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    “La Petite Boutique des horreurs” : la réussite d’un music-hall à la française à l’Opéra Comique

    Hélène Kuttner 15 décembre 2022
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    © S. Brion

    Adaptée du film de monstres de Roger Corman sorti en 1960, Little Shop of Horrors  se transforme en comédie musicale avec Howard Ashman et Alan Menken dans les années 80, avant de revenir au cinéma avec Franck Oz en 1986. Christian Hecq et Valérie Lesort, déjà auteurs de succès tels que Le Domino noir ou Ercole Aramante à l’Opéra Comique, ont choisi l’adaptation française d’Alain Marcel pour redonner vie à cette œuvre, avec la collaboration de Maxime Pascal et son orchestre Le Balcon. Le résultat est un spectacle saisissant d’originalité et de créativité, porté par une brochette d’interprètes éblouissants.

    Une plante carnivore

    © S. Brion

    Un quartier pauvre de New York dans les années 1960, que les personnages appellent le ghetto en référence aux origines juives de ses habitants. Seymour, un jeune homme un peu benêt, est vendeur chez M. Mushnik, dont la boutique de plantes et de fleurs périclite. Pour sauver le commerce et pour séduire Audrey, la jeune vendeuse qui se fait violenter par son amant, un jeune dentiste sadique, Seymour parvient à présenter une plante étrange, aux formes fantastiques et inédites, qui est vite exposée en vitrine. Le seul problème est que cette plante semble rétive à tout arrosage conventionnel : elle ne réclame que du sang humain. Le jeune vendeur en fait l’expérience hasardeuse lorsque, blessé au doigt, il s’aperçoit que les gouttes de sang étanchent la soif de son étrange plante, qu’il nomme Audrey II, en hommage à son amoureuse.

    Un végétal à l’assaut de la société américaine

    © S. Brion

    “Little Shop of Horreurs, c’est Faust avec du funk” écrivait à l’époque un critique. Entre Frankenstein et Faust, cette plante maléfique, qui va grandir et grossir telle un monstre dévorant ses propres enfants, et qui va finir par engloutir tous les personnages, est aussi la métaphore de la société américaine et de l’appât du gain, qui séduit dangereusement le pauvre employé, pris dans l’étau d’une course à la séduction et au succès. “Feed me”, “J’ai faim” crie la plante dont l’appétit ne tarit pas, appelant aussi à engloutir la vie de ceux qui l’ont nourrie. Tragique et trash, cette comédie monstrueuse est d’abord totalement déjantée, burlesque, et souvent hilarante, car elle réunit sur la scène des types de personnages brossés au couteau, qui ont chacun un caractère vocal différent, rock, soul, gospel, jazz ou doowop. Ce mélange des genres recompose la mixité sociale et raciale du creuset américain qui n’évitait pas des formes de ségrégation, notamment à l’égard des populations noires. 

    Des interprètes à l’engagement formidable

    © S. Brion

    Ce mélange des genres musicaux se retrouve de manière très heureuse dans la composition d’un casting de personnalités venant de tous horizons, que les metteurs en scènes associent dans une mise en scène chorégraphiée avec une intense précision, au fil de tableaux épatants et dans un décor signé Audrey Vuong de gas stations en forme de guimauve. Dirigés sans temps mort à la manière de cartoons aux couleurs acidulées et pop, habillés à la perfection par Vanessa Sannino, les interprètes font fureur. Le baryton baroque Marc Mauillon est un remarquable Seymour, comique et tragique à souhait, tandis que son amoureuse, la fragile et coquette Audrey, est incarnée avec finesse et talent par la renversante soprano Judith Fa. Lionel Peintre campe un épatant et totalement dépassé Mushnik ; Damien Bigourdan, qui jongle avec cinq personnages, dont le terrible et sadique dentiste Orin, en santiags rouges et crête de coq, fulminant de gaz hilarant, possède un talent de feu et Daniel Njo Lobé, la voix de la plante, est magistralement terrifiante. Quant au trio de girls – Sofia Mountassir, Laura Nanou et Anissa Brahmi -qui reproduisent le groupe de Diana Ross The Supremes, commentant l’action à l’instar d’un choeur antique, elles sont craquantes de moquerie et délicieusement suaves musicalement. Maxime Pascal dirige comme à son habitude l’orchestre de manière amoureuse et vive, respectant les tempi et les couleurs de ces influences musicales diverses. Un total bonheur dont on aurait tort de se priver.  

    Hélène Kuttner

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