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    Gaëlle Loth : “j’aime la matière et être surprise par elle”

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    © Gaëlle Loth

    Amoureuse d’expérimentations, la dessinatrice Gaëlle Loth est une gourmande d’original et d’imparfait. C’est à travers des visages mélancoliques aux couleurs criardes que le sensible et le curieux envahissent le papier blanc, transportant ainsi le spectateur dans l’intimité brute de son imaginaire.  

    Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir dessinatrice ?

    C’est devenu une évidence assez jeune, j’ai été sensibilisée à l’art par ma famille, j’ai grandi entourée de BD et de livres sur la peinture, mon père est lui-même dessinateur. Ça a été assez naturel pour moi de prendre cette voie.

    Quels sont les thèmes qui t’inspirent ?

    Les sentiments obscurs, les minauderies de l’enfance, les relations affectives et les amours contrariées, l’infime crête de transition entre une émotion et une autre, un âge et un autre, un genre et un autre, l’espace ténu entre le joli et le repoussant, le sensuel et le lubrique…

    Il y a un côté très intime et artisanal dans ton approche. Est-ce par souci d’authenticité que tu tiens à conserver cet aspect “fait main” ? 

    J’aime l’accident, l’inattendu, l’imperfection, les craquelures, j’aime me salir les doigts, et ce sont des choses difficiles à obtenir avec des outils numériques. Les sujets et la technique relèvent de l’intime en effet, ma chambre est mon atelier, symboliquement et littéralement, un espace solitaire de conception et de réalisation.

    © Gaëlle Loth

    Il y a un ton mélancolique dans ton travail, contrasté par des couleurs très vives et présentes, pourquoi cette esthétique ?

    Parce que j’aime les frottements qui grattent. Et que mes dessins m’incarnent totalement, c’est moi toute entière, je suis faite d’une croûte de couleur criarde avec un cœur mou et sombre à l’intérieur du cake.

    Tu as confié utiliser des matériaux usés (feutres mal rebouchés, crayons de couleur mal taillés etc.) Est-ce une manière de donner du vécu à tes personnages ? 

    (Crayons de couleur mal taillés non, ce serait casse-pieds, mais feutres un peu sec oui !)
    C’est vrai que j’ai une sensibilité pour les choses qui ont une histoire, et ce matériel “usé” peut donner une certaine aspérité au motif, mais au-delà de cette utilisation conceptuelle, c’est d’abord parce que j’aime la matière et être surprise par elle. La finitude de l’encre d’un feutre rose empêchant d’achever de colorer une surface et obligeant à terminer avec du vert, ça j’adore ! J’aime réparer les dessins en cours, si tout est lisse d’avance c’est moins drôle.

    Tu dessines souvent des visages, qu’est-ce qui t’attire autant dans les portraits ? 

    C’est la chose que j’aime le plus dessiner, et la figure humaine est la chose qui m’attire par-dessus tout dans l’art. Une tête, un visage, le regard de soi vers un sujet et le regard du sujet vers soi. C’est basique à dire mais il y a tellement de choses qui peuvent être exprimées dans un visage. Le vice et la vertu, discrètement l’amour ou la bêtise, c’est une surface sans fin.

    © Gaëlle Loth

    Ton exposition Bal Costumé a eu lieu entre Septembre et Novembre dernier à Poitiers, t’es-tu occupée de toute la scénographie ? 

    J’ai fait une résidence de près d’un mois pour concevoir la scénographie de l’exposition. Je suis arrivée avec les pièces de l’expo (seules les céramiques ont été réalisées là-bas auparavant) et une idée générale de ce que je voulais pour l’espace. Puis j’ai tout conçu en quelques semaines, du mobilier, aux peintures murales, à la disposition des lumières et du son, avec le soutien de la géniale équipe de Chantier Public.

    Quels sont tes projets à venir ? 

    Je devais justement présenter une nouvelle version du Bal Costumé à Bordeaux en juillet, mais l’exposition a été annulée en raison de La Maladie.
    Mais grâce à ce temps de pause généralisée j’ai aussi pu mettre en place des collaborations nouvelles avec des autrices.teurs que j’aime beaucoup. Des rencontres textes-dessins verront bientôt le jour, je vais sortir un micro dessin animé début Mai, qui s’appelle “Christine et Nancy”, une histoire de fesses et de capots, réalisée avec mes ami.e.s Lisa Cocrelle et Johanny Melloul pendant le confinement. Et puis enfin, le projet principal, après la sortie de la grotte, sera de se débattre face au capitalisme et sa collègue la politique actuelle, qui ne cessent de marginaliser plus encore les personnes déjà marginalisées.

    © Gaëlle Loth

    Retrouvez les créations de Gaëlle Loth sur Instagram et sur son site internet dès maintenant.

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