“The Imitation game” : plongée dans la tête d’un génie
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The Imitation game De Morten Tyldum Avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley et Matthew Goode Durée : 1h54 |
nt inadapté. Ce ne sont pas ses ailes de géant qui l’empêchent de marcher, mais son rapport au monde brusque, maladroit, qui l’empêche de se faire aimer. D’autant que Turing cache un secret inavouable : il est homosexuel. Et en Angleterre comme dans de nombreux pays d’alors (n’oublions pas qu’en France la dépénalisation de l’homosexualité ne date que de 1982), c’est un crime.
L’intérêt du parti pris par The Imitation game est de mettre en parallèle ces deux facettes du personnage grâce à un procédé d’allers-retours entre deux événements : l’arrestation de Turing en 1952 pour “indécence manifeste et perversion sexuelle” et son frénétique travail de recherche pour casser Enigma durant la Deuxième Guerre mondiale. Ce parallélisme scénaristique est un générateur de pathos efficace, appuyant l’injuste absence de reconnaissance du génie dans l’ombre que resta Turing, persécuté pour sa différence. Il serait alors tentant d’ergoter sur les libertés prises par le scénario avec la vérité biographique, au rang desquelles figure une histoire d’amour/admiration platonique hétérosexuelle avec une jeune femme intelligente en quête d’émancipation personnelle. Mais l’attrait du film n’est pas là : il est dans cette recherche du paradoxe, dans ce portrait de l’ambivalence du génie. “Vous ne raisonnez pas de la bonne façon”, explique Turing au policier qui a fait du scientifique l’objet de son enquête. En parvenant à expliquer assez simplement, dans un film visuellement très bien construit, qu’à l’origine de l’intuition scientifique il y a un bouleversement des perceptions préétablies, The Imitation game réussit un pari assez audacieux. Il rend également justice à un homme qui n’en bénéficia hélas pas vraiment de son vivant, et dont la contribution exceptionnelle, tant au domaine de l’évolution scientifique qu’à l’effort de guerre, tarda beaucoup trop à être reconnue. Raphaëlle Chargois [embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=QC0prng1jDY[/embedyt] [Crédits photos : The Imitation game © The Weinstein Company, 2014] |
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Le propos est en outre indéniablement servi par l’interprétation nerveuse de Benedict Cumberbatch et l’incandescence de Keira Knightley, qui compose un personnage féminin fort, à la mesure de celui du scientifique prisonnier de son incommunicabilité.





