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    Dave Heath, et ses visions intemporelles, exposées au BAL

    Mona Dortindeguey 20 septembre 2018
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    C’est dans une petite impasse à quelques pas de la place de Clichy, qu’on découvre le BAL, dédié à l’image contemporaine sous toutes ses formes : photographie, vidéo… Ce lieu culturel y expose aujourd’hui et jusqu’au 23 décembre une rétrospective de l’oeuvre du photographe Dave Heath.

    Chicago, 1956 © Dave Heath / Collection Torosian, courtesy Howard Greenberg Gallery, New York, et Stephen Bulger Gallery, Toronto

    Dave Heath (1931-2016) connait une enfance douloureuse à Philadelphie après avoir été abandonné et placé en familles d’accueil. C’est à 15 ans qu’il découvre via le magazine Life un essai, « Bad Boy ’s Story », de Ralph Crane, avec lequel il va associer l’émancipation à la photographie. Il est alors influencé par Eugene W. Smith et les maîtres de l’école de Chicago. Il se forme essentiellement de manière autodidacte toute sa vie.

    Les premiers paysages intérieurs 

    L’année 1952 marque un tournant dans son travail photographique, lorsqu’il est envoyé en Corée comme mitrailleur. Il va se rapprocher de ses sujets, ses camarades soldats, montrer des personnes absorbées par leurs pensées intérieures. C’est un rendu artistique sublime qu’il réussit à créer en rehaussant les noirs et blancs de ses tirages pour un effet d’autant plus contrasté. Sur fond olive, des portraits de soldats américains envoyé sur le front de la guerre de Corée alternent avec des paysages qui sortent de la brume. Il profite des cessez le feu pour rendre compte de l’attente, de la peine, de la lassitude…

    Dave Heath, Californie, 1964 © Dave Heath / Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York, et Stephen Bulger Gallery, Toronto

    La rue américaine 

    Il fige l’instant autant par la photo que par son sujet. Il tente de photographier des anonymes, en se faisant invisible, pour alors capter des consciences tournées vers elles-même. Cela amplifie l’idée d’absence dans l’espace public, de moment arrêté dans le temps, celui qui est intime, devient alors le sujet de prédilection de l’artiste. 

    L’artiste tente alors de s’immiscer dans la grande ville, où la solitude du monde moderne se fait sentir. Dave Heath travaille en solitaire et n’effectuera jamais de commande. Il projette sa sensibilité à tout moment, ne nomme pas ses clichés, y laisse seulement la ville et la date. Il ne raconte pas son oeuvre, il la laisse être. 

    Diane Dufour, la commissaire d’exposition s’attache à rendre hommage aux « oubliés de la photographie ». Dave Heath a peu exposé de son vivant et s’est arrêté d’exercer pour se consacrer au professorat à partir de 1970 à Toronto. C’est en menant un travail de fond dans ses archives, que les deux commissaires ont pu sélectionner environ 150 tirages de son oeuvre circonscrite entre  1950 et 1960. Elles ont alors proposé une circulation dans l’exposition comme dans la ville, les portraits sont disposés de chaque coté des ilots et nous font nous perdre comme les sujets.

    Dave Heath, Washington Square, New York, 1960 © Dave Heath / Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York, et Stephen Bulger Gallery, Toronto

    A Dialogue with Solitude

    C’est en 1961 que l’artiste décide de créer un livre de ses tirages, A Dialogue with Solitude, comme 82 variations de la Solitude accompagné de citations qu’il met en parallèle. Deux associations de créations créent souvent alors un troisième sens, ce qui rend l’ouvrage d’autant plus riche.

    La maquette de son livre apparait en premier dans l’exposition, presque comme un retable qui capte toute l’attention. Elle nous immisce déjà dans l’univers libre, contrasté et profond de Dave Heath. Ce livre s’inscrit également comme témoignage des fractures dans la société abondante de l’Amérique d’après-guerre. « A Dialogue with Solitude, est un autoportrait, le résultat d’une quête, celle de figures anonymes dans lesquelles je me suis reconnu. » a confié l’artiste.

    C’est en totale cohérence qu’il a été choisi de faire dialoguer trois films du cinéma indépendant américain de cette période aux cotés des photographies de Dave Heath ; Portrait of Jason, Shirley Clarke, 1966 / Salesman, Albert et David Maysles et Charlotte Mitchell Zwerin, 1968 / The Savage Eye, Ben Maddow, Sidney Meyers et Joseph Strick, 1960. Ces trois long-métrages ont été sélectionnés avec soin pour leur écho singulier au thème de la solitude.  

    Le BAL a développé une riche programmation autour de l’exposition et des thématiques récurrentes de la solitude et du questionnement du médium, proposant séances de cinéma, conférences et évènements pluridisciplinaires à retrouver ici.

    Mona Dortindeguey

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