Confession d’un enfant du siècle – Théâtre du Marais
Silence progressif de la salle. Obscurité, toux. Soudain la belle voix caverneuse de Bertrand Farge s’élève « Je suis un enfant qui souffre ».
Le comédien n’est plus un enfant, mais c’est un jeu pour lui de raviver les souffrances de la jeunesse, cette maladie incurable, en se glissant avec talent dans la peau d’Octave, ce double sombre d’Alfred de Musset. En réduisant ce roman de quelques trois cents pages à une prestation de une heure et demi, que retenir ? Comment traduire ce mal du siècle, ce romantisme presque frénétique ? Comment être le fils d’une génération de héros ?
« Alors ces hommes de l’Empire, qui avaient tant couru et tant égorgé… se regardèrent dans les fontaines de leurs prairies natales, et ils s’y virent si vieux, si mutilés, qu’ils se souvinrent de leurs fils, afin qu’on leur fermât les yeux.
Ils demandèrent où ils étaient ; les enfants sortirent des collèges, et ne voyant plus ni sabres, ni cuirasses, ni fantassins, ni cavaliers, ils demandèrent à leur tour où étaient leurs pères.
Mais on leur répondit que la guerre était finie, que César était mort, et que les portraits de Wellington et de Blücher étaient suspendus dans les antichambres des consulats et des ambassades, avec ces deux mots au bas : Salvatoribus mundi. Alors s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse. »
Alors la grande affaire de cette génération, ce sera l’amour. Surtout le premier, puis le suivant. Octave, le héros, souffre, fait souffrir, est trahi, une fois, plusieurs fois… Dans cet écrit cynique et déchiré se lit toute l’amertume de la rupture avec George Sand.
Dans un décor simple et luxueux, aux nuances de feuille d’automne, Bertrand Farge conjugue emphase et puérilité pour exprimer une virilité naissant dans le vertige de la débauche. Par un jeu habile avec le public (invité lui aussi à « trinquer »), le comédien communie corps et âme dans cette corruption de la chair. Paradoxalement, c’est à une forme de vertu que le héros accède par l’ascèse de sa douleur : jalousie, torture, fuite, il échoue toujours intensément sur cette ligne de crête amoureuse où il s’est laborieusement hissé.
De ce monologue fascinant on sort envoûté et nourri de beauté. La puissance du texte lié au talent du comédien enchante et rappelle, pour une heure, qu’on peut croire mourir d’amour.
Mathilde de Beaune
Confession d’un enfant du siècle
Musset adapté et mis en scène par Frédéric Vossier
Avec Bertrand Farge
Jusqu’au 28 avril 2013
Du jeudi au samedi à 21h
Le dimanche à 17h
Tarif : 20 euros // Tarif réduit : 14 euros
Durée : 1h30
Théâtre du Marais
37, rue Volta
75003 Paris
[Photos : Didier Goudal]
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