“La Flûte enchantée” claire et enjouée du cinéaste Cédric Klapisch au TCE
© Vincent Pontet
Cédric Klapisch passe de l’écran à la scène d’opéra pour cette Flûte enchantée qu’il a souhaitée accessible et contemporaine, avec le chef d’orchestre François-Xavier Roth et son ensemble orchestral baroque Les Siècles. Une distribution homogène, une scénographie limpide et des costumes somptueux contribuent à cette production réussie et tous publics, que l’on aura aussi plaisir à applaudir en tournée.
Un classique modernisé

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Comment monter La Flûte enchantée sans évoquer le combat de la lumière et de la raison, symbolisé par le personnage de Sarastro, contre celui des ténèbres et de l’obscurantisme, personnifié par la Reine de la Nuit ? Mozart, qui n’avait en 1791 que quelques mois à vivre et croulait sous le poids des dettes, retrouve son ami franc-maçon Schikaneder qui dirige le théâtre populaire Freihaustheater de Vienne, pour composer ce nouvel opéra. Les maître-mots des deux artistes : la joie, le rire, et l’émerveillement d’un conte fantastique avec des dialogues parlés, simples à comprendre pour un public populaire, le fameux Singspiel allemand. Le héros, le Prince Tamino, devra expérimenter une série d’obstacles avant de retrouver sa fiancée dans le Temple du maître Sarastro, personnage à la voix grave d’airain, grand ennemi de la Reine de la Nuit aux suraigus stridents. La triade maçonnique sagesse-force-justice triomphe donc des forces de l’obscurantisme et peut couronner le mariage du prince, valeureuse leçon donnée au public en pleine période de révolutions en Europe.
Conte moderne

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Le metteur en scène Cédric Klapisch respecte heureusement cet enseignement mozartien en actualisant les dialogues avec humour et en les retranscrivant en français d’aujourd’hui, afin d’en atténuer les clichés sexistes. Les personnages discutent donc dans le français des jeunes, métissé de mots d’argot et de références parodiques à l’écologie, et cela passe très bien. La scénographie colle aux contrastes entre le vert fluo de la forêt et le bleu des arbres au feuillage rouge sang, multipliant les connotations de la vie et de la mort dans un parcours magique qui passe par les vidéos en 3D du meilleur des mondes coincé dans un couloir de DATA informatisées. Mis en lumière élégamment par Alexis Kavyrchine, ce décor de Clémence Bezat, qui joue sur une géométrie en arcades, simple et efficace, et les incrustations animées d’animaux et de monstres de Stéphane Blanquet, sert de cadre aux somptueux costumes en tissu lamé conçus par Stéphane Rolland et Pierre Martinez. Robes sculpturales serties de traines, toges, habillage de plumes, masques de maquillages et coiffures hallucinantes modelées comme de l’orfèvrerie, l’esthétique fantasmagorique du conte est partout présente dans le spectacle qui donne à voir et à entendre l’histoire avec une parfaite lisibilité.
Casting adéquat

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Le ténor français Cyrille Dubois campe un Tamino charmant, au timbre suave et gouleyant, d’un engagement et d’une diction sans faille, tout de rouge vêtu, le coeur sur la main, alors que face à lui la Pamina de Regula Mühlemann, qui délivre un français plus que parfait d’une voix chaude et déliée, précise et enchanteresse, remporte tous les suffrages en transformant ce personnage un peu mièvre en jeune femme fière et déterminée. Du côté de l’oiseleur Papageno, Florent Karrer affirme peu à peu son tempérament enfantin et Catherine Trottmann explose de malice dans le rôle de Papagena. Jean Teitgen est magnifique de solennité et de gravité dans le personnage de Sarastro et Marc Mauillon espiègle et pervers à souhait dans celui du maure Monostatos. Et que dire des trois Dames, Judith van Wanroij, Isabelle Druet et Marion Lebègue, complices redoutables et comiques à la fois d’une reine dangereuse ? On placera un bémol sur l’incarnation sans relief de la soprano polonaise Aleksandra Olczyk en Reine de la Nuit qui ne parvient pas, malgré sa technique vocale éprouvée, à faire vivre le mystère et la séduction magnétique de ce personnage de mère. Les trois enfants, solistes de la Maîtrise des Hauts de Seine et le Chœur Unikanti brillent de talents mêlés, que la direction de François-Xavier Roth et son orchestre magnifient avec un surcroit d’émotion. Un flûte qui nous enchante, une fois encore, et déroule devant nous quelques uns des plus beaux airs de Mozart.
Hélène Kuttner
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