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Chaillot se met à la danse… japonaise

Thomas Hahn 13 septembre 2018
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Chaillot ouvre la saison avec un focus japonais mettant la danse à l’honneur, avec le grand maître Saburo Teshigawara, avec du Kabuki, du hip hop et un quatuor féminin déjanté, les Tokyo Gegegay. Organisé dans le cadre de « Japonismes 2018 », ce point fort porte un titre sans appel:  « Tous Japonais » !

La manifestation « Japonismes » offre au public français un panorama des arts de la scène japonais, de la plus grande tradition aux formes les plus contemporaines, du Kabuki au théâtre contemporain. La danse étant un vecteur privilégié pour communiquer à travers la forme et les émotions, elle irrigue cette manifestation, et trouve un bel état de concentration à Chaillot – Théâtre National de la Danse.

Au Japon, le geste très concentré, si minime à la surface et si bouillonnant de l’intérieur, exprime une culture millénaire. On le rencontre ici dans un énorme spectacle de Kabuki. Mais le Japon a aussi ses cultures urbaines et ses B-Boys qui pratiquent la breakdance, à leur façon. La danse révèle toujours les différences en matière de morphologie, entre les corps des uns et des autres. Et on retrouve Saburo Teshigawara et Rihoko Sato qui forment un duo de danse traditionnel au style incomparable, aérien, presque diaphane, mondialement connu et célébré pour sa capacité à transformer l’espace entourant les danseurs, à rendre palpable l’air, le vent et le souffle.

Kabuki

Le Japon entre en fanfare, pour l’ouverture de saison, d’une saison placée sous le thème « Tous humains », et donc tout particulièrement dédiée au dialogue des cultures. Le premier point d’orgue est spectaculaire, avec un grand spectacle kabuki, cette forme traditionnelle où le chant (ka), la danse (bu) et le jeu d’acteur (ki) fusionnent comme dans la forme originelle de la tragédie grecque. Le Kabuki est ce théâtre où les hommes incarnent avec grâce les rôles féminins, la scène ayant été longtemps interdite aux femmes. Les deux pièces présentées dans le programme « Shoshiku Grand Kabuki » est composé de deux classiques du répertoire, dont un drame dansé créé en 1823, interprétés par Nakamura Shidô II et Nakamura Shichinosuke II, légendes vivantes du kabuki contemporain.

Cultures urbaines

Le pas vers l’inconnu se dessine avec une soirée en trois parties, un « Triple Bill » où deux chorégraphes français créent pour une troupe de B-Boys nippons. Et c’est là une rencontre inédite. Kader Attou, directeur du Centre Chorégraphique National de La Rochelle, a certes beaucoup voyagé. Il a créé des pièces ave des danseurs indiens et d’autres, en Europe et ailleurs. Mais le Japon? Le Hip Hop est une culture qui tisse des liens, à travers la planète, c’est bien connu. Et pourtant, des collaborations entre chorégraphes européens et B-Boys japonais ne sont pas légion. Et c’est un sacré euphémisme.

Le langage est donc commun et partagé, et pourtant, Attou rencontre des danseurs d’une autre galaxie. Et ce sont les mêmes danseurs, cinq garçons en tout, qui travaillent avec Jann Gallois, jeune chorégraphe représentante d’une approche très élargie de la danse urbaine, tête chercheuse, toujours à l’affût de nouvelles formes d’expression, repoussant les limites de son énorme créativité.

A ces deux quintets masculins (par ailleurs, Jann Gallois a fait un tabac avec sa propre pièce « Quintette ») répond un quatuor féminin, reflet très authentique de la société japonaise actuelle. Ces filles qui se nomment Tokyo Gegegay sont assez « gaga » dans leur culture chorégraphique très télévisuelle, théâtrale, urbaine et joyeuse à souhait. Elles apportent ici une touche d’imprévisible, de fraicheur sans doute, et peut-être un grain de folie…

Danser Dostoïevski ?

Saburo Teshigawara pratique une danse liée aux éléments, et surtout à l’air. Cet art qui n’appartient qu’à lui l’a conduit jusqu’à créer pour le ballet de l’Opéra de Paris une pièce qui a fait date. Dans « The Idiot », sa nouvelle création avec sa partenaire Rihoko Sato, il fait un pas de côté, en se rapprochant d’une incarnation théâtrale. Bien sûr, sans vouloir retracer la narration de Dostoïevski, mais en s’inspirant des personnages et des ambiances. C’est aussi, mettre son langage si intime et fondé sur le contact avec l’air, à l’épreuve de costumes de scène beaucoup plus imagés, pour multiplier les sensations et ouvrir d’autres portes vers l’intime. Et « Tous Japonais » se  poursuit avec du théâtre contemporain, une pièce de Hidek Noda intitulée « Sous les fleurs de la forêt de cerisiers », « une fresque inspirée du Japon antique prolongeant sa réflexion sur l’État, les enjeux de pouvoir et la tentation d’une réécriture de l’Histoire ».

Thomas Hahn

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