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L’irrésistible fluidité de Lucinda Childs au Théâtre de la Ville

15 octobre 2014
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lucindachilds-dance

Dance

De Lucinda Childs

Avec
Ty Boomershine,
Katie Dorn,
Kate Fisher,
Sarah Hillmon,
Anne Lewis,
Sharon Milanese,
Matt Pardo,
Patrick John O’ Neill,
Lonnie Poupard Jr.,
Stuart Singer,
Caitlin Scranton et
Shakirah Stewart

Du 17 au 24 octobre 2014 à 20h30
Le samedi 25 octobre à 15h

Relâche le dimanche 19 octobre 2014

Théâtre de la Ville
2, place du Châtelet
75004 Paris


M° Hôtel de Ville

www.theatredelaville-paris.com

Du 17 au 25 octobre 2014

Dance de Lucinda Childs est un retour aux sources, aux racines, à l’essentiel. La reconstruction de cette œuvre datant de 1979 ne fascine pas en tant que nouveauté, mais grâce à sa radicalité et sa pureté. Ne parlez pas de minimalisme ! Les structures temporelles et spatiales sont si complexes qu’on peut s’y perdre à jamais…

C’est le terme “répétitif” que revendiquent les compositeurs comme Phil Glass. Et répétitif n’est pas synonyme de simpliste. Au contraire, en épousant la musique, la danse alterne entre unissons et contrepoints, duos et pas de quatre et tant d’autres structures qui se créent, juste pour se dissoudre aussitôt, dans le flux incessant des syncopes. 

Ajoutons que la chorégraphie est aujourd’hui servie par des danseurs excellemment formés, très précis et rapides, ce qui rajoute encore à l’efficacité. Sous les changements réguliers des couleurs des lumières, le regard peut se perdre, aussi bien que dans l’interaction entre les danseurs sur scène et ceux qui traversent la vidéo de Sol LeWitt.

Et c’est une grande chance de pouvoir revivre la naissance d’un dialogue intense entre danse et art vidéo, un lien évident avec la scène performative et avec l’approche abstraite de Merce Cunningham. Phil Glass venait par ailleurs tout juste de s’imposer, grâce à Einstein on the beach créé trois ans auparavant, en 1976.

Lucinda-Childs-Dance-Comp-007Laissez-vous emporter…

N’essayez pas d’analyser, il s’agit de se laisser emporter. La forme pure relève de la méditation, et un des premiers à s’y essayer fut Bob Wilson en 1976, en créant Einstein on the beach où Lucinda Childs dansait la chorégraphie d’Andy de Groat, également sur une composition de Phil Glass.

Wilson avait prouvé qu’on pouvait écrire un opéra sans narration et que le but de l’art, à savoir de renvoyer le spectateur à des sphères enfouies de lui-même, peut être atteint par l’abstraction, mieux que par la narration.

Les paradigmes changèrent, la voie était ouverte pour comprendre le spectacle comme une expérience de soi-même, un acte contemplatif comme face à la régularité des vagues sur une plage ou devant la profondeur d’un paysage. Les tableaux d’un Mark Rothko sont la forme la plus radicale de la transposition de cette approche en beaux-arts.

Dance… comme Dance emporta la danse contemporaine

En 1984, 1992 et 2012, Lucinda Childs chorégraphia les reconstructions d’Einstein on the beach dans le même esprit que Dance. Créé trois ans après ce triptyque constitué de deux quatuors et un solo, tous de vingt minutes, il découle directement de cette œuvre révolutionnaire et visionnaire.

L’intemporalité de structures aussi fondamentales est comparable à celle des dessins des grottes de Lascaux. En 1980, un critique américain parla en effet de Dance comme d’un “ballet préhistorique”.

Revoir et remonter Dance, c’est aussi un voyage dans le temps pour Childs elle-même, car la vidéo de 1979, aujourd’hui restaurée, la montre en tant qu’interprète soliste du même solo, qu’elle écrivit pour elle-même.

Et puis, Dance a bien sûr ouvert la voie à Anne Teresa de Keersmaeker qui créa en 1982 Fase, four movements to the music of Steve Reich, son solo mythique qui est toujours à l’affiche. Car il s’agit d’œuvres qui traversent le temps sur le même fil tendu que les danseurs traversent l’espace.

Lucinda Childs était par ailleurs interprète chez Merce Cunningham et membre du mouvement avant-gardiste new-yorkais de la Judson Church, avec Trisha Brown, Yvonne Rainer et Steve Paxton, qui approchèrent la danse comme un art plastique et performatif, la libérant du joug de l’illustration. La musique répétitive poursuit le même but : dissoudre les structures narratives et permettre aux sons de ne représenter qu’eux-mêmes. La bonne recette pour ne jamais prendre la moindre ride…

 
Thomas Hahn

À découvrir sur Artistik Rezo :
Festival d’Automne 2014
Les 25 délices chorégraphiques à ne pas rater – Saison 2014/2015

[Photos © Sally Cohn]

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