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    Aga – Un film de Milko Lazarov

    Julia Wahl 9 novembre 2018
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    Dans la blancheur de la Iakoutie, le réalisateur bulgare nous convie à un voyage plein de poésie d’un monde en voie de disparition.

    Tout un monde

    Des paysages blancs à perte de vue, qui se perdent dans l’immensité d’un ciel clair. Le monde présenté par Milko Lazarov nous fait saisir d’un coup d’œil les différentes variétés de blanc, cette non-couleur qui possède, paraît-il, une dizaine de termes lapons pour désigner ses infinies nuances. Sauf qu’ici, nous ne sommes pas en Laponie, mais dans la Russie turcophone, étrange alliance d’une langue vouée au soleil et d’un paysage polaire. La blancheur des blocs de glace, presque transparente, se dessine clairement sur celle, plus dense, de la neige agglomérée. Quant au ciel, lorsqu’il est bleu, il est si clair qu’on le confond volontiers avec la neige qu’il recouvre. Parfois, la traînée d’un avion strie ce bleu clair d’un blanc soutenu. Le caractère rectiligne de ce trait, qui rompt avec la rondeur des yourtes, annonce l’écartèlement de Nanouk et Sedna, entre tradition et modernité.

    Entre bruit et silence

    Car Nanouk et Sedna, les personnages principaux, sont désormais seuls au milieu de cette immensité : leurs enfants sont partis travailler dans une mine de diamants et Aga, leur fille, a même coupé les ponts avec eux. Loin de se laisser envahir par le silence de cette solitude, toutefois, le réalisateur nous rend sensibles à tous ces sons qui marquent la présence humaine : le couteau sur la glace, le feu dans la yourte, le chant de Sedna, mais aussi le bruit d’un avion ou d’une motoneige qui amène le fils prodigue chez ses parents. Les sons de la modernité sont ainsi marqués par le mécanisme, quand le martèlement du couteau semble irréductiblement lié à la vie sous tente. Un contraste frappant qui scande la nostalgie du propos.

    Un monde à la fin annoncée

    Car si le couteau sert avant tout à couper le poisson ou à briser la glace dans laquelle l’animal est pris, il risque d’être bientôt sans emploi : le poisson se fait rare, Nanouk ne parvient plus à en attraper. Résolument tournée vers le passé, Sedna le rassure en affirmant que ce n’est pas la première fois, avant de coudre un chapeau en peau pour leur fille disparue. Si le couple évoque également les rennes de leur jeunesse, ceux qui apparaissent dans le film s’éloignent ou meurent sous les roues d’une voiture. La fin de la Iakoutie n’est donc pas la seule affaire des hommes : les bêtes aussi disparaissent. Il ne reste plus à Nanouk que de partir à la recherche d’Aga, dans une mine de diamants entourée de bâtiments modernes et froids.

    Julia Wahl

     

    A découvrir sur Artistik Rezo :
    – Milko Lazarov : “Le cinéma est un art brutal”

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