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« En manque » : Vincent Macaigne toujours incendiaire

19 décembre 2017
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© Mathilda Olmi

Vincent Macaigne produit un rugissement festif. La désespérance aux abois, il se rue sur le chaos pour en faire spectacle.

Ceux qui connaissent déjà Vincent Macaigne vont retrouver ses empreintes de scénographe, ses obsessions et ses extravagances. Les autres, ceux qui le découvrent, seront abasourdis ou emportés par cette lame de fond. Toujours est-il que Vincent Macaigne réalise à nouveau un spectacle qui ressemble à un cri protéiforme, cri sonore, cri pictural, cri chorégraphique… Dès le début du spectacle, les spectateurs qui ont déjà patienté debout et serrés pendant vingt minutes, sont massés sous une benne de chantier où une comédienne crie dans un haut-parleur. Le public sera ensuite enfin assis mais très vite des comédiens vont grimper en acrobates sur les gradins et mieux vaut alors se décaler pour ne pas recevoir un coup de pied. A moins que vous ne choisissiez de vous élancer vous-même sur le plateau pour danser de la techno. Ce moment de partage salle-comédiens est audacieusement long, créant une magie qui défoule, surprend, saisit. Les corps qui par dizaines s’agitent frénétiquement sur scène sont comme une parenthèse heureuse dans un ensemble dominé par un constat désespérant, quoique traversé de rires.

©Mathilda Olmi

Pour exprimer ce désespoir et cette sensation d’être au bord d’un cataclysme de la société, Vincent Macaigne pose vaguement une base à travers un personnage de femme qui dirige une fondation d’art. Elle veut exposer des tableaux pour les exclus, « ceux de la vallée ». Mais elle a une fille qui elle-même est amoureuse d’une autre fille et rapidement l’écheveau s’effiloche, les enfants en rupture font voler en éclats le rêve de la mère et les haines filiales se disent en langage gore jusqu’au grotesque. Des tableaux de Caravage se détachent sur les murs blancs du plateau, tandis que la chanson Purple Rain résonne et débouche sur des dialogues croisant la Reine Elisabeth et Prince. Il ne faut pas chercher à comprendre. Ce qui se dégage tient dans la scénographie non dans une construction ni dans un texte. Et cette scénographie excentrique, foutraque,  affolée, parvient à toucher, provoquer, ébranler et traduire la rage d’une génération qui manque entre autres d’amour et de projets.

Les jeunes spectateurs trouvent dans En manque une mélancolie furieuse qui vient s’ajuster à leur débordement et leur énergie non maîtrisable. C’est réjouissant de voir qu’un spectacle hystérico-performant appelle à sortir des discours pieux. Mais lorsqu’il ne s’appuie pas sur un matériau de départ comme il l’a fait précédemment avec Dostoïevski ou Shakespeare, Vincent Macaigne donne l’impression à certains de faire tourner en rond sa furie et il laisse sur le quai une partie des spectateurs, ceux-là même qui le suivent depuis des années. Plus qu’à du théâtre, mieux vaut s’attendre avec En manque à un désordre théâtral qui fabrique une expérience vertigineusement contemporain.

Emilie Darlier-Bournat

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