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    Eblouissante Iphigénie en Tauride au TCE

    Hélène Kuttner 23 juin 2019
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    © Vincent Pontet

    La mezzo-soprano Gaëlle Arquez interprète le rôle-titre de l’opéra de Gluck sous la direction du chef Thomas Hengelbrock, dans la mise en scène de Robert Carsen et la chorégraphie de Philippe Giraudeau. Une partition musicale céleste et des interprètes de rêve pour cette coproduction très réussie pour la fin de saison du Théâtre des Champs Elysées.

    Un espace mental

    © Vincent Pontet

    Une boite noire ouverte, dont les parois portent à la craie blanche les noms des personnages maudits par les Dieux : Agamemnon, tué par sa femme à son retour de guerre parce qu’il voulait sacrifier sa fille, Iphigénie, à la déesse Diane pour obtenir des vents plus favorables à la flotte grecque. Clytemnestre, sa femme, assassinée par son fils Oreste, et Iphigénie, prêtresse maudite elle aussi, auquel Thoas, le roi de Tauride, ordonne des actes cruels. Ne va-t-elle pas découvrir que l’un des deux prisonniers grecs est son propre frère, Oreste, destiné comme son ami Pylade à être exécuté en offrande aux Dieux ? Car le sang frais n’attend pas et les Furies, qui poursuivent les deux prisonniers, sont les créatures de cet enfer tragique auquel nul humain n’échappe.

    Un théâtre d’ombres

    © Vincent Pontet

    L’intelligence de Robert Carsen, qui signe une mise en scène très réussie, est d’avoir réduit la tragédie et ses enjeux existentiels, un espace en noir et blanc, pratiquement mental, qui torture des êtres de chair et de sang avec des créatures grouillantes, toutes vêtues en noir. Seul le faisceau de lumière blanche cisèle les visage dans leur pureté innocente, et la craie blanche sera effacée au fil des crimes perpétrés. C’est un véritable théâtre d’ombres qui s’anime avec des danseurs et danseuses, véritables doubles gémellaires des chanteurs, leur prenant la vie, le souffle, la parole, adversaires silencieux d’un combat perdu d’avance par une malédiction. Dans cet espace mental oppressant, les interprètes sont tous éblouissants de présence et d’engagement vocal. Gaëlle Arquez d’abord, souveraine dans une prise de rôle écrasante, chevelure de jais et silhouette de déesse, projetant la chaleur moirée de son timbre de mezzo-soprano avec une intensité qui ne faillit ni dans les notes graves ni dans la tenue des aigus, trouvant dans Iphigénie un rôle à sa mesure et qui fera date. Sa prestation a d’ailleurs été longuement ovationnée le soir de la première.

    Distribution parfaite

    © Vincent Pontet

    Dans le rôle d’Oreste, le baryton français Stéphane Degout, Victoire de la Musique 2019, est formidable de présence scénique et d’engagement, avec une diction des mots parfaite, une puissance et une modulation des nuances de la partition pour un personnage tout en souffrance et en affects contradictoires. Il est même amené, dans cette production, à être projeté sur les parois du décor cubique, effectuant avec tout son corps un travail total, en miroir avec son ami Pylade. Paolo Fanale incarne ce dernier, voix de ténor délicieuse et précise, physique de jeune premier sacrifié, en lien intime avec Oreste. Dans le rôle du tyran Thoas, Alexandre Duhamel impose sa présence théâtrale et impérieuse, timbre puissant et cruel tandis que Catherine Trottmann (Diane), Francesco Salvadori, Charlotte Despaux et Victor Sicard complètent avec bonheur cette distribution. Il faut dire qu’à la tête de son Balthasar-Neumann-Ensemble, le chef Thomas Engelbrock fait des merveilles et sert la partition de Gluck en en respectant le parfait équilibre entre les personnages et les choeurs, présents dans la fosse. Intense, frénétique, haletante, son interprétation saisit le spectateur au coeur et ne le lâche plus.

    Hélène Kuttner

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