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    Le triptyque – Opéra Bastille

    9 octobre 2010
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    triptyque-opera

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    Un mélodrame vériste (Il Tabarro), une tragédie ecclésiastique (Suor Angelica) et une comédie macabre (Gianni Schicchi). Trois genres différents pour une œuvre commune qui fit les beaux jours de l’Opéra de New York lors de sa création en 1918. Quatre-vingt-dix ans plus tard, l’Opéra de Paris reprend la mise en scène de Luca Ronconi créée à la Scala de Milan en 2008.

    Il Tabarro (La Houppelande)

    Paris, au XXème siècle. Sur les quais de la Seine, une péniche est amarrée et un mélodrame au destin funeste s’y joue. Pour peintre ce réalisme proche des nouvelles fantastiques de Maupassant telle Le Horla, Luca Ronconi a choisi de plonger ses personnages dans un Paris lugubre et ténébreux où une tempête semble proche d’éclater. C’est le Paris de l’automne où la mélancolie, la solitude et la nostalgie sont les nouveaux maîtres à bord. Dans cet opéra vériste, Puccini a composé une partition parsemée de sons relatifs à cette atmosphère du petit peuple : orgue de barbarie, sirène de remorqueur, timbales annonçant le supplice final, couleurs graves soulignant le désespoir des êtres modestes…


    Philippe Jordan réussit à retranscrire ce sentiment qui mène les êtres à la folie en dirigeant l’orchestre de l’opéra national de Paris avec force, rigueur et détermination. C’est sans compter la présence du ténor Marco Berti à la voix claire et porteuse qui a fait des miracles lors de son air de révolte Il pane, lo guadagni ou dans son duo d’amour avec Giorgetta, Dimme, perché. Cette dernière était interprétée par Oksana Dyka et si l’on sentait une certaine fraîcheur dans sa voix de soprano, on pouvait aussi y déceler un manque de maturité et de nervosité. Quant au vétéran Juan Pons, s’il a eu son heure de gloire dans le passé, il déçoit par un timbre fatigué dans un rôle qui lui correspond mal. On le retrouve heureusement en meilleure forme dans le rôle de Gianni Schicchi lors du troisième tableau.

    Suor Angelica (Sœur Angélique)

    Ce fut le tableau préféré de Puccini et malheureusement le moins apprécié lors de sa création (et encore aujourd’hui le moins représenté). Cette tragédie est d’une sainteté biblique, comme on peut l’entendre par ces sons de cloches si appréciés par son compositeur. Pour cet opéra exclusivement féminin dont l’action se situe dans un couvent italien au XVIIème siècle, Luca Ronconi a choisi un décor kitch où trône à terre un gigantesque pantin de la Sainte Vierge allongé par terre. Comme l’affirme la maîtresse des novices : « qui arrive en retard doit s’agenouiller et baiser le sol ». C’est le premier geste accompli par Suor Angelica, âme en peine, entrée au couvent par punition sur demande de sa tante sans cœur et indifférente. Si Puccini passe de la blancheur orchestrale à des sons plus graves par la suite, c’est justement pour annoncer le désespoir d’une âme en peine. Cela donnera lieu à un face à face saisissant entre Sœur Angelica (Tamar Ivera) et sa tante diabolique (Luciana D’intino) où les deux chanteuses apportent suffisamment de puissance, l’une dans un registre de lamentation, l’autre dans une gravité glaciale et impérialiste. Le final de cet opéra est l’une des plus belles compositions de Puccini et son souvenir hante encore le spectateur.

    Gianni Schicchi

    Dans ces trois tableaux, le metteur en scène Luca Ronconi a procédé de la même manière en plantant un décor imposant au premier plan et dans le fond, un mur coloré où un trou permet de donner sur l’extérieur. Pour ce Gianni Schicchi, nul doute que nous sommes au purgatoire. Si la péniche d’Il Tabarro était penchée et si les bonnes sœurs de Suor Angelica rejoignaient la scène par le bas, c’était pour mieux arriver dans l’antre de l’enfer dans Gianni Schicchi. Rappelons que le livret de cet opéra est tiré du chapitre de L’enfer de la La Divine Comédie de Dante. Le rythme est ici plus nerveux et Philippe Jordan semble s’en donner à cœur joie, voire même un peu trop au détriment de certaines voix. Le jeune ténor Samir Pirgu dans le rôle de Rinuccio est une belle découverte tandis que Ekaterina Syurina déçoit grandement dans l’air très attendu O mio babbino caro passé à la trappe et sans émotion. A leur côté, le Gianni Schicchi de Juan Pons est interprété tout en ironie. On pouvait même sentir en lui une légère dose de culpabilisation face à son lourd passé. Schicchi et Pons se dédoublent alors lors de cette phrase finale si théâtrale: « (…) Si ce soir vous vous êtes divertis… Accordez-moi… les circonstances atténuantes ».

    Dans ce Triptyque, la présence du diable est présente à chaque tableau : caché sous un manteau, sous les traits d’une tante machiavélique ou encore sous celui de ce Gianni Schicchi qui apparaitra finalement comme le moins malveillant. Au son des huées et de quelques applaudissements pour Luca Ronconi, on est de notre côté dubitatif : entre bonnes intentions et manque de folie. Philippe Jordan restera finalement le maître de la soirée tant sa direction est exemplaire.

    Edouard Brane

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