Vie et mort de H : une fable familiale cinglante à la Tempête
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Vie et mort de H De Hanokh Levin Mise en scène de Clément Poirée Avec Moustafa Benaïbout, Camille Bernon, Bruno Blairet, Eddie Chignara, Louise Coldefy, Émilien Diard-Detœuf, Laurent Ménoret et Luce Mouchel Du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h Réservation en ligne Durée : 2h15 Théâtre de la Tempête M° Château de Vincennes (ligne 1) puis navette Cartoucherie |
Jusqu’au 5 février 2017
Le metteur en scène Clément Poirée, qui va succéder à Philippe Adrien pour diriger le Théâtre de la Tempête, monte avec beaucoup d’intelligence la pièce de jeunesse de l’auteur israélien Hanokh Levin, dans la traduction fidèle de Laurence Sendrowicz. Attention, âmes sensibles s’abstenir car la démolition iconoclaste est à tous les étages de cette maison familiale où personne n’est épargné. Un théâtre qui n’a peur de rien. Formidable. Un portrait de famille cabossé
En apparence, tout baigne. Mais en profondeur, tout flotte. Les Boubel, mari et femme, incarnés par Eddie Chignara et Luce Mouchel, assument pleinement leurs rôles respectifs de mâle dominateur et de femelle lascive et sensuelle, géniteurs d’une jeune fille surdouée et insupportable qui répond au doux nom de Fogra (Camille Bernon). Cette dernière, première en tout, et qui mène avec une poigne de général son petit monde, a jeté son dévolu sur un fiancé, Varsoviak (Moustafa Benaïbout) qu’elle a sélectionné sur ses compétences et son aptitude à la soumission. C’est ainsi que, de retour d’un match de tennis, vêtus de sueur, de short et de baskets de marque, les deux tourtereaux se préparent au mariage, après deux roulades sur le pavé et de grands sourires de winners autosatisfaits, au grand dam des parents Boubel terrifiés par ce culot de la jeunesse. Pour H (Bruno Blairet), “pique-assiette et souffre-douleur” précise Hanokh Levin, le bonheur n’existe pas, c’est un mythe, ou alors existe-t-il dans la survie du parasite qu’il est, végétant dans cette maison, chassé par Boubel père, grondé par Emnopée (Madame Boubel), à qui, un de ces matins, il coupe une mèche de ses beaux cheveux blonds. Le souffre-douleur, le profiteur, le parasite est passé à l’action, a transgressé les règles, ne supportant pas que ce bonheur trop parfait, trop agressif, lui échappe. Après tout, ne passe-t-il pas son temps l’œil rivé à la serrure de la chambre des Boubel pour contempler leurs ébats nocturnes et leurs disputes du matin ? N’est-il pas lui aussi amoureux fou de Fogra, qu’un financé talentueux lui a pris sous le nez ? Heureusement, il y a Adash (Laurent Ménoret), le compagnon paresseux, inactif et veule, qui fait surface la nuit, doux comme un agneau, voluptueux comme un chat de gouttière. Et puis il y a Hannah, la serveuse de café aussi laide que souriante (Louise Coldefy), avec ses yeux noirs exorbités et ses dents proéminentes. Dans un dispositif léger à étage de bois blanc, comme un castelet pour marionnettes qui figure un espace de jeu très libre, les comédiens déploient avec saveur toute la palette de leur talent pour se métamorphoser, dessinant des personnages souvent très drôles ou pathétiques. D’une sincérité absolue, qui ne frise jamais la lourdeur, chacun des acteurs, dont Émilien Diard-Detœuf qui joue Pilo, compose un univers personnel, excessivement intime, où le corps maîtrise toutes les fantaisies. Danseuses, nymphes ou rockeuses nymphomanes, Luce Mouchel, Camille Bernon et Louise Coldefy campent des reines. Superman, Droopy ou Snoopy, Lucifer ou Jésus-Christ, les comédiens excellent à construire ou déconstruire une virilité de pacotille avec la rouerie des perdants de la vie. Les situations sont assumées avec un sarcasme absolu et une noirceur terrible qui font fuser le rire, libérateur et explosif. Un très bel hommage à Levin, auteur disparu trop tôt. Hélène Kuttner [Photos © Antonia Bozzi] |
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Jusqu’au 5 février 2017
Un portrait de famille cabossé
Et un souffre-douleur désigné
Un engagement épatant des acteurs





