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    Aude M : “Je me considère un peu comme un médecin de l’âme.”

    clara bouillon 6 mai 2020
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    Rencontre avec Aude, une danseuse qui met au profit ses nombreux talents dans son association Elles dansent pour aider les personnes atteintes du cancer.

    Peux-tu nous en dire plus sur toi ?

    Je m’appelle Aude Michon-Guillotin, mon premier nom est celui de mon père géniteur et le deuxième de mon père adoptif, ils ont tous les deux la même importance pour moi. J’utilise un pseudo qui est Aude M. M pour la première lettre de mon nom et M comme le verbe aimer. Ce M a une sonorité et un sens en rapport avec ce que je suis, ce que je fais et ce que je deviens. J’ai 43 ans et je suis née à Nancy dans l’Est de la France, je vis actuellement à Paris où j’y ai développé mes activités professionnelles et artistiques.

    Parle-nous de ton parcours professionnel et artistique.

    Dès mon plus jeune âge, j’ai été formée à la danse au conservatoire de Nancy où j’ai obtenu un deuxième prix du conservatoire. J’ai ensuite commencé des études généralistes de droit pour finalement arriver à l’obtention d’un diplôme de notaire à 25 ans. N’étant absolument pas heureuse dans ma vie, j’ai réalisé que je voulais vouer ma vie à la danse.

    A cette époque j’étais en couple avec un danseur de salsa professionnel et de niveau international, qui m’a formée aux danses latines. J’ai alors créé un festival que j’ai appelé Latin Girl Pride pour donner la possibilité aux femmes de venir s’exprimer à travers la danse, la création de spectacles, accompagnés par le chant, et la poésie… Puis émerge l’idée d’apporter un soutien aux femmes très fragilisées et vulnérables, aux femmes malades. Nous avons donc obtenu une réponse très positive d’une association accompagnant des patients atteints de cancer. De là est née l’action associative “Elles dansent” que j’ai fondé et que je dirige encore aujourd’hui. J’ai développé aussi en parallèle des stages de danse, de danse fusion où je transmets les danses que j’ai appris au cours de ma vie.

    Peux-tu nous parler de ton association ? 

    Dans la maladie les personnes se retrouvent complètement distanciées du corps, j’utilise la danse pour les ramener au contact de leurs corps. A cause des effets secondaires des traitements, on  perd les fonctions cognitives, c’est-à-dire la concentration, l’attention, et la mémoire. La danse permet d’être extrêmement présent et attentif aux choses, à l’espace et réapprendre des choses élémentaires et fondamentales. Nous intervenons dans les hôpitaux et faisons des cours de danses adaptés au quotidien, nous réalisons aussi des spectacles sur scène, le but étant de s’exposer aux autres tel que l’on est, car les traitements ont forcément des effets sur le physique.

    C’est aussi un moyen pour changer le regard du public face à la maladie. Le défi, le dépassement de soi, la mémorisation d’une chorégraphie apportent confiance et espoir aux malades, et estompe cette barrière de la peur face à la maladie.

    Vous pensez l’art comme une thérapie ?

    Ce que j’exerce ne rentre pas dans une case. Ce que je fais c’est de la danse adaptée, de la danse à l’hôpital. On peut parler d’un art non thérapeutique, juste pour l’art, je fais de la danse juste pour la danse. Mais on peut parler d’un art qui prend soin de l’autre. J’utilise à la fois l’art comme moyen et comme fin, mon objectif est d’apporter un mieux être aux patients, d’apporter de l’ouverture d’esprit aux personnes qui ne sont pas touchées par la maladie. Je me considère un peu comme un médecin de l’âme. Je m’occupe du corps, mais aussi du mental et des émotions. J’aide à trouver le chemin de la résilience.

    Quelle place a la danse dans ta vie ? 

    La danse c’est mon chemin de vie. C’est à la fois quelque chose de visible à travers les spectacles ou les cours de danse que je donne et en même temps c’est un outil de développement personnel. C’est à la fois mon activité de tous les jours pour pouvoir gagner ma vie et transmettre des choses aux autres, et c’est un outil qui me permet de libérer mes émotions, joie ou souffrance, c’est ce qui m’aide à être moi-même.

    Propos recueillis par Clara Bouillon.

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