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Découvertes CircARAssiennes – Rencontre avec Sylvain Julien

Zoé Kolic 4 janvier 2021
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© Grégory Edelein

Le cirque contemporain se caractérise par sa diversité, sa malléabilité et son authenticité. Multiple dans ses formats, ses espaces de diffusion, ses interprètes mais également les sujets qu’il aborde, le cirque contemporain se revendique avant tout un espace de création. Le rapport au corps et à la matière, à l’individuel et au collectif ou encore les défis politiques et sociaux de notre époque sont autant de sujets à explorer dans cet art. On vous propose donc de faire la connaissance de plusieurs compagnies circassiennes de la région Auvergne-Rhône-Alpes afin de redécouvrir le cirque d’aujourd’hui. 

Pour débuter cette série d’articles, l’artiste Sylvain Julien a accepté de partager avec nous son univers. Des balles aux cerceaux, il explore les limites des objets avec lesquels il travaille, renversant le regard du spectateur.

Peux-tu nous raconter ton parcours ? Depuis quand avais-tu envie de faire du cirque ?

Tout d’abord j’ai passé un bac scientifique, mais l’école ne m’intéressait pas vraiment, je voulais comprendre le monde. Je me suis dirigé vers l’économie mais à la place je me suis mis à faire du cirque. Déjà petit je faisais de la magie, du théâtre, de la danse, puis à la fac j’ai découvert le cirque et ça m’a tout de suite plu. Ça me paraissait comme une scène ou on pouvait faire ce qu’on voulait. Il n’y avait pas de pratiques exclues, c‘était le lieu de tous les possibles, de la dépense énergétique, de la rencontre, et ça me donnait envie.

Comme j’étais dans une famille “passe ton DEUG d’abord”, j’ai passé le DEUG et ensuite je suis rentré dans le circuit du cirque, sauf que je n’y connaissais rien. J’ai appris à jongler à trois balles et je me suis dit “je veux être jongleur”. J’ai annoncé ça à mes parents mais c’était ridicule je savais à peine jongler, le moyen pour les faire adhérer et de faire ce que je voulais c’était de rentrer dans une formation générale renommée. Alors je suis entré au Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne. J’y suis rentré par le jonglage, mais il fallait quand même passer par le cirque dans son entièreté : le théâtre, la danse, les acrobaties. Et j’y ai pris goût.

Tu crées ensuite avec Julien Tauber l’association Caktus. En quoi consiste-t-elle ? Comment l’utilises-tu ? 

Quand j’étais à l’école en premier cycle à Rosny-sous-Bois, j’ai monté un petit spectacle avec un copain de lycée. On a joué dans la cave d’un bar sauf qu’il devait y avoir 130 personnes dans une cave qui devait pouvoir en contenir officiellement 29. Beaucoup de gens ont voulu acheter le spectacle, et nous on ne savait pas comment s’y prendre. Donc on a monté l’association pour pouvoir vendre des prestations. Elle s’est structurée et est devenue l’outil qui porte nos projets communs. C’est un chapeau collectif et administratif qui est ouvert à un certain nombre d’artistes. Il n’y a pas d’identité artistique propre à la compagnie, mais il y a le plaisir de rester en lien et de mutualiser des passions et des créations. Dès que je bosse sur d’autres structures, je suis salarié de ces structures, mais dès que ce sont des choses de ma propre initiative, en règle générale c’est porté par l’association.

Tu fais la part belle aux objets avec lesquels tu travailles dans tes spectacles. Peux-tu nous parler de ce rapport que tu as avec les objets que tu utilises ?

Déjà à l’école de cirque, j’avais une envie d’objet autre. Je bossais avec des habits, du bois, et quand je suis sorti de l’école, je suis devenu le mec qu’on invite dans son monde et qui vient jouer avec les objets de ce monde. Avec une acrobate aérienne, je me suis retrouvé à travailler avec de la corde, avec mes copains conteurs on a fait Enforestation où on travaillait avec du bois. Je dirais qu’il y a un moment où j’ai pris un chemin de la matière. Par exemple dans un spectacle, le metteur en scène dit “Bon moi j’aimerais bien qu’il y ait des entonnoirs”, donc je me retrouve avec les entonnoirs dans un coin, je bosse trois semaines et je vois ce qu’il y a moyen de faire avec. Il y a une recherche plus ou moins longue, parce que quand tu as déjà travaillé avec d’autres objets tu transfères tes compétences pour trouver quoi faire avec les nouveaux.

Sylvain Julien et ses cerceaux. Crédits : Grégory Edelein

En ce moment tu travailles avec des cerceaux pour tes nouvelles créations. Tu parles d’un duo entre toi et cet objet, tu peux nous en dire un peu plus ?

Initialement je bossais avec des balles rebonds. J’aimais bien ça, la vie autonome de l’objet, parce que la balle rebondit une fois qu’elle t’échappe, elle ne s’arrête pas à tes pieds inerte, elle continue. Elle peut aller déranger dix personnes, et toi tu cours derrière comme un con. Le cerceau il possède aussi cette caractéristique-là puisqu’il roule, il a lui aussi une vie autonome. Et donc quand je parle de duo avec le cerceau c’est à ça que je fais référence. C’est le fait de donner des informations à un objet qui en retour fait plus ou moins ce que tu veux, mais qui est lui aussi de façon aléatoire, force de propositions. Que ce soit avec la balle rebond ou le cerceau je trouve ça particulièrement marqué et j’aime bien me raconter qu’un objet à cette intention autonome, qu’il peut être surprenant.

Aujourd’hui, est-ce qu’on peut dire que tu es dans une carrière solo ?

Non non ce n’est pas le cas. J’ai un parcours solitaire qui se nourrit des rencontres. C’est super les rencontres, c’est ce qui alimente mon travail. C’est un nouveau jeu de contraintes dans lequel je reste moi mais où je déploie des choses nouvelles. Je finis par avoir une identité un peu forte, et on fait appel à moi pour des aventures collectives. Quand je bosse avec des musiciens par exemple, je suis un peu le seul circassien sur le plateau mais ce n’est pas toujours le cas. Cette année, j’ai beaucoup travaillé avec la Mondiale générale où nous sommes nombreux sur scène. J’ai également travaillé avec Denis Plassard qui est un chorégraphe lyonnais, dans ses spectacles on a toujours été entre cinq et dix. Les travaux collectifs c’est très enrichissant, c’est un nouveau cadre et de là, j’existe différemment.

Est-ce que tu travailles avec des publics plus jeunes ? 

Ce qui me motive c’est plutôt les spectacles, mais je prends beaucoup de plaisir à rencontrer du monde. J’ai eu de très belles expériences d’enseignements de mes pratiques à des publics plus jeunes. Je donne notamment régulièrement des cours en Bac cirque à Vaulx-en-Velin. Je profite de ces rencontres parce que quand tu joues dans un théâtre, tu croises très peu les gens en fait. En général tu vois la gare, l’hôtel, le théâtre et au moment où tu as fini, le public est déjà parti parce qu’il a fallu tout démonter. Donc j’aime bien jouer dans des lieux non dédiés au spectacle car la rencontre avec le public y est facilitée. Il n’y a pas la barrière de la scène.

De ce point de vue là avec Monsieur O, qui est encore en tournée, j’ai pas mal joué devant un jeune public. Ce que je préfère quand je joue devant eux, c’est la discussion qu’on a après où très vite on peut arriver sur des questions métaphysiques ou sociales. Par exemple, à un moment je prétends faire du coaching pour mes cerceaux puis il y en a un qui explose. Et après le spectacle, quand vient cet échange avec les enfants, ils me demandent : “Est-ce que le cerceau est mort ? Est-ce-qu’il va revivre ?”. On part dans un monde où tout peut prendre vie, à partir de moments du spectacle qui les ont marqué différemment, c’est réjouissant.

Création en cours mOndes. Photo : Fleur Sulmont

Le projet mOndes est un peu bousculé par la situation actuelle, mais as-tu déjà des projets futurs dont tu voudrais nous parler ? 

Pour mOndes, je devais être sur scène avec cinq cents cerceaux, mais je suis en train de me demander si je vais le faire en tant que tel ou pas. Même si je ne fais pas cette forme son fond reste d’actualité dans le sens où c’est mon projet global, et ce sera porté dans une future création. Mais j’ai d’autres projets, par exemple une harpiste m’a appelé il y a quelques jours et on va monter quelque chose tous les deux en septembre 2021.
La vie continue. Disons qu’il est en train d’y avoir une reconfiguration du paysage à venir, du fait de la situation sanitaire. Aujourd’hui le but c’est de tenir tout le monde vivant, mais ça ne va pas durer longtemps, donc je suis un peu pessimiste sur les temps à venir. On était déjà sur une situation dégradée dans le secteur, alors ça n’a pas arrangé les choses. Il ne faudra peut-être pas hésiter à aller se battre et à crier haut et fort tous ensemble qu’on est pas d’accord.

Plus de renseignements sur les créations de Sylvain ici !

Propos recueillis par  Zoé Kolic

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