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    Au Monde : une réussite éblouissante

    22 février 2015
    1558 Vues
    aumonde

    Au Monde

    De Philippe Boesmans et Joël Pommerat

    Mise en scène de Joël Pommerat

    Avec Frode Olsen, Werner Van Mechelen, Philippe Sly, Charlotte Hellekant, Patricia Petibon, Fflur Wyn, Yann Beuron et Ruth Olaizola

    Les 24, 26 et 27 février à 20h

    Tarifs : de 6 à 110 €

    Réservation en ligne

    Durée : 2h

    Opéra Comique
    1, place Boieldieu
    75002 Paris

    M° Richelieu Drouot
    (lignes 8 et 9)

    www.opera-comique.com

    Au_Monde_1_314_DR_E._CarecchioJusqu’au 27 février 2015

    Créé au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, l’opéra de Philippe Boesmans sur le texte de Joël Pommerat est donné pour quelques représentations à l’Opéra Comique. Un spectacle parfaitement réalisé avec la soprano Patricia Petibon éblouissante.

    Le tragique quotidien

    Au_Monde_2_E._Carecchio1L’expression vient de Maeterlinck, un auteur dont s’est nourri Pommerat, tout autant que d’Anton Tchekhov, pour créer son œuvre. Un mélange des Trois sœurs et de Pelléas et Mélisande en quelque sorte, nous confie l’auteur-metteur en scène. Car cette histoire de famille, qui réunit autour d’un père vieillissant et diminué, interprété par la basse suédoise Frode Olsen, ses trois filles, son fils aîné et le mari de sa fille aînée, pour le retour du fils cadet, Ori, après quatre ans de carrière militaire en Inde, est aussi un conte irrigué de toutes les fables du monde, une histoire faite de plusieurs histoires qui charrient leurs lots de personnages typés, de souffrances et de malheurs. En dehors des membres de la famille ici présents, Ruth Olaizola incarne l’Étrangère, femme diabolique, provocante et androgyne, qui se mue en chanteur de tubes des années 70, voix d’homme dans un corps asexué.

    Chacun sa route

    Au_Monde3_DR_E._CarecchioSolitaires, secrets et mystérieux, excepté la seconde fille qui assume le rôle maternel de chef de tribu et qu’incarne la magnifique Patricia Petibon avec un charisme et une richesse vocale éblouissants, les personnages assument tous des rôles à trous qu’ils se promettent de remplir de leurs rêves. Ils semblent flotter dans l’espace clos du monde, en attendant une société meilleure, un amour retrouvé ou une vérité que seuls ils finiront par découvrir. Ori, le petit roi (Philippe Sly), tombe sa veste aux galons de militaire pour arpenter la forêt la nuit, alors qu’il perd la vue. La plus jeune sœur (Fflur Wyn) se cherche une identité qui paraît être empruntée à un accident familial, la seconde, “belle et drôle” apparaît quotidiennement à la télévision dans des émissions stupides que regarde aussi la grande sœur enceinte (Charlotte Hellekant) qui s’ennuie à mourir sans savoir de quel père est son enfant. Relations incestueuses, cauchemars éveillés, rêves fantasmatiques, l’univers de Pommerat explore les ombres profondes de nos affects. Les hommes, le père, le fils aîné (Werner Van Mechelen) et le gendre (Yann Beuron), s’occupent de l’entreprise familiale sans laisser prise aux voyages de la conscience.

    Une esthétique musicale et visuelle éblouissante

    Au_Monde_4_DR_E._CarecchioÉric Soyer, qui signe les décors et la lumière des spectacles de Joël Pommerat, cisèle avec le même soin l’espace avec des lumières rasantes qui sculptent les visages et les silhouettes, habillés à la perfection par Isabelle Deffin. La gestuelle fluide et les mouvements en apesanteur des protagonistes, définis par Joël Pommerat, dessinent une chorégraphie des affects et des frustrations, exprimant dans les silences une foule de significations. Le visuel est somptueux, mais le sonore l’est aussi. En harmonie avec le texte resserré de l’auteur, Philippe Boesmans a composé une partition d’une sensibilité profonde, d’une richesse musicale admirable. À l’écoute des mots et des silences, ses lignes mélodiques font se croiser les cordes et les cuivres, les bois et la harpe, camaïeux de tonalités qui rappellent Claude Debussy, dirigés avec subtilité par le chef Patrick Davin. Quand la musique et le texte font à ce point heureux ménage, le spectateur n’a qu’à se laisser conduire dans un voyage qui ravit l’âme et le cœur.

    Hélène Kuttner

    [Crédit photos : E. Carrecchio]

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