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    Tristesses à l’Odéon : un ouragan scandinave magnifique

    Hélène Kuttner 2 mai 2018
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    ©Christophe Engels

    Reprise de la formidable création d’Anne-Cécile Vandalem à l’Odéon au mois de mai. Un spectacle en forme de coup de poing qui avait ébloui lors du Festival d’Avignon 2016, par la finesse de son propos et l’habileté du mélange entre cinéma et théâtre pour raconter un réel plus vrai que nature sur une île du Danemark aujourd’hui. À voir d’urgence.

     

    Sur une petite île au nord du Danemark, Tristesse, ne vivent plus que 8 personnes dont une vieille dame que l’on vient de retrouver pendue au drapeau danois. L’économie de l’île a été ruinée par la fermeture des abattoirs et plusieurs exploitants se sont déjà donné la mort, ne laissant sur l’île que le pasteur, le maire qui est membre du Parti du Réveil Populaire ainsi que son fondateur, Käre Heiger, père de la future Premier ministre, Martha Heiger, une jeune femme ambitieuse partie depuis longtemps pour faire carrière sur le continent.

    Le maire a une épouse et deux filles, et avec leur voisine ils accueillent le retour de Martha qui vient pour rapporter le cercueil de sa mère Ida. Dans une atmosphère crépusculaire, une lumière grise nimbe les quelques maisons du village, plantées là comme des cubes de Lego®. Les comédiens, plus vrais que nature, incarnent les âmes frustrées et bourrues qui se partagent rageusement ce lopin de terre : le maire se prend pour un shérif macho, vulgaire et despotique, sa femme essuie ses larmes dans une posture de victime dépressive, la voisine ronge son frein comme un chien de garde en cherchant à révéler sans succès les secrets de la famille, tandis que le pasteur, qui en sait beaucoup trop sur les combines du parti au pouvoir, se tait.

    © cphiledeprez

    Seules les deux adolescentes, dont l’une est devenue muette à la suite de tous ces suicides, vont percer un front de liberté dans cet imbroglio de compromissions politiques et financières. Car la fille prodige, future Premier ministre, compte bien liquider l’histoire de l’île en en faisant un terrain pour studios de cinéma destinés à de la propagande nationaliste et xénophobe de son parti. Anne-Cécile Vandalem a écrit et mis en scène cette fable en forme de scénario bouleversante, elle y joue le rôle de la fille.

    Des musiciens, morts-vivants de l’île, interviennent avec une grâce infinie tandis que les comédiens chantent, tout en étant filmés à l’intérieur des maisons et du temple protestant. Ce mélange de théâtre et de cinéma, original et inventif, qui poursuit les comédiens comme si le spectateur voyeur les épiait dans leur intimité, procure un extraordinaire sentiment d’émotion.

    Le propos ici développé, celui d’un peuple dont la mémoire et l’histoire sont confisquées par un parti nationaliste prédateur qui les soumet au chantage, s’incarne dans une peinture humaine totalement bouleversante et juste. Souvent drôles, cruels, affreusement brutaux, les dialogues annoncent l’escalade des égoïsmes et de la lutte pour la survie des individus délaissés par la société, prêts à s’entretuer. C’est magnifique.

     

    Hélène Kuttner

     

     

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