0 Shares 1414 Views

Tempête en juin : l’exode de 1940 vire au triomphe au La Bruyère avec Franck Desmedt

Philippe Escalier 8 octobre 2019
1414 Vues

Adapté par Stéphane Laporte et Virginie Lemoine, le premier roman posthume de Irène Némirovsky consacré à la seconde guerre mondiale donne lieu, au théâtre La Bruyère, à un spectacle d’une incroyable force porté par l’interprétation virtuose de Franck Desmedt.

Irène Némirovsky, nait en 1903 à Kiev. La révolution russe la pousse, avec sa famille, vers l’exil. Baignée de culture française depuis son enfance, elle finit par s’installer à Paris, s’inscrit à la Sorbonne avant de publier ses premiers livres. Déportée en 1942 à Auschwitz où elle meurt du typhus, elle détient la particularité d’être le seul écrivain à recevoir un Prix, (le Renaudot) à titre posthume. Son premier opus, Tempête en juin, retrace le cataclysme que furent la défaite de 1940 et l’exode qui s’en suivit, considéré comme l’un des plus importants mouvement de population en Europe au 20e siècle.

Il est difficile aujourd’hui de réaliser l’ampleur du traumatisme que fut la capitulation de 1940. La France s’effondre en trois semaines. La percée allemande, aussi rapide que fatale, met des millions de français, belges et néerlandais en fuite, sur les routes. Irène Némirovsky décrit l’événement à travers les vicissitudes traversées par trois familles, celle d’un grand bourgeois, conservateur de musée, le duo formé par un auteur célèbre et sa compagne et enfin, un couple d’employés de banque. Avec eux, nous allons vivre l’émoi, l’urgence, la désorganisation et la fuite. Les routes sont encombrées, les avions bombardent, l’essence et la nourriture font défaut. Le talent de l’écrivain consiste à nous retracer l’épopée avec un mélange de détails, historiques et psychologiques, et un art consommé de toujours laisser poindre le côté désopilant que ces situations, aussi dramatiques soient-elles, laissent parfois apparaitre. Si l’écriture est toujours légère, la précision et le sens ne font jamais défaut. Quelques mots suffisent à Irène Némirovsky, qui va toujours à l’essentiel, pour camper un personnage ou rendre bien vivantes ces heures bouleversantes.

Stéphane Laporte et Virginie Lemoine, adaptateurs et metteurs en scène, ont fait un travail tout aussi remarquable. Ils ont su conserver la qualité littéraire mais aussi la force et l’extrême tension dont le texte est imprégné, en nous permettant de revivre, comme en direct, l’épouvantable débandade. Ne manquait plus alors que le brio d’un comédien pour donner vie à la quarantaine de personnages, ce que Franck Desmedt fait avec une vérité, une maestria étonnantes. Avec quelle facilité déconcertante passe-t-il, en un instant, d’un personnage à l’autre, tantôt la mère de famille inquiète mais responsable, le vieillard impotent, l’adolescent attiré par le danger ou encore l’écrivain plein de morgue ! Avec lui, nous traversons tous les stades de l’émotion sans rien perdre de cet humour si particulier qui caractérise le style pétillant d’Irène Némirovsky. Devant ce travail d’orfèvre, le spectateur est happé, séduit, surpris. L’espace d’un moment, nous oublions que nous sommes sous les bombes pour nager dans le bonheur !

Philippe Escalier

Articles liés

The Normal Heart : un poignant oratorio
Spectacle
76 vues

The Normal Heart : un poignant oratorio

En 1981, une vague silencieuse commence à faire des centaines de victimes à New York, dans la communauté homosexuelle. Le temps de réaction des scientifiques et des politiques est beaucoup trop long selon l’écrivain et scénariste Larry Kramer, qui...

Ben, “Il a beaucoup pleuvu : une éloge de la langue à Molière” au Lucernaire
Agenda
92 vues

Ben, “Il a beaucoup pleuvu : une éloge de la langue à Molière” au Lucernaire

“Lorsque j’essaye de travailler, assis devant mon ordinateur, je finis toujours par regarder dehors, par la fenêtre, pour voir ce qu’il se passe… Aussi, je ne sais plus trop ce qui a motivé l’écriture de ce spectacle. À la...

Camille Esteban en concert au Café de la Danse
Agenda
125 vues

Camille Esteban en concert au Café de la Danse

ll y a quelque chose d’irrésistible dans le timbre légèrement éraillé de Camille Esteban : une joie, une promesse, un envol ! L’ex-participante de The Voice sera sur la scène du Café de la Danse le 24 septembre prochain, où...