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    Je t’aime à l’italienne : la plus méditerranéenne des comédies romantiques au Théâtre Trévise !

    patrick duCome 13 février 2020
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    En mettant le doigt dans un engrenage infernal pour sauver leurs couples, deux amis de toutes les batailles s’enfoncent et pataugent dans le mensonge, ce qui, vous en conviendrez, n’est pas sans risques. Sous le vernis du délire comique, transparaît un spectacle revivifiant et fort pertinent sur le “vivre ensemble”.

    Vous qui aimez les histoires entrecroisées, lorsque le comique de situation rejoint la gravité du propos, voici celle de Carlo et Farid, deux gros fêtards qui enchaînent les conquêtes. Mais attention, bug sur leur relation ! Carlo n’est plus le même, il n’ose pas dire à Farid qu’il sort avec… sa sœur Aicha depuis six mois !

    Carlo, Italien catholique d’origine, se doute que son pote Farid, d’origine algérienne et de culture musulmane, n’acceptera jamais leur liaison (Quoi ? Ma propre sœur ?), mais d’un autre côté il découvre une imposture chez son ami moralisateur. Farid, en effet, se fait passer pour un Juif depuis des mois afin de pouvoir se marier avec une beauté, Rachel

    Les différences de culture, de grands moments émotionnels

    Comprenons-nous les couples mixtes quand cela nous concerne au premier chef ? Vivre ensemble n’est-ce qu’une théorie ? Cette question nous renvoie également au film de Philippe de Chauveron Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu dont on sait qu’une bonne partie des acteurs s’était fait connaître grâce à des rôles jouant sur les codes religieux, ethniques et sociaux de leurs personnages. À l’heure où deux partis politiques (LRM et RN) imposent, sans qu’on leur ait demandé quoi que ce soit, le thème de l’immigration en préambule aux élections à venir, ce spectacle à l’humour ravageur conte avec malice l’histoire de trois communautés qui vivent ensemble en France avec leurs succès et leurs échecs, leurs nantis intégrés et leurs laissés-pour-compte désintégrés. Les différences de culture créent des ambiguïtés, des quiproquos, des incompréhensions et de grands moments émotionnels qui donnent de grandes claques à nombre de nos certitudes ! C’est cette hauteur de vue qui inspire Hugues Duquesne et Kader Nemer.

    Hugues Duquesne et Kader Nemer*, auteurs et metteurs en scène : une certaine idée du théâtre d’humour

    Quand la vie actuelle moderne que vous montrez vient heurter ce tabou qu’est la tradition, ne craignez-vous pas d’apparaître comme moralisateurs ?

    Hugues et Kader : Surtout pas de moralisation ! Du reste, nous n’avons aucune leçon à donner à qui que ce soit. Et quel droit ? On essaye de soigner le fond et la forme. Hors du pathétique, chaque personnage a sa trajectoire, toutes les chansons ont leur propre thématique liée au sujet qu’on explore. Nous jouons avec les changements de rythme et de lieu et nous usons du comique de situation en tentant d’aller crescendo au fond des choses. C’est-à-dire que nous tenons à éviter que les comédiens se concentrent sur la blague aux dépens de la situation émotionnelle. Trop jouer ou sur-jouer empêche le public de croire à la situation et celui-ci fera une fixation sur la blague qu’il attendra, guettant le seul gag.

    Pourtant, il y en a des gags, du délire, de la folie…

    Oui, justement, c’est pour ça qu’on demande aux comédiens de ne pas caricaturer. La magie opère et le public réagit. Les comédiens doivent avoir de l’énergie. Beaucoup d’acteurs ont énormément de talent mais pas l’énergie nécessaire. Un rôle doit se maîtriser en plusieurs épisodes. Nous disons aux comédiens de ne pas essayer de faire rire à tout prix mais de vivre la situation le plus simplement. C’est la situation qui te donnera l’émotion et ainsi créera le rire. Ne t’essaye pas à être comique, ça gâcherait cette magie !

    Votre public intergénérationnel est très diversifié

    Malgré nos références “jeunes”, même si de nombreux jeunes viennent nous voir, notre public est assez âgé. [“Dans certains villages, la moyenne d’âge est de 70 ans”, plaisante Hugues]. Lorsque nous étions plus jeunes, il n’y a pas si longtemps, ce que l’on appelle aujourd’hui “le vivre ensemble” allait de soi. La question ne se posait pas vraiment, nous avions des potes, des copines, nous vivions des histoires d’amour sans nous préoccuper des origines de chacun. Le monde n’était pas parfait, mais jamais nous n’aurions imaginé importer des conflits ethniques ou religieux dans nos collèges, lycées, quartiers ou banlieues. Chacun respectait la manière de vivre de chacun et continuait de jouer, aimer, étudier ensemble. Mais les temps ont changé… La crise économique, la recherche d’identité ont amené beaucoup de jeunes à se replier sur eux-mêmes et leur communauté.

    Et votre pièce apporte quelle solution ?

    À travers cette pièce de théâtre, nous désirons évoquer ce thème du vivre ensemble mais de manière drôle puisque c’est une comédie. Le parcours de nos deux héros, Carlo et Farid, montre que l’excès vire toujours au ridicule et surtout que leurs actions vont à l’encontre de leurs désirs : trouver l’amour et être heureux. Je t’aime à l’italienne montre que l’amour et l’amitié sont seuls capables de transcender les différences. Traiter de ce sujet via le filtre de la comédie et de l’ironie dramatique permet de le dédramatiser et surtout de montrer que, quelles que soient nos origines, nos croyances, ce sont nos ressemblances qui nous rapprochent et nous permettent de dépasser tous nos préjugés.

    L’amour et l’amitié, seuls capables de transcender les différences ?

    En ce qui nous concerne, nous le disons et très directement. Malgré nos différences, notre amitié s’est bâtie et a duré grâce à nos passions communes, nos fous rires, nos engueulades et tout ce qui fait le sel d’une aventure partagée qu’on appelle la vie !

    Au-delà de la tournée en cours, quels sont vos projets ?

    Nous pensons vraiment à une tragicomédie.

     Une suite à Je t’aime à l’italienne ? 

    On n’y a pas songé. Mais cependant, nous avons déjà les titres : Mariage à l’italienne suivi de Divorce à l’italienne [rires…].

    *Le saviez-vous ? 

    Kader Nemer, ex-duo “Les Goubéens – Grand Prix Humour Saint-Gervais”, a fait la dernière de couverture de Libération grâce à sa parodie de Pôle Emploi.
    Hugues Duquesne, ex-duo “Les Goubéens – Grand Prix Humour Saint-Gervais”, a déjà connu de nombreux succès tels que “Les Lascars Gays” et “Ben-Hur, la parodie”.

    Patrick duCome

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