Magda_Danysz_Portrait_courtesy_P_BejeanGalerie Magda Danysz

 

Magda Danysz - courtesy P.Bejean

1999-2009 : dix ans d’existence pour la galerie de la rue Amelot, avec à sa tête une très jeune femme de 34 ans. En pleine réussite, puisqu’en plus de cet anniversaire, Magda Danysz ouvre un nouvel espace en Chine. Elevée au rang de chevalier des Arts et des Lettres en 2006, Magda Danysz définit les contours du métier de galeriste.

 

« Je suis née les deux pieds dans un pot de peinture », avance malicieusement Magda Danysz. D’une voix douce mais énergique, la jeune galeriste, toute en finesse physique et spirituelle, empreinte les attraits d’une pensée délicate autant que déterminée. Dans le 11e arrondissement parisien, entre deux voyages à Shanghai, Magda Danysz revient sur son parcours, entamé dès l’adolescence, à l’âge de 17 ans : « C’était expérimental, c’était une passion et j’avais envie d’avoir une galerie. J’avais des parents assez sympathiques et ouverts, une mère artiste et un père scientifique, donc ils me disaient : "tu fais comme tu veux, très bien, mais tu finis tes études". »

 

Leo Castelli comme mentor

Après une formation hypokhâgne - khâgne et un passage à l’Essec, les ambitions, plus sérieuses, se concrétisent. La galerie Magda Danysz ouvre en 1999 dans le quartier de la BnF. Avec l’aide d’un grand galeriste, Daniel Templon, Pygmalion de l’art parisien. Présenté grâce au marchand d’art réputé Leo Castelli, figure de mentor de Magda Danysz, qu’elle a rencontré à New York et dont une phrase revient plusieurs fois dans la conversation : « galeriste c’est 24 heures sur 24, ça prend toute une vie ».

 

Magda Danysz se souvient alors avec exaltation de ses débuts : « A la BnF nous avions beaucoup de visiteurs, c’était un quartier en construction, tous les immeubles sortaient de terre. Il n’y avait même pas le MK2 ! Il y avait un coté Far West que l’on découvre tous ensemble. Donc c’était assez plaisant, j’aimais bien faire partie de ces pionniers. »
Deux ans et demi plus tard, la galerie investit un espace trois fois plus grand, en migrant pour le nord du quartier du Marais, son adresse actuelle.

 

Chercheuse d’or

L’une des identités essentielles de la galerie trouve sa source dans le « Street Art », la maîtresse des lieux ayant amplement étudié le sujet. Concrétisation de ces recherches, une anthologie du « Street Art » de 400 pages est en préparation et attendue pour le mois d’octobre. « C’est bientôt fini », confie la jeune femme dans un sourire.
Mais les aspirations artistiques du lieu se veulent plurielles. L’enjeu affiché réside dans la multiplication évidente des genres : « Je ne peux pas à la fois chercher des talents et les enfermer dans une boîte qui serait tel ou tel type de création. C’est plutôt aux artistes de m’étonner. Quoi qu’il en soit, mon métier c’est chercheuse d’or, c’est vraiment essayer de découvrir les nouveaux talents. Puis lorsqu’on travaille ensemble, c’est d’essayer de les soutenir dans une démarche d’accompagnement permanent », explique Magda Danysz.

Magda_Danysz_JonOnes_Solo_Show_Opening_June_2009_9

 

Solo Show JoneOne

 

Coup de cœur pour Shanghai

Pour fêter les 10 ans d’existence de la galerie, comme un symbole de la forte relation avec les artistes, c’est JonOne, affilié à Magda Danysz depuis ses débuts, qui célèbre l’événement. Plus de 2000 personnes s’étaient pressées pour le vernissage en juillet dernier. Un gros succès pour Magda Danysz, alors que dans le même temps, son nom s’exporte en Chine, puisque la galerie ouvre un très bel espace de 400 m² à Shanghai.

 

Ce début d’aventure dans l’Empire du milieu, Magda Danysz le traduit dans un langage vite décelable chez elle, teinté de sensibilité et d’attachement profond aux démarches qu’elle entreprend : « C’est un hasard de la vie, un coup de cœur. Je fonctionne vraiment au coup de cœur et parfois il y a des signaux dans la vie qui vous font dire : "J’y vais !". J’ai découvert Shanghai il y a un an et j’ai appelé ça le paradis des expositions. Parce que les gens sont avides, ils sont curieux, il se passe des choses. J’ai vraiment eu un coup de cœur pour cette ville, pour son énergie, sa façon de vibrer, on a l’impression que tout est possible ! »

 

Refus d’hypocrisie

De cet opportunisme instinctif et audacieux, se dégage également une forme de pragmatisme gestionnaire : « Etre galeriste c’est à la fois de l’humain et du financier, c’est beaucoup d’artistique, c’est aussi de la logistique. » La probité professionnelle du discours se fait vite ressentir. S’offusquant légèrement du distinguo créé entre l’aspect purement marchand et la dimension artistique, Magda Danysz refuse l’hypocrisie : « L’artiste attend aussi de nous qu’on soit des marchands et qu’on lui donne les moyens de continuer. On a le devoir d’être un peu comme un manager en musique, de soutenir, de suivre l’artiste, le conseiller, lui chercher des nouvelles expositions, l’exporter, lui trouver des moyens de production. Et c’est ça aussi qui fait que c’est un métier passionnant. »

 

Chevalier des Arts et des Lettres

Magda Danysz ne s’arrête pas à la double casquette financière et artistique du métier de galeriste. Elle est aussi professeur à Sciences-Po Paris, et membre du conseil d’administration du Cube (espace culturel numérique à Issy-les-Moulineaux). Cet engagement multiple a été remarqué en 2006, lorsque le ministère de la Culture lui remet l’insigne de chevalier des Arts et des Lettres, à sa grande surprise : « C’est très émouvant de se rendre compte qu’il y a une reconnaissance, qu’il y a des gens qui observent. D'autant plus lorsqu'on est enfant d’étrangers, ça ajoute quelque chose. Mes deux parents sont Polonais, ils sont arrivés dans un pays qui d'origine n’était pas le leur. Mais j’ai été élevée dans un grand respect de la République donc c’est assez émouvant. »
Pourtant, cette distinction n’est pas perçue comme une consécration : « J’ai l’impression d’être au tout début de ma carrière et d’apprendre tous les jours. Il y a encore beaucoup de projets à faire et à découvrir. Leo Castelli avait raison, ça prend une vie », conclut Magda Danysz dans un rire amusé.

 

Propos recueillis par Cyril Masurel

 


INTERVIEW EXPRESS

 

1- Quelles sont vos racines, réelles ou imaginaires ?
- Elles sont artistiques, c’est ce dont je me nourris depuis toujours. Ma mère est artiste et nous vivions dans un appartement-atelier. Donc c’est l’art, très clairement, par mon passé.

 

2- En quoi aimeriez-vous vous réincarner ?
- Un petit animal, une petite souris, quelque chose comme ça, qui puisse regarder discrètement ce qui se passe. Ou un petit insecte, qui passe un peu partout, qui est d’une nature curieuse.

 

3 - Existe-t-il un espace qui vous inspire ?
- Shanghai en ce moment, mais demain ce sera peut-être autre chose. J’ai la chance de n’être que dans des lieux qui m’inspirent donc c’est varié.

 

4- Quelle place tient la fuite du temps dans votre vie ?
- C’est la première question philosophique que je me suis posée enfant. C’est mon plus grand drame et je ne porte pas de montre depuis l’enfance à cause de ça. Elle est énorme la place de la fuite du temps, mais c’est ce qui me pousse à avancer. Et j’ai toujours peur que le temps passe.

 

5 - Quelles sont vos obsessions, comment nourrissent-t-elles votre travail ?
- Le temps, et ça me pousse à avancer,c’est très important. C’est un vieux débat interne.

 

 

Plus d'informations sur la galerie Magda Danysz : http://www.magda-gallery.com/


 
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