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Raymonda, pour l’amour de la danse

Hélène Kuttner 8 décembre 2019
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© Svetlana Loboff

Trois heures de danse classique au summum de la virtuosité, des décors aux tentures somptueusement orientales, une musique de rêve et une jeune génération de danseurs exceptionnels, Raymonda de Noureev est un magnifique spectacle qui place la danse à son plus haut niveau, pour une fin d’année éblouissante.

Le dernier ballet de Marius Petipa

© Svetlana Loboff

Voici plus d’un siècle, en 1898, le chorégraphe français Marius Petipa, créateur au Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg de chefs-d’œuvres classiques comme Le Lac des cygnes, La Belle au Bois Dormant ou Cendrillon, signa avec Raymonda sa dernière création. Le compositeur russe Alexandre Glazounov en composa la partition luxuriante et bigarrée d’influences slaves et orientales, aux multiples sources folkloriques, et le livret racontait l’histoire d’une jeune héroïne du Moyen Âge destinée par ses parents à un fiancé valeureux, mais menacée d’enlèvement par Abderam, le Sarrasin maléfique. C’est ce ballet, véritable encyclopédie de la danse classique, que Rudolf Noureev choisit de remonter lorsqu’il prend la direction de l’Opéra de Paris en 1983.

Une avalanche de difficultés techniques

© Svetlana Loboff

Qu’il fait peur aux danseurs, ce ballet monstre qui fait de la danse sa reine ! Solos qui font vriller les chevilles et tournoyer le corps tout entier en des pirouettes haletantes, comme minutées par un métronome, duos éblouissants où les arabesques voluptueuses rivalisent avec les séries de jetés, langoureusement offerts ou électrisés par un tempo de triples croches, la virtuosité de cette chorégraphie ne laisse souffler aucun interprète qui doit composer avec une résistance de fer et en même temps un abandon total dans l’imaginaire des personnages. Là est la performance, qui consiste également à tenir les rênes d’une incarnation dramatique exigeant de sublimer, selon Noureev, la platitude initiale des personnages du conte. En tous les cas, pour les amateurs de danse classique, Raymonda fait oublier l’histoire en faisant vibrer, palpiter les danseurs et les musiciens.

Interprétation sublime

© Svetlana Loboff

Avouons-le, la première soirée de cette production, qui n’avait pas été reprise depuis onze ans, nous a tout simplement éblouis. C’est Dorothée Gilbert, étoile de 36 ans, dont la superbe autobiographie Étoile(s) (Cherche Midi) vient d’être publiée avec une série de photographies, qui a ouvert le bal avec une grâce infinie, gracile et forte à la fois, épuisant techniquement tous les pièges d’un ballet en forme de festival, et donnant à cette princesse la part de mystère et de rêve de toutes les gamines rêvant du prince charmant. Port de bras aristocratique, virtuosité solaire dans tous les mouvements, intensité théâtrale à fleur de peau, la danseuse est dans une offrande permanente de beauté et de perfection qui n’oublie jamais la fragilité. Pour la soutenir, la porter et l’adorer, Hugo Marchand apparaît tel un prince de l’espace dont le port de tête et le corps fuselé, les sauts aériens, la rage de vivre et de séduire sont tous simplement merveilleux. Face au couple rêvé, l’Abderam de Stéphane Bullion est plus félin, plus diabolique que jamais, magnétique et spectrale incarnation du diable. Les scènes de groupes, les danses folkloriques, sarrasines ou espagnoles, sont un vrai régal dans de somptueuse lumières et des costumes et décors de satin fauve et vert. Une soirée de rêve, à recommander pour tous les âges.

Hélène Kuttner

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