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    Villa Amalia : La mélodie de l’identité

    21 avril 2009
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    villa_amalia

     

     

    Difficile d’échapper à cet ennui qui nous guette, mais plus difficile encore de franchir le pas et de partir sans savoir où aller. Et pourtant, c’est avec une détermination effroyable et déconcertante qu’Ann-Eliann, célèbre pianiste décide « d’éteindre sa vie d’avant », sans s’embarrasser de toute obligation. Là est peut être la clé de sa liberté. Elle ose ce que tant de gens voudraient faire sans y parvenir. Est-ce la trahison de son mari qu’elle surprend  dans les bras d’une autre qui la pousse à agir ainsi ? Il semblerait qu’il ne s’agisse là que d’un déclic qui provoquerait certes la rupture d’un couple mais surtout la rupture d’elle-même.

     

    Avec une froideur surprenante qui ne laisse transparaître aucun regret on la voit brûler ses photos, jeter toutes ses affaires, vendre son appartement et ses nombreux pianos, instrument qui a fait d’elle ce qu’elle est aux yeux des autres : une talentueuse musicienne.  Seul son ami d’enfance, Georges, retrouvé par un curieux hasard, suit le projet fou de cette jeune femme. Oui, l’on peut dire qu’Ann-Eliann nous plonge dans un tourbillon de folie, un monde onirique à la frontière entre le monde réel et le monde des songes. La première partie du film est consacrée à l’entreprise bien singulière de cette pianiste décidée à aller jusqu’au bout. C’est avec une rapidité déboussolante que tout s’enchaîne mais le film reste caractérisé par sa lenteur, la succession de ses plans qui explorent chaque détail. Nous voilà plongés  dans une atmosphère lourde et obscure, où la lumière sur les visages ou dans les lieux se fait rare, redoublé par une musique cinglante presque oppressante. L’on comprend alors que cet univers extérieur est là pour suggérer l’intérieur d’ Ann-Eliann, endurcie par la vie.

    Ce n’est que lorsqu’elle entreprend un long périple qui la fait traverser toute l’Europe pour enfin trouver le lieu de ses rêves en Italie, cette villa amalia que les sourires reviennent adoucir son visage. Le soleil quant à lui vient presque nous éblouir, mais la rupture avec le début du film sombre est agréable.

     

    C’est un film de la métamorphose que nous offre Benoit Jacquot, porté admirablement bien par l’actrice Isabelle Huppert. Elle change de visage de corps, d’intonation de voix. L’on est véritablement bluffé par le jeu remarquable de la merveilleuse Isabelle Hupert. Plus qu’un personnage, la voilà investie dans la peau de divers personnages finalement, représentant chacun une partie de l’identité de Ann-Eliann, prenant soin de jeter à chaque nouvelle destination les vêtements de la veille. On en oublie presque qu’il s’agit d’une fiction et que Isabelle Hupert joue un rôle : saisi par l’intensité des ses émotions qui refusent tout emphase, l’on croirait assister au destin d’une femme réelle. Isabelle Hupert fait attention à chaque détail, ses mouvements des yeux, ses gestes qui portent l’intensité du film. Nous voilà envoûté par sa beauté fascinante et troublante. L’expressivité des sentiments passe ici non pas par de longs monologues qui feraient tomber le film dans un pathos sans intérêt mais sur de longs silences ou de longues mélodies.

     

    Villa Amalia incarne avec brio le cinéma d’aujourd’hui désireux non plus de montrer mais de suggérer.  Et l’art de la suggestion, Isabelle Hupert le manie à la perfection. Les mots passent au second plan chez Benoit Jacquot, les dialogues sont peu nombreux et la musique reste le langage ultime du film. Chaque note retentit et traduit une émotion. A nous alors d’y être sensible et de ne pas attendre en vain des paroles qui seraient presque vides.

     

    Difficile de savoir réellement ce que l’on ressent à la sortie du film mais une certitude l’on salue l’œuvre du réalisateur qui a su adapter le roman de Jean-Michel Frodon avec talent. Pas de déception pour cette adaptation cinématographique qui explore ce thème si cher à la littérature d’autrefois et de plus en plus investi par le milieu artistique d’aujourd’hui, celui de l’ennui. L’on ressort avec de nombreuses interrogations sur le film, sur les intentions ou l’avenir de Ann-Eliann et finalement sur nous même et c’est toutes ces questions qui empêchent le film d’être enfermé dans une interprétation close. A Chacun sa façon de l’envisager…

    Déborah Touboul

     

    Fillm de Benoît Jacquot, avec Isabelle Hupert, Jean-Hugues Anglade, Xavier Beauvois
    Sorti le 8 Avril,

    Durée : 1h31

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