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Jungle Book, un conte fantastique pour tous les âges

Hélène Kuttner 13 octobre 2019
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© Lucie Jansch

Mowgli qui gambade en espérant la réconciliation du monde des hommes et des animaux, la panthère Bagheera qui fait la belle féministe quand Hathi, la narratrice aux oreilles d’éléphant, nous conte l’histoire de Kipling, à travers les yeux d’une observatrice d’un monde sous perfusion écologique, ce Livre de la jungle version Bob Wilson est bien un spectacle total, avec lumières sublimes et chorégraphies graphiques, tandis qu’un orchestre joue tous les soirs en direct les songs de CocoRosie. 

Une audition de 2 000 candidats

© Lucie Jansch

Pour inaugurer le nouveau Théâtre du 13e Art pendant les travaux du Théâtre de la Ville, son directeur Emmanuel Demarcy-Mota a souhaité faire appel à Bob Wilson qui propose un spectacle grand public, destiné à tous les âges, inspiré d’une œuvre mythique de Rudyard Kipling. La musique, interprétée en direct par quatre musiciens, est signée CocoRosie et mêle des styles divers, du hip-hop au blues, en passant par le disco ou l’opéra psychédélique. Sur la scène, une troupe de neuf jeunes artistes, choisis au terme de deux mois d’auditions, déploie un talent fou, inventif et dynamique, pour incarner les animaux humanisés de la jungle et les hommes civilisés mais peu humains. Cette création, visible dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, vaut le détour.

Des images fantastiques 

© Lucie Jansch

Costumes sublimes, maquillages sophistiqués, lumières travaillées au cordeau, l’environnement scénique du spectacle tient du meilleur de Bob Wilson qui pousse son souci du détail jusqu’au chef-d’œuvre. Pourtant, le corps des interprètes, sous les masques de Shere Khan le tigre (Roberto Jean), du singe (incroyable Jo Moss, véritable contorsionniste), du chacal Tabaqui (Naïs El Fassi), de l’ours Baloo (François Pain-Douzenel) ou de Mowgli (Yuming Hey), obéit à une architecture des émotions et des sens, dans une mobilité constante et enfantine, tressaillant du cuir des cheveux au bout des doigts et des orteils. L’intuition, le respect des personnalités et de leur physique, le travail de mise en scène est celui d’un regard d’enfant poli par celui d’un maître. Tous les interprètes, qui respectent la posture japonisante des silhouettes aux bras en suspension, débordent de créativité et de grâce, tout en déployant un sens de la troupe assez impressionnant. 

Une musique enivrante

© Lucie Jansch

Violon, clarinette, claviers et percussions accompagnent des voix célestes qui brodent des chants en anglais ou en français. Un seul regret, que les textes en anglais ne soient pas traduits par des surtitres. Aurore Déon, qui est la narratrice, dont la voix grave, veloutée, sert de fil conducteur au spectacle, continue de nous prendre par la main, introduisant notre héros, Mowgli, mi-homme mi-loup, sur le fil de ce partage. Des clins d’œil aux thèmes de la pollution et de l’eau dans le monde, mais aussi à la déforestation et à la sécheresse viennent se greffer, subtilement et avec beaucoup d’humour, aux tableaux du spectacle. Les images défilent, comme dans un pop-up, avec une fluidité superbe, par la magie d’un graphisme toujours surprenant, sans aucune vidéo tapageuse. Un vrai spectacle, total, accessible et ludique, qui possède aussi une certaine forme de morale : l’humanité de tous les êtres et la beauté de la nature.

Hélène Kuttner

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