemples, leurs postures et leurs traitements dans les salles obscures françaises ne sont que symptomatiques d’un véritablement bouleversement sociétal. Plus que jamais, les questions de sexualité (et les questions des sexualités) font vendre et attirent les foules, mais celles-ci sont aussi manipulées par des représentants du repli sur soi et de la peur de l’autre. Est-ce une bonne idée de refuser les concessions et d’attiser la haine de ces dangereux détracteurs ? Malgré l’augmentation hallucinante des requêtes en jugement pour la revalorisation des interdictions des films, la pluralité des cinémas reste d’actualité en France. Mais jusqu’à quand ?

    Lucile Bellan

    [embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=mR39V5i1G4Y[/embedyt]

    A découvrir sur Artistik Rezo :
    – les films à voir en 2014


    [Image : 2014 © MK2 Diffusion]

    En ce moment

    Articles liés

    « Le Château d’Orgon » : une comédie décapante qui balaye tous les clichés de la bien-pensance
    Spectacle
    336 vues

    « Le Château d’Orgon » : une comédie décapante qui balaye tous les clichés de la bien-pensance

    Au Studio Hébertot, huit jeunes comédiens nous réjouissent dans une comédie acide signée Guillaume Gallix, inspirée de Molière et Goldoni, qui raconte la ridicule aventure d’un père de famille veuf, propriétaire d’un somptueux domaine avec château, qui convoque enfants...

    « Mentor » ou la relation d’emprise entre un maître et son élève
    Spectacle
    676 vues

    « Mentor » ou la relation d’emprise entre un maître et son élève

    Au Studio Hébertot, Lara Aubert interprète une jeune contrebassiste sous l’emprise de son professeur, dans une pièce poignante qu’elle vient d’écrire. A ses côtés, Alexis Desseaux campe l’enseignant virtuose et manipulateur, dans un cours de musique ou la complicité...

    Ville autoportrait – Sébastien Mehal
    Art
    570 vues

    Ville autoportrait – Sébastien Mehal

    Curatée par le collectif TAK Contemporary, l’exposition personnelle de Sébastien Mehal, présentée à la Galerie Hoang Beli, convoque la ville comme un corps collectif façonné par nos psychologies individuelles. Les œuvres sont tissées comme un patchwork de points de...