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    Oslo 31 août – film de Joachim Trier

    24 février 2012
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    Oslo 31 août - film de Joachim Trier

    Mine de rien, Oslo 31 août est un défi. Et c’est d’abord ce courage paisible qui saisit, d’autant qu’il fait sens avec les questions que cette histoire poignante, universelle et belle, agite. Traversée de bout en bout par les thèmes de la solitude, du détachement et de la perte, la balade norvégienne que nous propose le Danois Joachim Trier (rien à voir avec son aîné Lars Von Trier) ne sombre jamais, de fait, ni dans la dépression ni dans la noirceur. A l’image, en somme, de l’œuvre-matrice dont elle s’est « librement » inspirée.

    Premier défi, précisément : Oslo 31 août est peu ou prou l’adaptation du roman culte de Pierre Drieu La Rochelle – Le Feu follet – qui conte, dans le Paris du début des années 30, les dernières heures d’un dandy, déçu et déchu, hanté par le vide. Il décidera, au terme d’une ultime déambulation, d’aller jusqu’au bout de sa solitude, puisque tout lui résiste, les êtres, les choses, la vie. Une crise existentielle décrite avec une rare fulgurance (inspirée de la vie en forme de comète du poète surréaliste Jacques Rigaut), qui a déjà fourni la matière du très beau film éponyme de Louis Malle, en 1963.

    Oser

    Il fallait donc une certaine audace pour se confronter, aujourd’hui, à ces deux œuvres-jalons. Joachim Trier, cinéaste de 38 ans, remarqué dès Nouvelle donne, son premier long métrage en 2006, a bien fait d’oser. Sa transposition, joliment infidèle, résolument contemporaine, se démarque de celle de ses « augustes » prédécesseurs. Sans trahir pour autant.

    Si le réalisateur scandinave respecte la densité du récit — les dernières heures d’un homme de 30 et quelques années, en fin de cure de désintoxication—s’il déroule le même canevas — une errance urbaine, qui voit ce personnage renouer avec une poignée d’amis et de proches — il sait aussi porter un regard neuf sur ce spleen suicidaire. Plus impressionniste et plus doux.

    Ainsi, délaissant la beauté ascétique du noir et blanc de Louis Malle (et la grâce défaite de Maurice Ronet), Trier s’approprie le parcours de son anti-héros dans la lumière fugitive de l’été scandinave, éclatante comme un fruit mûr ou comme… une dernière fois. Notons d’ailleurs qu’il a choisi de rebaptiser l’Alain originel en Anders, comme son fascinant comédien Anders Danielsen Lie (André en danois, mais qui fait également penser à l’adjectif allemand « andere », c’est-à-dire « autre »). Et notons, incidemment, pour éviter toute confusion, que cet Anders-là n’a rien à voir avec l’Anders Breivik de funeste mémoire (l’auteur du massacre sur l’île d’Utoya en Norvège, l’été dernier), le film ayant été tourné et achevé auparavant.

    Intime et calme

    Certes, l’influence de la Nouvelle Vague reste patente dans la façon qu’a Joachim Trier de saisir la ville (Oslo, en 2010, version plutôt « bobo ») : ses changements et ses méandres entrant en résonance avec l’état d’esprit d’Anders ; comme les rencontres qu’il y fait (dans un parc, un bar, une fête). Mais l’on perçoit aussi une filiation assumée avec Terrence Malick dans l’attention permanente qu’il porte aux frémissements de la vie. Hé oui !

    Oslo 31 août n’est pas un film cérébral : c’est une expérience sensorielle, où le vent qui agite les arbres résonne avec le bruissement des conversations, éparses, ordinaires, sereines, d’un restaurant (scène pivot, l’une des plus belles). Où l’on a, en somme, une perception quasi-physique de l’espace, sinon des êtres qui s’y promènent ou s’y débattent.

    Bien sûr, il y a la douleur, celle d’Anders, exclu du bonheur, qui s’enfonce peu à peu dans son impuissance. De toute façon, l’on est prévenu (a contrario du roman de Drieu), avec une tentative de suicide qui, échouant dès les cinq premières minutes du film, annonce de toute façon l’épilogue. Mais surtout, il y a le calme qui accompagne cette dérive tout en épure et flottements (peu de musique, d’ailleurs). Il y a au fond, et tout le long, cette douceur, essentielle, qu’exhale chaque plan, jusqu’au geste final, fatal, inévitable.

    A fleur de peau, plus émotif et premier degré qu’un Malle ou qu’un Drieu – chez lesquels perce une certaine ironie, alors qu’elle est totalement absente dans Oslo 31 août – Joachim Trier nous rappelle enfin, avec une intégrité qui n’appartient qu’à lui, que le cinéma reste un médium idéal pour capter la mélancolie.

    Ariane Allard

    [embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=BqTaveDCuZg[/embedyt]

    Festival Télérama 2013 (du 16 au 22 janvier)

    • Sélection Télérama

    Premiers plans d’Angers 2012 (du 20 au 29 janvier)

    • 2 prix : Grand Prix du Jury et Prix Jean Carmet
    • Nominations : Prix du public et Prix Mademoiselle Ladubay


    Festival International des Jeunes Réalisateurs de Saint-Jean-de-Luz 2011
    (du 11 au 15 octobre)

    • Nominations : Chistera du meilleur film, Chistera du meilleur réalisateur, Chistera du public et Chistera du jury des jeunes

     

    Festival de Cannes 2011 (du 11 au 22 mai)

    • Nominations :  Prix Un Certain Regard, Prix du Jury Oecuménique – Mention Spéciale, Un Certain Regard – Prix du Jury et Un Certain Regard – Prix de la mise en scène

    Oslo 31 août

    De Joachim Trier

    Avec Anders Danielsen Lie (Anders), Hans Olav Brenner (Thomas), Ingrid Olava (Rebecca), Øystein Røger (David), Tone Beate Mostraum (Tove), Kjærsti Odden Skjeldal (Mirjam), Johanne Kjellevik Ledang (Johanne) et Petter Width Kristiansen (Petter)

    Durée : 96 min.

    Sortie le 29 février 2012

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