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Les ciné-spectacles de La Cordonnerie – Entretien avec Samuel Hercule

Zoé KOLIC 2 janvier 2021
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"Ne pas finir comme Roméo et Juliette", 2020. © Sébastien Dumas

La Cordonnerie c’est la volonté de réunir cinéma, théâtre et musique, pour donner le “ciné-spectacle”. Depuis 1996, la compagnie s’attache à développer ce genre qui leur est propre en s’inspirant de près ou de loin de célèbres contes et histoires. Comme au cinéma, le public suit le film réalisé par la compagnie qui elle, réalise sur scène en direct les bruitages et la musique du film. Aujourd’hui Samuel Hercule, interprète et metteur en scène de la Cordonnerie, nous raconte cette aventure.

Pourriez-vous nous présenter votre parcours ? Comment avez-vous commencé avant de monter cette compagnie ?

J’ai fait une formation d’acteur dans le cadre d’un compagnonnage avec la compagnie de théâtre les Trois-Huit, aujourd’hui le Nouveau Théâtre du 8e à Lyon. Là-bas j’ai rencontré Timothée Jolly avec qui j’ai monté la compagnie. Jusqu’en 2003 on a fait nos premiers spectacles, puis j’ai rencontré Metilde qui est sur scène avec moi dans les spectacles, et il y a eu quelque chose de nouveau qui s’est passé à ce moment-là. Avant notre rencontre, il y avait des ingrédients du ciné-spectacle qui étaient présents, mais sur une vingtaine d’années d’existence les choses ont beaucoup évolué. Et aujourd’hui, on continue à travailler pour faire évoluer la forme de nos spectacles, également ce qu’on a envie de raconter.

Comment est venue l’idée de “ciné-spectacle” ?

C’est difficile de répondre à cette question qu’on nous pose souvent. En fait c’est une évolution sur le long terme. Il y avait une envie d’avoir du théâtre, du cinéma, de la musique et on a réfléchi à comment ces choses pouvaient interagir. Au bout d’un moment la chose s’inverse, c’est à dire qu’on se rend compte qu’on a ces ingrédients, qu’on aime les utiliser, et de spectacle en spectacle on voit comment on arrive à développer quelque chose de nouveau. La chose qui nous intéresse tout particulièrement c’est de toujours se renouveler, de trouver ce qu’on peut réinventer à chaque spectacle.

Comment se-sont déroulés vos débuts auprès des structures ? Est-ce que ce concept a été bien reçu ?

Au départ comme on ne voulait pas trop attendre et dépendre du désir des autres, on jouait dans les cafés. C’est à dire qu’on faisait un deal avec les patrons et on allait jouer nos spectacles le soir un peu comme ça se fait pour les concerts. On était payé presque rien mais ça nous permettait de jouer, et de jouer beaucoup. Dès qu’on s’est mis à jouer comme ça, ça a marché assez fort. Nous en fait, on avait surtout envie de jouer mais on avait pas vraiment de plan de carrière, on ne savait pas vraiment comment s’y prendre. Puis c’est une personne qui travaillait à l’époque au théâtre de Vénissieux qui nous a en quelques sortes lancé. On est resté cinq années en résidence au théâtre et on est rentré dans le circuit du théâtre public.

“Hansel et Gretel”, 2014 © Sébastien Dumas

Pour parler plus spécifiquement des créations que vous présentez, dans quel sens procédez-vous pour imaginer vos ciné-spectacles ?

Ça dépend des fois, ce n’est pas toujours dans le même sens. Par exemple pour Ne pas finir comme Roméo et Juliette, notre dernière création, on avait envie de raconter un amour impossible et dès qu’on pense “amour interdit” ça nous renvoie tout de suite à Roméo et Juliette. Après plus ça va plus et plus on prend des libertés. Je veux dire que ce spectacle est parcouru par endroits de Shakespeare mais ce n’est pas une adaptation de Roméo et Juliette. Pour Dans la peau de Dom Quichotte c’est un peu pareil. La première chose dont on voulait parler c’était du bug de l’An 2000 parce que c’était une drôle d’expérience, ce désastre annoncé qui n’est jamais arrivé. Et puis l’histoire de Dom Quichotte c’est aussi l’histoire de quelqu’un qui bug, et on trouvait que ça pouvait être intéressant de réunir les deux sujets.
Mais en général c’est rarement venu d’une envie très forte d’adapter un ouvrage. Pour Blanche Neige et la chute du mur de Berlin par exemple, ce qui nous plaisait beaucoup à l’inverse, c’était d’adapter ce que tout le monde connait. Retravailler cette histoire connue de tous, et voir comment on pouvait la présenter d’un autre point de vue, du point de vue de la belle-mère. Puis le mur de Berlin a surgi au milieu de cette histoire.
Donc ça dépend vraiment des spectacles, on a pas de méthode globale, c’est beaucoup de discussions et d’allers-retours.

Pouvez-vous nous expliquer votre processus de création ? Par où commencez-vous ?

La première chose qu’on fait c’est d’abord d’écrire un scénario. C’est un drôle de document qui nous est vraiment propre et qui à la fois inclut le scénario du film qu’on va tourner mais également les répercussions que ce film pourra avoir sur scène. Après on enlève tout ce qui concerne la scène, on engage une équipe de cinéma et on tourne le film. Ensuite on monte le film et de là les musiciens commencent à travailler. Depuis deux créations, on a deux compositeurs, Timothée Jolly et Mathieu Ogier qui ont un travail très complémentaire. Ils travaillent à partir des images du film, ils nous font des propositions et on en rediscute. Et en parallèle, il y a aussi un travail de plateau où on met en scène les bruitages et également un travail de scénographie. Puis il y a un moment, pendant quatre semaines, où tous ces éléments se retrouvent sur le plateau de théâtre et sont assemblés. On entre alors dans une phase où on est en immersion 12h par jour. Ça demande beaucoup d’automatisation, on doit avoir une connaissance du spectacle presque instinctive. On ne doit plus penser qu’il faut qu’on prenne tel objet pour s’en servir parce que si on devait y penser ça nous prendrait du temps. Donc en fait tant qu’on a pas cet sorte d’automatisme, on continue à répéter. Après comme on fait beaucoup de représentations, plus de trois-cents fois pour certaines créations, on fini par les maitriser.

Vous maitrisez l’art du bruitage à merveille. Est-ce que vous les réfléchissez avant ou après le film ?

Il y a quelques bruitages qu’on prévoit avant. Avec Metilde on a tout le temps les oreilles ouvertes même quand on est pas en temps de création, donc il nous arrive de trouver un objet qui nous plait particulièrement et de vouloir l’inclure dans nos spectacles. Parfois on écrit des scènes uniquement pour mettre en scène un bruitage qui nous plait, mais finalement on est les seuls à le savoir, parce que quand on voit le spectacle, on ne se doute pas que ça a été fait pour cet objet-là.

Donc le film dont vous faites le bruitage est projeté derrière vous, mais comment faites-vous pour vous repérer sur la scène et être raccord avec le film ? 

Sur tous les spectacles on travaille avec des rétroviseurs qui servent à des camions. Ils sont assez gros donc on voit tout l’écran et ça permet de jouer face au public. On peut alors faire du post-synchro en direct. C’est quelque chose qu’on a aussi automatisé au fil du temps et qui fonctionne plutôt bien.

Entre les objets pour le bruitage, les musiciens, le film, ce doit être un beau bazar sur scène ! Cela vous demande-t-il une très bonne organisation ?

C’est le cas. Après maintenant on a une certaine expérience donc ça nous permet de ne pas trop perdre de temps, de ne pas trop paniquer. Mais c’est vrai que les choses restent très en bazar jusqu’à tard avant la représentation. Puis deux ou trois jours avant la première, les choses se resserrent, se regroupent et ça fini par donner quelque chose de fluide et de synchronisé. Il faut vraiment voir ça comme une chorégraphie de danse. Chaque objet est toujours positionné exactement au même endroit, les gestes sont les mêmes et doivent être fait au même moment. Et le but c’est d’apprendre par cœur cette “partition”.

Et concernant le public que vous voulez toucher, à qui s’adressent vos spectacles ? 

Pendant très longtemps on a défendu l’idée de pouvoir faire des spectacles sans tellement les classifier. Je pense qu’on peut faire voir plein de choses aux plus jeunes, de formes différentes et des choses assez profondes. Le dernier spectacle qui peut être présenté à partir de huit ans, c’est Blanche Neige ou la chute du mur de Berlin. Il y a une métaphore entre le bloc de l’est et le bloc de l’ouest, entre l’adolescent et l’âge adulte. Dans ce spectacle les adultes prennent quelque chose que clairement les plus jeunes ne trouveront pas, chacun voit le spectacle différemment. On est contre la ségrégation des spectacles jeunes publics et des autres spectacles. On a fait beaucoup de séances scolaires et de séances mélangées ou il se passe quelque chose qui nous nous intéresse beaucoup. Chacun a sa propre expérience et sa propre connaissance, donc quand on mélange dans une même salle différents âges, chacun ne réagit pas au même moment. Pour les enfants c’est aussi en quelques sortes une éducation qui se fait à un certain niveau.

“Blanche Neige et la chute du mur de Berlin”, 2016. © Sébastien Dumas

Votre dernière création s’intitule, Pour ne pas finir comme Roméo et Juliette. Pouvez-vous nous en parler un petit peu plus ?

C’est un spectacle qui est plus mélancolique que les précédents, même s’il est quand même très décalé. L’idée qu’on voulait sonder c’était ce groupe dont les médias parlent beaucoup : les invisibles. On se demande toujours qui ils sont et c’est ce qu’on voulait questionner dans ce spectacle, sans faire les donneurs de leçons, ce n’est pas du tout ce qu’on défend. On a voulu faire ce spectacle par le biais d’une fable, et sur la forme on a voulu réinventer des choses au plateau, théâtraliser beaucoup plus notre démarche. En fait plus ça va et plus on est mobile, c’est à dire qu’avant on était à nos postes de bruitage et là on est beaucoup plus en mouvement, et dans ce spectacle ça se passe autour d’une table de ping-pong !

Avez-vous de nouveaux projets pour la suite ? 

On devrait faire un spectacle avec la promotion qu’on parraine à l’ENSATT, mais on n’a pas vraiment commencé de nouvelle création, on est encore au début des représentations de notre dernière pièce qui est sortie en 2020. Les spectacles comme Roméo et Juliette c’est vraiment trois ans de travail donc ce qu’on voudrait vraiment maintenant c’est que Roméo et Juliette tourne parce qu’on ne l’a joué que six fois alors qu’on devait le faire cinquante fois cette saison. Pour le moment on a vraiment envie de remonter sur scène.

Plus d’informations sur La Cordonnerie ici. Et si la situation sanitaire le permet, les dates de leurs prochaines représentations sont visibles ici !

Propos recueillis par Zoé KOLIC

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