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    « Être ou ne pas être » ou le superbe hommage de William Mesguich au foot, au théâtre et à son père

    Hélène Kuttner 10 mai 2026
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    ©Sarah Barzyk

    Dans un one-man show d’une poignante sincérité, William Mesguich révèle l’histoire de ses deux passions, le football et le théâtre. Naturellement, l’ombre tutélaire du père veille sur la destinée d’un fils grandiose qui croise plus d’un spectre sur son chemin, de Compostelle au Festival d’Avignon. Réjouissant !

    Être ou ne pas être Michel Platini

    Quand on grandit dans une famille où le père est un metteur en scène célèbre, et où tout tourne, les amis, les discussions, les sorties, autour du théâtre, il faut jouer des coudes pour se faire une place au soleil. « Je serai Maradona ou rien » déclare le gamin du haut de ses treize ans, même si le père, Daniel, avec son Borsalino et ses Santiags, se tient entre Shakespeare et Maradona. Délaissant le Théâtre du Globe de Shakespeare, William préfère le ballon rond, les dribbles et les passes avec ses potes du 19° arrondissement de Paris. Sur scène, William adulte est le gamin ébouriffé qui cavale dans le couloir de son appartement, shoote sur sa mère en train de corriger ses copies (elle est prof) ou renverse ses petites sœurs. En équipe, il est Bochka, le Gaulois, leader aux cheveux d’ange du groupe qui suppliera son père de l’emmener au Parc des Princes. La scène est impayable, du père cigarette au bec et blouson de cuir noir sur le dos, conduisant son fiston en Alfa Roméo rouge pétant, fendant la meute des supporters du PSG. « C’est qui les Bleus ?? » demande le père. « Ceux qui sont en blanc ! » répond le fils, alors que leurs voisins se lèvent pour hurler et encourager l’équipe.

    D’un rêve à l’autre 

    Le méchant tacle d’un joueur de l’équipe adverse, lors d’une compétition en foot junior, va soudain faire exploser ce rêve d’enfant. Double fracture tibia-péroné, huit mois de repos pour ce guerrier de l’impossible, quand un spectre apparaît dans le champ de vision du gamin de 17 ans. « Je suis Hamlet » déclare-t-il, « Tu es dans l’œil du cyclone ! » L’autre William, Shakespeare cette fois, le convoque par l’intermédiaire de son héros célèbre. Du stade de foot au plateau de théâtre, il n’y a qu’un crampon, et le jeune homme, plongé dans la marmite théâtrale dès la naissance, délaisse le ballon rond pour les cours de théâtre, d’abord avec Pierre Debauche dans le Périgord, puis au Festival d’Avignon, avant de se lancer dans une dantesque traversée de la France à pied, pour porter la parole théâtrale dans les campagnes, comme Molière et son théâtre ambulant. On connaît la suite, et on comprend aisément que grâce à son énergie phénoménale et ses entraînements de sportif de haut niveau, le jeune William ait pu multiplier des expériences artistiques aussi extraordinaires. 

    Symphonie de spectres

    Beckett, Marivaux, Shakespeare, Molière, Descartes ou Pascal seront les fantômes de ce dialogue permanent avec les mythes, que l’acteur anime sur le plateau de manière virtuose, changeant de costume, d’accent et de silhouette, à la vitesse de l’éclair, à la faveur de lumières changeantes. Tantôt Scaramouche, tantôt Indiana Jones, William déploiera des tonnes d’inventivité et d’énergie, d’intelligence et de malice, pour prouver au monde entier qu’il est aussi légitime que son paternel, et qu’il peut se faire un nom à lui tout seul. A la fin, Daniel le père proposera à William le fils d’interpréter le rôle d’Hamlet. « Papa, pourquoi tu veux mettre en scène Hamlet pour la troisième fois ? » demande William. « Hamlet est la mise en scène de l’impossible. Il est entouré de spectres et de fantômes » répond Daniel. Et c’est ce qu’il y a de très beau, de très fort dans ce spectacle : cette mise en scène, en perspective, de la relation d’un fils à son père, dans le respect et l’amour le plus tendre, qui fait écho à des jeux de miroirs infinis, mythiques, familiaux, présents dans la littérature et dans le théâtre. Avec un humour toujours jaillissant.

    Hélène Kuttner 

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