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    À l’Opéra national du Rhin, “Muse paradox”, “Sérénade” et “Pour le reste”

    Stéphanie Nègre 22 janvier 2024
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    "Muse paradox" © A Poupeney

    Pour composer un programme, Bruno Bouché, directeur du ballet du Rhin, aime choisir un fil conducteur musical. Cette soirée de trois créations s’articule autour de la sérénade, hommage nocturne d’un amoureux à l’être aimé mais aussi ballet célèbre de George Balanchine que toutes les grandes compagnies s’arrachent.

     Qu’est-ce qu’une muse ? Une déesse qui donne – ou retire – son inspiration à un humain ? Un être de chair qui inspire un artiste et sur lequel ce dernier projette ses fantasmes ? Avec Muse paradox, Brett Fukuda interroge cette définition à l’aune de notre époque où une femme a le droit de ne plus se contenter d’inspirer mais d’être une artiste à part entière. Pour cela, elle a choisi de mettre en scène la muse contemporaine et la muse antique, face à trois hommes. Les enchainements se suivent avec une belle inventivité notamment dans les portés où les corps entrelacés font penser à des groupes sculptés animés. Formée à l’école de l’American ballet, Brett Fukuda s’est tout naturellement tournée, pour accompagner sa réflexion, vers la musique composée par Stravinski pour Apollon de Balanchine, chorégraphe important dans son parcours. Muse paradox est une pièce ambitieuse, dommage que quelques faiblesses dans la caractérisation des rôles masculins la rendent difficile à suivre. Elle gagnera à être reprise et murie afin que ses interprètes puissent y donner tout le sens ambitionné.

    Muse paradox © A Poupeney

    Gil Harush avait depuis longtemps l’envie de réinterpréter le ballet Sérénade de Balanchine. Sa version est une pièce pour dix-sept danseurs à l’esthétique gothique, composée de grands mouvements d’ensemble qui servent d’écrins à des duos. Dans cette métaphore de la société, le chorégraphe franco-israélien excelle avec cette chorégraphie pleine de puissance et d’énergie, marquée par des gestes vifs du haut du corps et des bras.

    Sérénade © A Poupeney

    La soirée s’achève avec Pour le reste de Bruno Bouché, œuvre sans doute la plus crépusculaire des trois. Ce ballet met en scène plusieurs duos comme autant de moments de la relation amoureuse. Fidèle à la technique classique qu’il met au service de l’expression des sentiments, Bruno Bouché a voulu ici évoquer la solitude. Ainsi, un amoureux ne conservera de sa bien aimée qu’un souvenir fugace aussi léger qu’un voile de mousseline. Lors de la dernière scène, un couple regardera dans la même direction sans être assis l’un contre l’autre. Un projet de vie commun parsemé de moments de solitude, ne serait-ce pas un aspect inéluctable de la vie à deux ? Pour le reste nous pousse à apprivoiser cette solitude inhérente à l’être humain et à la vie en société, transformant un état qui inciterait à la mélancolie en un grand élan d’optimiste vitale.

    Pour le reste © A Poupeney

    Stéphanie Nègre

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