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    Agamemnon – La Comédie-Française

    6 juin 2011
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    Agamemnon - Seneque

    La proposition théâtrale de Denis Marleau pourrait facilement être considérée comme la plus avant-gardiste jamais jouée sur le plancher de l’illustre scène de la salle Richelieu.

    Mettre en scène Sénèque n’est pas chose facile. Entre monologue et solitude, l’acteur erre en ce plateau. Mais ici, Denis Marleau pense l’acteur sous la tutelle de la scénographie. Conférant ainsi un jeu de regards, l’intrusion de la vidéo en guise des chœurs antiques en fond de scène, permet une confrontation directe avec le texte et le geste du comédien.

    Le comédien présent sur scène se voit alors multiplié dans l’image et dans le mot, comme une mise en abîme de soi, de sa pensée, le choeur résonne dans la voix même du comédien.

    Pour donner à voir et entendre ce chœur, Denis Marleau imagine avec Stéphanie Jasmin, une scénographie où volume et vidéo ne font qu’un. En fond de scène, apparaissent d’immenses moulures à l’effigie des acteur présents sur scène, qui sortent d’un rideau blanc. Sur ces masques inertes, la vidéo vient donner un souffle de vie.

    Il convient de dire, que l’utilisation de la vidéo sur scène est une réelle problématique scénique. Et ne sont pas nombreux les metteurs en scène qui arrivent à en faire une utilisation juste. Denis Marleau, quant à lui, introduit dans la justesse avec beaucoup de poésie ce médium. Ni redondance, ni lourdeur, ni faiblesse n’est produite. Sur scène, la vidéo prend une place à par entière, une place de comédien.

    Bien évidement, on voit de suite les influences de Denis Marleau. Mais bien qu’il y est du Tony Oursler, pour ne citer que lui, dans cette utilisation du procédé vidéographique, l’utilisation qu’en fait Marleau se voit renforcer par le texte de Sénéque.

    Bien que nous soyons encore loin d’une l’utilisation videographique aussi riche que pourrait le faire Thomas Ostermeier ou Roméo Castellucci dans leur créations par exemple, Denis Marleau reste encore timide dans sa pratique.

    Mais pourquoi la vidéo prend si souvent place sur scène de nos jours ? Est-ce la démultiplication de l’espace, du temps ou plus simplement une volonté d’évolution / révolution du théâtre, que ce médium transmet ? Dans notre société si instrumentalisée par la technologie, créatrice d’images, il paraît être tout à fait normal que l’espace dit de « la représentation du vrai » qu’est la scène de théâtre, propose des ouvertures par le biais de la vidéo. Entre relation direct avec le monde et recherches théâtrales, les nouvelles technologies permettent l’exploration du jeu dans le sciage d’une œuvre totale.

    Mais il ne faudrait pas que le spectateur de théâtre ne soit amené à retenir de cette interprétation d’Agamenon de Sénéque, que l’utilisation de la vidéo. La réputation et le talent des comédiens de la Comédie Française sont des évidences, qui une fois de plus, est prouvée.

    Le jeu d’Elsa Lepoivre en Clytmnestre, servi par un texte fort, donne avec passion l’intensité et la folie qui convient. Que ce soit dans l’interprétation de Cécile Brune ou de Michel Favory, le texte prend tout son sens.

    Souvent seul en scène, l’acteur interprète le monologue, comme une infatigable route vers la folie, les voix des comédiens portent le mot et les maux de cette tragique histoire.

    De par la scénographie et l’interprétation, la modernité de la pièce nous est avouée.

    De tout évidence, Denis Marleau a su installer sur les planche de la Comédie Française un regard novateur. Avec cette mise en scène, il réussit également à inscrire l’Agamenon de Sénéque au répertoire, donnant à l’antique tragédie la modernité nécessaire à sa lecture.

    Livia Colombani

    Actuellement à la Salle Richelieu :
    Un fil à la patte
    de Georges Feydeau, mise en scène de Jérôme Deschamps, jusqu’au 18 juin 2011
    L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill, mise en scène de Laurent Pelly, jusqu’au 19 juillet 2011
    Ubu roi d’Alfred Jarry, mise en scène de Jean-Pierre Vincent, jusqu’au 20 juillet 2011
    Le Malade imaginaire de Molière, mise en scène de Claude Stratz, jusqu’au 24 juillet 2011

    Agamemnon de Sénéque

    Mise en scène de Denis Marleau

    Avec Michel Favory, Cécile Brune, François Gillard, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre, Julie Sicard et Hervé Pierre

    Du 21 mai au 23 juillet 2011

    Tarifs de 5 € à 39 €

    La Comédie-Française
    Place Colette
    75001 Paris

    Pour aller plus loin dans la compréhension du travaille de Denis Marleau, nous vous conseillons le livre d’entretiens menés par Sophie Proust, publié chez Actes Sud.

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