Les Derniers jours de l’humanité brûlent au Vieux Colombier
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Les Derniers jours de l’humanité De Karl Kraus dans la traduction de Jean-Louis Besson et Heinz Schwarzinger Mise en scène de David Lescot Avec Sylvia Bergé, Bruno Raffaelli, Denis Podalydès, Pauline Clément et Damien Lehman au piano Jusqu’au 28 février 2016 Du mercredi au samedi à 20h30 Tarifs : de 9 à 31 € Réservation Durée : 1h45 Théâtre du Vieux Colombier M° Saint-Sulpice |
Jusqu’au 28 février 2016
Le metteur en scène David Lescot monte Les Derniers jours de l’humanité, œuvre protéiforme de plus de 200 scènes et 700 pages écrite par le Viennois Karl Kraus entre 1915 et 1917. Un cabaret monstrueux où les fantômes de la Première Guerre mondiale viennent danser et nous narguer avec fanfare et confettis. Brulôt pacifiste et melting-pot de voix On connaît mal l’œuvre majeure de Karl Kraus, qui disparut accidentellement en 1936 après avoir été un des polémistes les plus virulents de la vie culturelle allemande et autrichienne, fustigeant en premier le patriotisme germanique et l’enthousiasme pour la guerre qu’il dépeint à travers un véritable puzzle de personnages entre 1915 et 1917, années d’écriture de cette foire d’empoigne aux multiples personnages. De la caserne allemande aux cafés viennois, des quartiers populaires aux rédactions des grands journaux qu’il honnissait, des tranchées militaires aux salons de coiffure, des séquences courtes et frénétiques de vitalité donnent une parole incisive et spontanée à des quidams que Kraus a happés de son crayon de la rue et des cafés. Tout doit partir de la langue, nous dit Kraus. “On doit commencer par s’entendre parler, réfléchir là-dessus, ce qui est perdu se trouvera.” Et on entend dans ce texte des poèmes, des conversations d’épicier, des éructations stupides, du bourrage de crâne religieux et nationaliste, mais aussi des avocats et des journalistes pris dans ce tournant de l’Histoire que Stephan Zweig a si bien décrit dans Le Monde d’hier. Un melting-pot culturel et religieux de Vienne et de Berlin qui bientôt disparaîtra en fumée dès la Première Guerre mondiale. Et c’est bien le mérite du metteur en scène David Lescot, s’emparant de ce texte inmontable, que de le présenter sous forme de cabaret avec les comédiens du Français. Sylvia Bergé, Bruno Raffaelli, Denis Podalydès, Pauline Clément et Damien Lehman au piano interprètent avec beaucoup d’énergie, d’humour et de finesse les dizaines de personnages qui traversent le plateau, bordé en fond de scène par un immense miroir. Des projections de photos et de films d’archives, assez géniales et préparées par Laurent Véray, nous plongent dans cette époque de marasme mondial. Des images françaises conservées grâce au nitrate de cellulose en format original (4/3) avec un piqué et une poésie magique qui théâtralisent le réel de manière surréaliste. Les acteurs, grâce à quelques accessoires, créent l’action avec bonheur et rythme, en dialogues ou en chansons. Denis Podalydès révèle encore une fois un talent de caméléon dramatique impayable dans sa capacité à se transformer et à croquer des personnages burlesques. Un bémol : on aurait aimé encore plus d’effervescence et de folie dans la juxtaposition des scènes et des dialogues, un aspect cabaret plus déjanté. Mais quel défi ! Hélène Kuttner [Photos © Christophe Raynaud de Lage] |
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Une ode rabelaisienne à la langue
Podalydès caméléon magnifique





