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Marivaux

16 mai 2013
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Marivaux

Pierre Cadet de Marivaux naît en 1688, dans une famille aristocratique. Son père, fonctionnaire, travaille dans l’administration de la marine. Le jeune Marivaux étudie chez les Oratoriens et entame des études de droit. Mais, appelé par les sirènes de la littérature et de la préciosité, il se détourne rapidement de sa carrière de juriste. Introduit dans les salons de Madame de Lambert, il y fait des rencontres décisives, croise notamment Fontenelle.

Ses premières pièces, Le Père prudent et équitable, ou Crispin l’heureux fourbe, sont jouées en 1706 et éditées en 1712. Marivaux s’essaye à des genres littéraires aussi variés que le roman parodique, la poésie ou la chronique journalistique et se plaît à détourner des classiques comme Homère, dans L’Iliade Travestie (1716). Il prend parti en faveur des Modernes, dans la fameuse querelle qui les oppose aux Anciens.

Marivaux doit la naissance de sa fille ainsi qu’une vie aisée à son mariage avec une riche héritière, Colombe Boulogne. Un bonheur de courte durée. La survenue de deux événements funestes, la banqueroute de Law en 1720 et le décès de Colombe en 1723 le ruinent. Devant subvenir aux besoins de sa fille, le veuf décide alors de vivre de son théâtre.

Le succès ne se fait pas attendre. Sa pièce Arlequin triomphe en 1720. L’auteur s’inspire de la Commedia dell’arte et des comédiens italiens, ses collaborateurs. Le dramaturge révolutionne bientôt la comédie et donne naissance au marivaudage. Le terme signifie aujourd’hui l’espièglerie faussement superficielle, la finesse des propos galants qui caractérisent les dialogues amoureux. Les œuvres La surprise de l’amour (1722), La Double inconstance (1723) voient le jour. Avec subtilité, l’écrivain explore et décline les diverses nuances du sentiment amoureux, autour de thèmes récurrents comme la sincérité ou l’illusion. Il aborde avec franchise les questions de l’instabilité et de l’indécision; une preuve d’inconsistance pour certains contemporains comme Voltaire. L’écrivain investit également ses pièces d’une portée morale, qui lui vaut le surnom de « nouveau La Bruyère ». « Castigat ridendo mores » (Il corrige les mœurs en riant) est sa devise. L’île des esclaves (1725) ou la Nouvelle Colonie en (1729), dont les intrigues se déroulent dans des cadres utopiques, soulèvent, quant à elles, des interrogations philosophiques.

Marivaux se lance également dans le journalisme. Il fonde le journal Le spectateur françois. Travailleur acharné, il sera l’unique rédacteur des 25 numéros à paraître. Fin observateur de sa société, il en décrit la réalité dans son roman La Vie de Marianne, fruit d’un travail de quinze ans. En 1742, Marivaux est élu à l’Académie Française, grâce au soutien de son amie Claudine de Tancin, dont il fréquente les salons. Il y prononcera plusieurs discours célèbres : Réflexions sur le progrès de l’Esprit humain (1744), sur Corneille et Racine (1749), sur les Romains et les anciens Perses (1751).

L’écrivain succombe à une pleurésie en 1763. L’œuvre de Marivaux, contesté par la génération des Encyclopédistes, est redécouvert après la Révolution française. Au XXe siècle, Marivaux est unanimement reconnu comme un grand classique français et il est aujourd’hui le cinquième auteur le plus joué de la Comédie-Française. De nombreux écrivains, dont Alfred de Musset et Jean Giraudoux, puisent leur inspiration de son théâtre. 

Jeanne Rolland

Bibliographie

Pièces de théâtre (sélection)

  • 1712 : Le Père prudent et équitable 
  • 1712 : Crispin l’heureux fourbe 
  • 1720 : L’Amour et la Vérité 
  • 1720 : Arlequin poli par l’amour 
  • 1720 : Annibal 
  • 1722 : La Surprise de l’amour 
  • 1723 : La Double Inconstance 
  • 1724 : Le Prince travesti
  • 1724 : La Fausse Suivante ou Le Fourbe puni 
  • 1724 : Le Dénouement imprévu 
  • 1725 : L’Île des esclaves
  • 1727 : La Seconde Surprise de l’amour 
  • 1730 : Le Jeu de l’amour et du hasard 
  • 1731 : La Réunion des Amours 
  • 1732 : Le Triomphe de l’amour 
  • 1732 : Les Serments indiscrets
  • 1732 : L’École des mères 
  • 1737 : Les Fausses Confidences
  • 1738 : La Joie imprévue
  • 1744 : La Dispute
  • 1746 : Le Préjugé vaincu
  • 1750 : La Femme fidèle
  • 1761 : La Provinciale

Romans inachevés

  • La Vie de Marianne (écrit entre 1727 et 1740)
  • Le Paysan parvenu (écrit en 1734-1735)

Citations

  • « Chez certaines gens, un habit neuf, c’est presque un beau visage. »

  • « On ne met rien dans son cœur ; on y prend ce qu’on y trouve. » (Le Dénouement imprévu)

  • « Bien écouter, c’est presque répondre. » (Le Paysan parvenu)

  • « Un mari porte un masque avec le monde et une grimace avec sa femme. » (Le Jeu de l’amour et du hasard)

  • « Moi l’épouser ! Je t’assure que non ; c’est bien assez qu’il m’épouse. » (L’Ecole des mères)

  • « On aime tant Dieu, quand on a besoin de lui ! »

  • « Quand l’amour parle, il est le maître. »

  • « Il faut avoir bien du jugement pour sentir que nous n’en avons point. » (L’Ile de la raison)

  • « Le négligé est une abjuration simulée de coquetterie ; mais en même temps le chef-d’œuvre de l’envie de plaire. »

[Visuel : Louis-Michel van Loo (1707–1771), Pierre de Marivaux. 18th century. Medium oil on canvas. This is a faithful photographic reproduction of an original two-dimensional work of art. This work is in the public domain in the United States, and those countries with a copyright term of life of the author plus 100 years or less.]

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