0 Shares 1059 Views

Carole Vergne : “On est heureux de partager ces petits modules d’émerveillement !”

Élodie Pochat 10 décembre 2020
1059 Vues

© Bastien Capela

Carole Vergne nous présente i.GLU, une création du collectif a.a.O, compagnie dans laquelle elle est chorégraphe, danseuse, réalisatrice et artiste visuelle. Elle nous explique la réflexion qu’elle et son partenaire, Hugo Dayot, portent sur l’usage de l’art numérique pour la danse, notamment dans les spectacles destinés au jeune public. Découverte d’une approche poétique et sensible du spectacle vivant.

Pourriez-vous nous présenter le collectif a.a.O ?

La compagnie s’appelle collectif a.a.O et a été créée en 2010 à Bordeaux. C’est une compagnie de danse contemporaine et d’arts visuels composée d’une administratrice et de deux artistes : Pascale Garbaye, Hugo Dayot et moi-même. Nous travaillons autour du champ chorégraphique et depuis quelques années, nous creusons la question de l’espace immersif pour l’enfance. “a.a.O” est un acronyme allemand qui signifie “Ici et Maintenant”. Nous avons également choisi la notion de “collectif” parce que, lorsque nous créons, nous ne sommes pas seuls mais bien entourés d’un collectif de médiums et d’artistes qui s’associent autour d’un même projet. Il peut y avoir 10 à 15 artistes par création. C’est la convergence de toutes ces sensibilités qui va permettre de faire le meilleur spectacle possible. Moi, je crois beaucoup à l’association : je ne pense pas qu’on travaille pour une personne mais bien pour un projet. C’est beaucoup plus profitable !

Vous êtes à la fois danseuse, réalisatrice, artiste visuel et chorégraphe tandis qu’Hugo Dayot est également chargé de la diffusion et de la production de vos spectacles. Vous êtes tous les deux multitâches. Quel est votre parcours et quelle est votre formation ?

C’est vrai que l’on touche à tout mais c’est principalement à cause de contraintes économiques. Mon parcours est assez simple : j’ai fait des études de danse au Conservatoire de Bordeaux alors qu’Hugo lui, a fait des études à l’École des Beaux-Arts, également à Bordeaux. J’ai donc commencé par la danse, et le dessin était en quelque sorte ma bête noire. C’est à la suite d’une grande fatigue où je n’arrivais plus à travailler que j’ai déplacé mon intérêt pour le champ chorégraphique et les notions d’espace au plateau vers le dessin. Au début, je gardais mes dessins pour moi car je les considérais comme mon espace personnel, privé. Je ne pensais pas à les exposer. Et puis petit à petit, Hugo m’a encouragée à les montrer et cela a été enrichissant pour moi et pour le développement de notre parcours. J’ai également commencé à travailler la vidéo. C’est ainsi que je suis un peu autodidacte dans ces deux domaines.

Est-ce que le dessin vous aide lorsque vous travaillez la chorégraphie ?

Oui, c’est devenu le prolongement de mon travail chorégraphique, donc il m’enrichit. Au plateau j’ai une écriture automatique. En général ce sont des wagons qui m’arrivent parce que je travaille beaucoup autour de la spirale et de la torsion. C’est vraiment un travail de succession très organique donc cette écriture est très difficile à retoucher. On est pris dans une succession de mouvements très dépendants les uns des autres. Pour transmettre une chorégraphie, la notation Laban existe mais c’est un système très complexe composé de symboles répertoriés. Elle a un intérêt évident de répertoire, pour transmettre ses créations.

Vous ne dansez pas sur tous les spectacles ?

Ce n’est pas une position très confortable d’être à la fois danseur, chorégraphe et artiste visuel parce que l’on est très demandé. Cela nous oblige à être sur tous les territoires. On est toujours dedans et dehors à la fois, ce qui n’est pas non plus agréable pour les autres danseurs au plateau. De plus, pour i.GLU, je voulais un duo de garçons. Ne pas être interprète de sa propre création permet aussi de prendre un peu de recul et d’être vraiment dédié au travail de recherche.

Est-ce que vous pouvez nous présenter le spectacle i.GLU ? Comment l’idée vous est-elle venue et qu’est-ce qui vous a inspiré ?

Nous avons été invités à Châteaubernard, en Charente, par les Jardins Respectueux afin de réaliser un film d’animation documentaire sur la graine. C’est à la suite de cette rencontre que nous avons souhaité poursuivre l’aventure au plateau. Nous avons donc imaginé un spectacle avec la figure du jardin représentée par l’épouvantail, dont nous avons déconstruit l’image à travers la danse. Le danseur-épouvantail a les pieds fixés par des attaches, ce qui nous permet de travailler sur la contrainte. Le deuxième personnage est un hérisson-buisson qui vit dans un arc-en-ciel : c’est un objet en plastique posé dans un halo de couleurs. Nous projetons les animations numériques sur un dôme en ouate, que nous appelons le jardin numérique. Un petit personnage de dessin animé, réalisé par Hugo Dayot, tient toute la trame narrative de la pièce. C’est lui qui va réveiller le petit jardin. Au cours du spectacle, l’épouvantail va réussir à sortir de sa condition et fera la rencontre du jardinier, mystérieux personnage. Ensemble, ils vont apprendre à dialoguer et à habiter l’espace.

© Bastien Capela

C’est également une expérience active pour les enfants, qui sont invités sur le plateau au début et à la fin du spectacle. Quels sont leurs retours ?

Oui, avant le début du spectacle, les enfants sont accueillis sur scène pour découvrir le jardin endormi. On leur distribue un petit pixel carré tout en bois pour qu’ils le plantent dans des petits pots sous le dôme qui est recouvert d’une matière d’images numériques. C’est un geste à faire seul, sans adulte. À la fin du spectacle, les enfants peuvent revenir sur le plateau et voir ce que sont devenues leurs graines numériques. Les deux danseurs que sont l’épouvantail et le jardinier prennent le temps d’échanger avec les enfants. Ils sont encore plus curieux à la fin.

C’est impressionnant de voir que les enfants font les liens malgré les ellipses et les abstractions ! Nous sommes très contents d’avoir réussi cela. C’était un défi car l’univers graphique, même s’il est très doux, est aussi très soutenu comme lorsque l’on fait disparaître un personnage dans le décor. Les détails comptent beaucoup pour les enfants car ils font attention à tout. On peut se permettre toutes les abstractions tant qu’on leur construit du sens. Les enfants ont une imagination débordante et c’est vraiment impressionnant !

© Bastien Capela

Pourquoi ce choix de faire des créations à destination du jeune public ? Vous écrivez qu’il s’agit d’un champ artistique à part entière.

Cela s’est vraiment fait par évidence au niveau de notre travail ! On a rencontré les enfants à travers des ateliers autour de mes dessins et on a été très surpris de leur capacité à se projeter dans ces dessins d’espaces très abstraits. Quand on a chorégraphié Cargo, l’archipel d’Ether et que je me suis retrouvée sur scène, c’est une des rares fois où j’ai eu peur. Ce jeune public m’a impressionnée par son exigence et par la qualité de son regard ! À travers eux, j’ai retrouvé tout l’intérêt que je porte à la création. C’est comme s’ils me rendaient de l’exigence et j’y ai trouvé du sens. Ils m’ont vraiment donné envie de travailler pour eux.

De plus, pendant les séances scolaires, c’est une société entière que l’on rencontre. Lors de nos spectacles pour adultes, c’était un public averti qui venait nous voir alors que là, on a affaire à tous les enfants du monde. On a vraiment l’impression de participer et de contribuer à quelque chose. On est moins dans l’exclusion à travers un projet pour l’enfance que pour le tout public. Il y a aussi quelques fois des enfants qui n’ont jamais vu de danse, de vidéo ou de spectacle. Il nous arrive parfois de rencontrer des enfants dont le parcours est difficile, alors on est content de participer à ces petits modules d’émerveillement, c’est important pour nous !

© Bastien Capela

Si l’on considère votre spectacle comme un hymne à la nature, il peut sembler y avoir un paradoxe dans le fait que ce soient des arts numériques qui mettent en scène la nature.

Oui c’est très intéressant ! Le spectacle en lui-même est un paradoxe puisque l’on est dans l’illusion la plus totale alors que l’enjeu est de faire découvrir le motif floral. Mais nous avons proposé aux théâtres qui nous accueillent de travailler avec des associations locales. C’est ainsi qu’elles peuvent venir parler de leur initiative à la fin du spectacle. Par exemple, certains jardins en ville ont pu distribuer de vraies graines aux enfants, leur préparer un goûter et leur présenter différents légumes. Même si le paradoxe existe, puisqu’il n’y a absolument rien de végétal sur le plateau, les arts numériques sont ici comme un prétexte pour inviter les écoles et les enfants à parler du jardin. Il y a notre jardin artistique complètement numérique, et il y a le vrai jardin. C’est un moyen de concilier les deux. Plus qu’un paradoxe, on va dire qu’on est plutôt complémentaires.

© Vergne et Dayot

Est-ce que ces périodes de confinement ont eu un impact sur votre création ?

Non, pas vraiment. Nous avons eu la chance de ne pas subir de plein fouet ces confinements car notre compagnie est bien structurée.

Quel est le projet en cours du collectif a.a.O ?

Nous avons décidé de proposer à la région et au ministère de postuler dans un Centre Chorégraphique National et d’ouvrir une réflexion sur les lieux de production chorégraphique pour la création jeune public. Les outils et financements qui y sont dédiés ne sont pas encore suffisants et nous voudrions y apporter notre contribution.

Vous avez pu commencer votre tournée à Agen et Cannes avant le confinement. Comment cela s’est-il passé ?

Cela s’est bien passé. Le public était masqué et il y avait une jauge réduite bien sûr, mais les retours du public étaient très encourageants. On nous a dit que notre spectacle était un petit objet poétique, tout doux et qu’il faisait du bien en cette période anxiogène. Ensuite, bien sûr, les dates ont été annulées ou reportées. Normalement, nous reprenons à partir de janvier. C’est une tournée nationale dans laquelle nous jouons également nos autres spectacles. Nous y présenterons aussi notre nouvelle création Mouche ou le songe d’une dentelle, qui est un travail autour de la danse, la dentelle et la broderie.

Si vous voulez en savoir plus :

Le teaser du spectacle i.GLU :

L’agenda des spectacles du collectif a.a.O : calendrier | Collectif a.a.O

Facebook : Collectif a.a.O | Facebook

Site Internet : Danse & arts visuels | Collectif a.a.O | France


Propos recueillis par Élodie Pochat

Articles liés

Festival Chorus des Hauts-de-Seine 2021 : du 7 au 11 juillet à la Seine Musicale
Agenda
80 vues

Festival Chorus des Hauts-de-Seine 2021 : du 7 au 11 juillet à la Seine Musicale

La  programmation du Festival Chorus des Hauts-de-Seine est connue ! Benjamin Biolay, Philippe Katerine, PLK, ou encore Maes rejoignent les artistes qui se produiront du 7 au 11 juillet 2021 à La Seine Musicale. Pour cette édition exceptionnelle, le...

Pierre-Marie Meekel : “Le but de Zik’Occitanie est de faire voyager ses artistes sur les ondes sans frontière !”
Musique
236 vues

Pierre-Marie Meekel : “Le but de Zik’Occitanie est de faire voyager ses artistes sur les ondes sans frontière !”

Musicien et webmaster, Pierre-Marie Meekel crée en 2017 la plateforme Zik’Occitanie. Parrainée par Sanseverino, elle est destinée à mettre en avant les artistes émergents et les acteurs de la filière musicale en région Occitanie. Véritable vecteur de communication pour les utilisateurs...

Plongez dans l’histoire du graffiti à travers 8 conférences virtuelles
Agenda
128 vues

Plongez dans l’histoire du graffiti à travers 8 conférences virtuelles

Du 24 avril au 12 juin prochain, La Manufacture 111 vous invite à découvrir l’histoire du graffiti à travers huit conférences virtuelles à suivre en intégralité ou en parties, animées par Henry Hang, artiste plasticien, danseur, et professeur de...