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    “Ailleurs / Après”, une ballade sur la vie et sur l’amour

    Hélène Kuttner 12 octobre 2025
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    Lou Chauvain et Philippe Magnan dans "Ailleurs / Après" © Fabienne Rappeneau

    Au Petit-Montparnasse, Philippe Magnan et Lou Chauvain interprètent un road movie sensible et profond qui traverse les plaines de la solitude, les montagnes de la relation amoureuse et notre course effrénée à la vie. Joyeux, tendre et caustique à souhait, un régal.

    Il est urgent de contempler

    Ils sont voisins mais ne se connaissent pas. Lui est un prof de philo à la retraite, il est veuf et répète en hurlant ses cours sur la théorie platonicienne à des élèves trop distraits par peur de perdre la mémoire. Elle a largement trente ans de moins que lui, pète le feu et parle à la vitesse de l’éclair. Elle vient de se séparer du garçon avec lequel elle vivait, alors que le mois d’août à Paris largue ses effluves de canicule. Tous deux, esseulés, partagent le livre qu’il vient de jeter dans l’escalier : Le Traité du désespoir de Kierkegaard. Et pour éviter de sombrer, à défaut d’aller en famille dans les Vosges, la jeune femme propose à son camarade de désespoir de partir à Kergolézec, tout au bout de la Bretagne. Et les voilà partis, dans la Talbot Samba du vieil homme, sur les chemins vicinaux parce qu’il déteste la modernité des voyages express sur l’autoroute, alors qu’elle est terrifiée par l’ennui qui la guette et l’espace temps infini qui menace cette aventure. 

    Deux acteurs merveilleux

    © Fabienne Rappeneau

    Pour interpréter ce dialogue du tac au tac, mais qui prend aussi les chemins de traverse en digressant sur les relations amoureuses, la fin du désir, la frénésie mortifère des réseaux sociaux, l’ode à la contemplation et la transformation inquiétante de la campagne française en mono-culture américaine, il fallait compter sur des acteurs capables de discourir de manière légère sur des sujets très graves. Philippe Magnan, grave et caustique à la fois, est capable de lancer à sa camarade qu’elle est une « serpillière, un toutou, coupable de s’amouracher à un lamellibranche » qu’elle ne doit plus considérer comme son « bébé ». Fascinant et tranchant, l’acteur reste d’une étonnante sobriété en distillant les pires insanités dans un langage fleuri que l’auteur Arnaud Bédouet a judicieusement composé. A ses côtés, sur un immense banc qui leur sert à jouer toutes les situations, Lou Chauvain offre sa présence fébrile et virevoltante, sa fragilité de jeune femme toujours amoureuse, sa révolte contre une autorité machiste et autoritaire. Elle est formidable, toujours juste, modulant son jeu et ses répliques dans toutes les situations.

    Entre réel et fantasme

    © Fabienne Rappeneau

    Qui sont-ils vraiment ces deux personnages, et leur voyage est-il bien réel ? Entre rêve et réalité, dans la subtile mise en scène de Catherine Schaub, les comédiens semblent planer entre deux réalités que des nuages, parfois, et des écrans bleutés, viennent envahir. Car ce voyage qui réussit ces deux solitudes que tout semble opposer, est aussi une aventure du langage dans ce qu’il a de plus libre, de plus abouti. La poésie, l’humour, l’imagination sont toujours présents dans ce voyage entre deux eaux, mais les deux personnages, qui s’arrêtent en pleine Beauce en raison d’une panne, dînent dans un restaurant rempli de têtes de cerf, se découvrent aussi eux-mêmes en se confrontant avec l’autre. Rien n’est interdit au cours de cette épopée fantasmatique, ni les mots d’amour, ni les rages intempestives, ni les combats de coqs. Ces deux-là vont danser dans les fêtes de villages, et s’allonger dans les foins en observant les papillons. On ne racontera pas la fin de la pièce, mais on aura compris que cette aventure exige des spectateurs de se rendre disponibles à tous ces chemins de traverse. Les comédiens nous embarquent, aucun souci, avec bonheur.

    Hélène Kuttner 

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