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    Castellucci : feu du prophète et feu de l’artiste

    7 novembre 2014
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    Go down, Moses 

    Un spectacle de Romeo Castellucci

    En italien surtitré en français

    Mise en scène, décors, lumières, costumes de
    Romeo Castellucci

    Musique de
    Scott Gibbons

    Textes de
    Claudia Castellucci et Romeo Castellucci

    Avec Rascia Darwish, Gloria Dorliguzzo, Luca Nava, Stefano Questorio et Sergio Scarlatella

    Jusqu’au 11 novembre 2014

    Du lundi au samedi à 20h30

    Tarifs : de 18 à 30 €

    Réservations au
    01 42 74 22 77

    Durée : 1h20

    Théâtre de la Ville
    2, place du Châtelet
    75004 Paris

    M° Châtelet

    www.theatredelaville-paris.com 

     

    Jusqu’au 11 novembre 2014

    Une fois de plus, Romeo Castellucci se confronte à une figure irreprésentable, celle de Moïse, et il fascine le public par sa puissance de feu. Feu du prophète et feu de l’artiste. Le buisson ardent biblique devient par cette sublime scénographie une image à la fois née de l’humain et offerte à l’humanité tout entière. Laissez-vous enflammer.

    À l’opposé du discours, ce spectacle se déroule par des tableaux toujours pudiques, qui vont d’une scène prosaïque à celle d’une série policière pour terminer par une sorte de peinture vivante qui suspend le temps et convoque la mesure de l’éternité. Voile transparent ou rideau de tulle, une fine texture vient en permanence légèrement dissoudre les contours de ce qui occupe le plateau, enrobant toutes les scènes d’une fine pellicule qui pourrait être celle de l’atmosphère galactique, plaçant d’emblée le spectateur dans un espace à la fois tamisé et cosmique.

    Grâce à cette dimension de réel édulcoré, le premier tableau, pourtant cru, suscite une attention extrême sans jamais se faire provocante. Il s’agit pourtant d’assister à l’accouchement d’une femme dans les toilettes d’un restaurant. Les saignements, la détresse, l’impatience de quelqu’un qui appuie vainement sur la poignée de la porte sont les éléments de la lente et terrible venue au monde du bébé qui sera abandonné, nommé Moïse apprendra-t­-on ensuite.   

    D’une haute poubelle en plastique vert s’échapperont les pleurs du nouveau-né et cette image comme tant d’autres vient ponctuer l’infiniment grand de détails à la fois infimes et terribles. Ils frappent le spectateur autant qu’ils entaillent de tragique la vaste toile intemporelle que dessine Romeo Castellucci. Puis la scène de l’interrogatoire de la jeune mère entre des policiers et une psychologue donne lieu aux quelques rares dialogues du spectacle. Car, pour l’auteur et metteur en scène, le théâtre ici quasiment se passe de mots, la conscience du spectateur étant appelée à entendre et à voir à travers des éléments visuels et sonores soudés et articulés.

    L’artiste interroge-t-il ou invente-t-il le créateur ? Les grandes figures bibliques n’opposent-elles pas dans un même présent l’homme primitif à l’homme contemporain ? La scène de clôture de ce spectacle nous fait assister à la naissance de l’humanité et mystérieusement les premiers hommes nous interpellent. Le décor d’une grotte, les déplacements des personnages aussi aériens que les astres dans l’espace, une musique sublime et tendue comme le son énigmatique qui emplit le monde stellaire composent un long final fascinant et ineffable.

    Ce ne sont pas les étapes biographiques de la vie de Moïse qu’il faut venir chercher dans ce spectacle, mais une interrogation poétique sur les fondements de l’humanité, son exil intérieur et son voyage dans l’espace-temps. Romeo Castellucci, même quand il suscite des fureurs comme cela avait été le cas avec son spectacle Sur le concept du visage du fils de Dieu, ne cherche nullement à provoquer. Il questionne l’homme ou Dieu et livre poétiquement et avec une liberté totale le fruit magique de sa sidérante création.

    Émilie Darlier

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    [Photos © Guido Mencari]

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