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(Re)découvrir Andreï Tarkovski

Victoire Hamon 17 décembre 2021
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Andreï Tarkovski, en seulement sept longs-métrages, a laissé une empreinte indéniable dans le monde du cinéma. Il est aujourd’hui considéré comme un des plus grands réalisateurs russes, aux côtés d’Eisenstein, même si Tarkovski se détache radicalement des standards mis en place par ce dernier.

« Tarkovski est le plus grand maître du cinéma, le créateur d’un nouveau langage organique, dans lequel la vie apparaît comme un miroir, comme un rêve. »
Ingmar Bergmann

Né en 1932 en URSS, il est le fils du poète Arseni Tarkovski. Il étudie la musique, la peinture, la sculpture, l’arabe et c’est seulement en 1956 qu’il intègre le VGIK, l’institut central de cinéma de l’URSS. Dès le début de sa carrière, les critiques l’encensent, il est considéré comme un pionnier d’un nouveau genre de cinéma russe. Cependant, le réalisateur a eu de nombreux problèmes avec les autorités soviétiques qui jugent son cinéma comme étant trop avant-gardiste. Face à la censure, il devra s’exiler en Italie et en Suède pour réaliser ses derniers films. Il meurt en 1986 d’un cancer, à l’âge de 54 ans. Le cinéma d’Andreï Tarkovsky est très contemplatif, ses films s’intéressent aux thèmes métaphysiques, spirituels et humain et ils sont emprunts de poésie et de mysticisme.

1. L’enfance d’Ivan (1962): un premier film conventionnel

Ivan, un orphelin de 12 ans, devient un éclaireur pour les Soviétiques. Dans ce premier long-métrage, Tarkovski réalise le film le plus conventionnel de sa carrière. Celui-ci aborde pourtant déjà les grands thèmes de sa filmographie, tel que l’onirisme, l’aspect surréaliste de la réalité, ainsi que l’opposition entre un monde de l’enfance idéalisé et un monde froid et déshumanisé. Ce premier film est couronné de succès au festival de Venise où il reçoit un Lion d’Or.

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2. Andreï Roublev (1969): l’artiste face à Dieu

Andreï Roublev est un film historique en huit parties sur le personnage éponyme. On suit un moine du XVe siècle, peintre d’icônes itinérant, lors de la réalisation d’une fresque du jugement dernier. Mais dans une Russie troublée par des invasions tatares, Roublev va voir ses convictions religieuses bousculées, face à un dieu vengeur et à l’intolérance des hommes. Il va alors faire vœu de silence. Ce film, très librement inspiré du personnage historique et de la vie du réalisateur, permet à celui-ci d’interroger la place de l’artiste dans un pays sous une dictature. On peut rappeler que plus tard Tarkovski sera censuré par le gouvernement soviétique, et qu’il se réfugiera en Europe pour réaliser ses films. 

« La fonction de l’art est de préparer l’homme à sa mort, de labourer et d’irriguer son âme et de la rendre capable de la retourner vers le bien. » – Tarkovsky

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3. Solaris (1972): science-fiction et métaphysique

Kris Kelvin, un homme mélancolique qui ne se remet pas du suicide de sa femme, est envoyé dans une station créée par l’homme sur la planète Solaris. Sur cette station, des chercheurs étudient cette planète complètement recouverte d’eau, qui cache peut-être une créature extra-terrestre ; faute de résultat, Kelvin, qui a étudié cette planète, y est envoyé afin de déterminer si la station doit être fermée ou non. Sur place, il découvre que chaque membre de l’équipe est pris par une folie à laquelle il risque de succomber.

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4. Le Miroir (1975): un classique

Sans vraie chronologie, le film rassemble les souvenirs, les rêves, des poésies, les pensées et des archives pour évoquer la vie d’un personnage, Alexei, ou Alyosha, de son enfance jusqu’à l’âge adulte. C’est peut-être le film de Tarkovski le plus poétique et le plus apprécié : le réalisateur y intègre des éléments autobiographiques et réalise une sorte d’auto-psychanalyse, ce qui rend le film d’autant plus touchant et beau.

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5. Stalker (1979): un autre classique

Le film prend place dans un pays et à une époque indéterminée. Un professeur et un écrivain, suivent un passeur appelé ‘Stalker’, dans un territoire interdit et protégée par l’armée. La Zone, dangereuse, pleine de pièges, et même mortelle, abriterait une chambre, créée par la chute d’une météorite, qui réalise les rêves les plus fous. Ce poème visuel est une dissertation sur la foi de l’homme, un film magnifique.

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6. Nostalghia (1983)

« Je défends l’art qui porte en lui une nostalgie de l’idéal. » Andreï Tarkovski

Avant-dernier film de Tarkovski, dédié à la mémoire de sa mère, Nostalghia retrace les recherches d’un homme en Italie, accompagné par une traductrice, sur les traces d’un poète compatriote. Il se fascine aussi pour un homme solitaire et fou, rencontré dans les bains de Sainte-Catherine, qui aurait tué sa famille. Comme son titre le laisse imaginer, c’est un film sur la nostalgie, ponctué de séquences de rêve et de souvenirs du passé, du souvenir de sa terre natale et de sa femme.

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7. Le Sacrifice (1986)

Le Sacrifice est le septième et dernier long métrage du grand réalisateur soviétique.
Lors de son anniversaire, Alexandre, un ancien comédien, apprend qu’une catastrophe nucléaire a eu lieu. C’est le début de la fin du monde, Alexandre prie Dieu et lui promet de renoncer à tout ce qui lui est cher et à la parole, afin de préserver le monde tel qu’il était au matin avant la catastrophe. C’est un film sur la mort, la parole et la prière, un magnifique testament pour l’ultime film de Tarkovski.

Pour aller plus loin

 Le temps scellé – Andreï Tarkovski

« Il n’est pas dans mon intention de faire ici la leçon à qui que ce soit, ni d’imposer un point de vue. Ce livre n’a été dicté que par le désir de défricher la jungle des possibilités qui s’offrent à un art encore jeune et magnifique, toujours à explorer, et de m’y retrouver moi-même aussi indépendant et libre que possible. »

Dans ce livre publié en 1984, Andrei Tarkovski présente ses notes de travail, ses réflexions sur son art et sur ses œuvres. Il transcrit de son itinéraire d’artiste et d’homme. Il raconte ses années de formation, ses expériences, ses longues luttes  pour terminer ses films, ses théories filmiques… Mais ses réflexions abordent des sujets bien variés, de l’art cinématographique et de sa place parmi les autres arts jusqu’à des réflexions sur la société contemporaine. Ce livre est à lire pour tout admirateur du cinéaste soviétique ou pour tout passionné du septième art. 

Victoire Hamon

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