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KashinK : « J'aime brouiller les pistes »

K-LIVE_FESTIVAL_2014_Le_MaCO_KASHINK_detail_photo_Laurent_VILAREMÉnergie à fleur de peau, la street artist KashinK habille les murs de visages colorés et de paysages floraux. Rencontre.


Quel a été votre parcours ?
 
KashinK : Je ne me suis jamais imaginée artiste ! J’ai toujours été créative et branchée par le travail des autres, mais pour moi-même je n’y croyais pas. Je n’ai jamais fait d’école d’art. J’ai tenté des concours à la sortie de l’école et ça n’a pas marché. Je me suis fait une raison en me disant « Il ne faut pas rêver », et du coup j’ai travaillé dans des métiers pas du tout artistiques ! Ça s’est imposé à moi quand les gens ont commencé à s’intéresser à mon travail.


Vous vous êtes fait connaître grâce à la rue ?

KashinK : Oui. Mais j’avais déjà 25 ans. Je me suis lancée à fond sur mur. C’était après avoir mûrement réfléchi et vaincu mes résistances…
Je suis arrivée à Paris à 17 ans, et j’ai commencé à faire quelques stickers. J’avais essayé la bombe quand j’étais plus jeune mais ça n’avait pas été très concluant – c’est assez technique, assez compliqué à apprivoiser comme outil… Finalement, des amis qui ont vu mes dessins m’ont poussée, m’ont dit que ça pourrait marcher sur mur. 


D'où vous vient votre intérêt pour les visages ?

KashinK : Oui, j’ai toujours été attirée par les personnages… Je m’intéresse à la diversité de l’humanité, et les portraits me permettaient d’aborder cette thématique. C’est sans limite comme exercice ! Tu peux exprimer beaucoup de choses auxquelles les gens peuvent se raccrocher. Quand tu peins dans la rue, tu as un pied dans le monde des autres ! C’est un lieu de diversité humaine, et je voulais me pencher sur cette idée dans ma peinture, puisque je l’expérimente par mon geste dès que je peins dehors.

Au fil du temps, vous avez élaboré un visage que vous déclinez…

KashinK : C’est au fur et à mesure que j’ai développé ce style. J’ai été assez influencée par des artistes comme Pierre et Gilles, des photographes comme Gilbert et Georges qui faisaient des installations avec des techniques mixtes. Mais aussi des peintres plus traditionnels comme Botero ou Picabia qui renouvelaient l’exercice du portrait. J’ai été baignée dans la tradition orthodoxe quand j’étais enfant, puisque j’ai été élevée dans cette religion, et toute l’iconographie de l’icône byzantine m’a extrêmement marquée. Je me rends compte que je la retrouve, par exemple, dans des positions très délicates de mains qui peignent de petits objets… 

C'est de l'icône que vous vient ce goût d'une image sans profondeur, qui joue sur des aplats de couleur ? 

KashinK : Ces aplats ont un impact visuel très fort. Je vois ça comme une opportunité de casser le côté trop illustratif, comme le fait de ne pas dessiner de contours. J’adore la BD et l’illustration, mais je n’ai pas forcément envie d'y rester ; je veux apporter un savoir-faire. Enlever les contours nécessite un savoir-faire. Je voulais apporter quelque chose de nouveau, et les images sans contours sont encore assez peu utilisées. Les couleurs vives aussi ont un impact visuel très fort. Le noir plombe tout de suite. Ça rappelle un peu la tradition sérigraphique des années 50, avec ces formes bien délimitées… J’ai aussi une passion pour l’artisanat, et ce gros trait, on le retrouve dans l’artisanat traditionnel de tous les pays du monde, jusque dans des lignes un peu naïves.

Cette idée de naïveté, vous vous y reconnaissez ?

KashinK : Oui, parce qu'il y a là une force, et ça me plaît. Quand on me dit que ce que je fais ressemble à de l’art naïf haïtien ou à des masques africains, par exemple, j’aime l’idée de pouvoir être inspirée par beaucoup de cultures différentes. Chacun les lit avec son prisme culturel, c’est parfait !

 
Les masques sont une de vos sources d'inspiration ?

KashinK : Je me suis beaucoup penchée sur cette tradition, c'est vrai. Que ce soit pour la danse, le théâtre, les cérémonies, le masque existe dans toutes les cultures. En Afrique ou en Asie bien sûr, mais il existe aussi de fabuleux masques en Sibérie, auxquels je me suis intéressée récemment, en écorce de bouleau… Tout le monde peut comprendre cette tradition, et ça m’intéresse de peindre des choses auxquelles tout le monde a accès.


Même les petites pièces que vous collez sont uniques…

KashinK : Oui. J’aime l’idée du fait main, comme celle de la trace. Le tag, c’est vraiment ça, recouvrir toutes les surfaces possibles. J’aime surtout le fait main, l’éparpillement. Dans la rue, tu aimerais pouvoir tout peindre. Pouvoir m’approprier des espaces avec des choses bien faites permet de compléter ma démarche. Elles sont toutes faites à la main, et je travaille beaucoup les couleurs, les textures… J’aime bien l’idée de faire quelque chose de qualitatif.

Vous les accompagnez souvent de petits textes. D'où viennent-ils ?

KashinK : Ils sont souvent inspirés de la musique, des chansons que j’aime. Parfois j’invente, j’essaye d’imaginer un contexte, une histoire, une situation… Pourquoi ce personnage a telle expression par exemple… En même temps, c'est bien que chacun puisse se faire sa propre idée. Je mets un point d’honneur à écrire ces phrases dans la langue du lieu, même si parfois, dans les lieux un peu touristiques, je les laisse en anglais pour être sûre de toucher les gens de passage. J’en ai fait en grec en Grèce, en arabe au Maroc, en basque au pays basque. J’aime l’idée de creuser les idiomes locaux…

Comment abordez-vous un mur ?

KashinK : Je suis toujours dans l’impro, pour les collages comme pour les grandes surfaces. Quand j’arrive devant un mur, je ne sais pas ce que je vais faire, quelles couleurs je vais utiliser… Parfois j’ai une idée, parfois je change. J’aime l’idée d’être inspirée par le moment et l’endroit. Peindre dehors, c’est être au cœur de quelque chose de fluctuant et d’assez mystérieux, des gens qui passent et s’en vont. J’aime bien capter quelque chose de ça, m’en inspirer.

Vous portez un trait de maquillage au-dessus des lèvres pour dessiner une fine moustache, pourquoi ?

KashinK : C’est mon maquillage du quotidien, je mets un point d’honneur à la porter tous les jours, même quand je ne suis pas dans un contexte artistique. C’est ma façon de proposer autre chose dans la façon de présenter les gens, moi qui ne me retrouve pas forcément dans les représentations traditionnelles. Qu’est-ce que ça signifie de dire à une femme qu’elle doit être jolie, sexy, séduisante ? J’aime bousculer les idées traditionnelles, brouiller les pistes. Pourquoi deux traits de maquillage autour des yeux ne seraient pas du tout choquants et le deviendraient au-dessus de la bouche ? 

Dans le milieu du street art, vous vous sentez minoritaire en tant que femme ?

KashinK : Les femmes sont minoritaires dans tous les milieux artistiques et créatifs. C’est une réalité de longue date. Il existe peu de femmes photographes, sculptrices, réalisatrices… Mais je ne veux pas être cataloguée non plus, je ne vais pas forcément me revendiquer féministe. J’ai beaucoup d’affection pour les hommes, beaucoup de compassion pour les gens en général… Ce n’est pas forcément plus facile d’être un homme ! Chacun son lot, mais je trouve intéressant de questionner nos représentations. Je suis contente d’être une femme dans ce milieu, je n’ai pas eu l’impression de me battre particulièrement, parce que je n’ai jamais attendu la reconnaissance des autres…

Sophie Pujas

http://www.kashink.com/

© Laurent Vilarem. Mur réalisé par KashinK dans le cadre du K-Live festival.

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