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Pascal Plante : “Je voulais illustrer au travers de Nadia, qu’un personnage pouvait être extrêmement talentueux et profondément malheureux”

Julian Debiais 29 juillet 2021
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Maxime CORMIER/NÉMÉSIS FILMS

Le réalisateur canadien signe avec Nadia, Butterfly, un drame aquatique questionnant la pression que peuvent subir des athlètes olympiques. Pascal Plante se confie sur les envies qui ont porté ce long-métrage à aboutissement.

Nadia, le personnage principal, réalise tout au long du film une forme de catharsis en se libérant progressivement de sa passion. Mais c’est un phénomène qui existe dans d’autres professions, pourquoi était-ce important pour vous de le montrer à travers le sport ?

Oui, c’est vrai que l’on peut le traduire dans d’autres professions, ce n’est pas vraiment lié qu’au domaine du sport. La véritable raison, c’est qu’on ne le montre pas souvent dans le domaine sportif. Il y a beaucoup de films sur le monde du sport, mais peut s’attarder réellement au psychologique, au point de bascule, c’est souvent le triomphe dans l’adversité ce qui est une belle qualité sportive. Notre véritable volonté était d’humaniser au maximum les personnages sportifs. En plus de ça, il y a tout de même très peu de films sur le domaine de la natation qui est une discipline qui me tient à cœur. Le film est également ancré dans le réel, c’est un mélange d’une pléiade de personnes que j’ai côtoyé et qui donne naissance au personnage de Nadia.

Selon vous, la remise en question est-elle taboue dans le milieu sportif ?

On est en train, en ce moment même, de gratter sous le vernis de la belle image brossée de l’olympisme. Beaucoup d’athlètes en ce moment même commencent à parler des pressions qu’ils ressentent dans ce milieu, des événements tragiques se sont produits et ils sont trop nombreux pour que l’on parle d’évènements isolés. Je pense qu’il y a un début de conversation et que l’on commence à briser ce tabou vis-à-vis du sport. Il y a également un double tabou, lorsqu’un sportif est performant, prendre la décision de quitter son domaine est quelque part inconcevable pour l’entourage, le staff et les supporters de cet athlète. Je voulais illustrer au travers de Nadia qu’un personnage pouvait être extrêmement talentueux et profondément malheureux.

Pensez-vous que les sportifs sont trop jeunes pour recevoir une pression pareille ?

Peut-être, je pense que ça ressemble beaucoup à la célébrité, est-ce qu’on se prépare à être célèbre ? Peut-on vraiment les préparer à cela ? Lorsque l’on parle des Jeux Olympiques, c’est une pression différente, on se retrouve directement sous le feu des projecteurs, habillés de la tête aux pieds de la couleur de ton équipe, on devient le porte-étendard d’un pays. C’est vraiment euphorisant, soit tu reçois les louanges, soit tu peux être broyé par la défaite. C’est tout de même une fenêtre assez large, les jeux se déroulent tous les quatre ans, donc participer à plusieurs compétitions olympiques est une chance. Et puis, il ne faut pas oublier que chaque personne est différente. Certains supportent la pression mieux que d’autres, ce n’est pas pour tout le monde.

Il y avait des enjeux de restitution de la pression au travers de la caméra, quels ont été les moyens techniques pour y arriver ?

Il y avait cette recherche de proximité et de subjectivité, on vit à travers ses yeux et on entend à travers ses oreilles. Il y a un gros travail de son, on est collé à elle et on est un peu projeté à travers ses sensations. Parfois, le comédien à un visage neutre et le spectateur projette énormément ses sensations, son expérience. On ne vit pas les films de la même manière. Mon travail, quelque part, est que le spectateur creuse dans le caractère du personnage. On a également utilisé de vieux objectifs pour ajouter du flou arrière et des imperfections comme lorsque l’on a de l’eau dans les yeux. Mais pour l’aspect pression, c’était vraiment l’aspect clinique. J’en reviens au titre du film, pour elle, le monde du sport est vraiment comme un cocon ou une prison de laquelle elle doit s’échapper. On a utilisé un ratio photographique, un ratio de 3:2. On voulait s’éloigner du ratio télévisuel et du ratio cinématographique donc on est allé entre les deux. C’est un ratio pratique lorsque le personnage est en position vertical, mais lorsqu’il nage, on dirait qu’elle est avec des œillères. C’est presque philosophique et ça en dit long sur le caractère de Nadia.

Le personnage de Nadia, a-t-il été inspiré par l’histoire de Laure Manaudou ?

J’y ai peut-être pensé de manière subliminale, mais ce qui peut être intéressant dans son histoire personnelle, c’est tout ce qui a été rapporté autour de la piscine. C’est assez rare que les gens s’intéressent d’aussi près à la natation, ce n’est pas comme le football qui peut passionner les tabloïds ou d’autres styles de sport très médiatisés. Le film aborde ce sujet de la pression et surtout le rapport qu’entretiennent les athlètes femmes vis-à-vis de leur image, le rapport au corps est important. On attend souvent des athlètes, d’avoir de belles lignes tracées avec un corps irréprochable. En ce qui concerne l’histoire de Manaudou, je me souviens avoir trouvé ce rapport à l’athlète un peu malsain, les gens se mettaient à avoir une opinion sur sa vie privée. Les spectateurs peuvent entretenir ce rapport d’homme objet avec les sportifs.


Nadia, Butterfly
, en salle le 4 août. Retrouvez ici la critique du film.


Propos recueillis par Julian Debiais

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