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    Rétrospective Youssef Chahine à la Cinémathèque

    Flore Prévost-Leygonie 8 décembre 2018
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    Youssef Chahine, ©Cinémathèque Française

    La Cinémathèque Française rend hommage à ce grand réalisateur, à l’occasion du dixième anniversaire de sa disparition. Une exposition fort intéressante, à la croisée des cultures orientales et occidentales.

    Nous sommes au Musée du Cinéma, au premier étage de la Cinémathèque Française. Un petit garçon, assis sur une banquette, est littéralement envoûté par la projection d’une comédie musicale. La Reine des Neiges ? Non, Adieu mon amour, de Youssef Chahine. Preuve s’il en est que la beauté de l’œuvre du cinéaste égyptien touche toutes les générations.

    Pour les amoureux de cinéma, Youssef Chahine est une figure incontournable, que les nouvelles générations cinéphiles doivent en effet découvrir. Un cinéaste majeur que décrit ainsi, et de bien belle manière, le commissaire d’exposition Amal Guermazi : « Tout au long de sa vie, contre vents et marées, l’homme s’est voulu le porte-voix de l’amour, de la tolérance et de la défense des plus faibles ».

    © Cinémathèque Française

    Un cinéaste de tous les registres

    Youssef Chahine a grandi pendant l’âge d’or des comédies musicales américaines. C’était donc tout naturel pour lui de commencer par ce genre emblématique du cinéma. Il a notamment été inspiré par les icônes des danseuses-chanteuses des années 1930-1940, comme Ginger Rogers.

    Son premier film Papa Amine (1950)  raconte l’histoire d’un homme, qui avant de mourir, avait prêté une forte somme d’argent à un ami, plongeant sa famille dans la misère. Heureusement, son fantôme veille. Suivent La Dame du train (1953) et Adieu mon amour (1957). Youssef Chahine change de registre pour le mélodrame et nous révèle le talent d’Omar Sharif dès Ciel d’enfer (1954), puis dans Les Eaux noires (1957), dont le succès est fulgurant.

    Un réalisateur engagé

    En 1958, le cinéaste rompt de manière très marquée avec les genres de ses débuts. Avec Gare centrale, il se rapproche du néo-réalisme italien. Kénaoui, un vendeur de journaux à la gare centrale du Caire, tombe amoureux d’Hanouma, une vendeuse de boissons. Ce film représente un véritable tournant dans l’esthétique du réalisateur, bien loin du cinéma divertissant des années 1950 qu’il considère superficiel.

    L’engagement est un aspect essentiel de la vie et carrière de Chahine.  Il a eu une relation tumultueuse avec l’État égyptien pour qui il a réalisé le film Saladin en 1963, mais en a surtout refusé beaucoup d’autres. Après 1967, son cinéma prend une nouvelle forme : celle de la critique politique ouverte. Il disait vouloir guérir en profondeur les maux de sa société. Le plus célèbre est Le retour de l’enfant prodigue en 1976. La musique de ses films change, elle devient plus engagée, avec des messages forts de sens. Contestataire virulent du régime, le cinéaste fait même un séjour en prison en 1984, pour diffusion d’un film interdit par la censure.

    L’exposition montre bien les différentes facettes de Chahine, mais aussi son évolution artistique et cinématographique. La scénographie représente avec justesse les différentes inspirations de Chahine, à ses débuts comme au long de sa vie : choix des costumes, dessins préparatoires de tournages, etc. L’exposition met aussi en scène des interviews du réalisateur et des extraits de films, permettant de découvrir ou de mieux comprendre son processus créatif. À ne pas manquer, donc !

    © Cinémathèque Française

    Flore Prévost-Leygonie

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