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    Ces artistes (quasi) homonymes : vous ne ferez plus l’erreur

    Baudouin Vermeulen 25 mars 2021
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    Si vous aussi, vous êtes féru(e) d’art mais que votre dyslexie des noms propres vous discrédite trop souvent, cet article est fait pour vous.

    Édouard Manet / Claude Monet

    On ne pouvait ouvrir le bal des homonymes sans ceux du Moulin de la Galette, ces deux maîtres de l’impressionnisme français, sujets à quiproquos et vecteurs de décrédibilisations intellectuelles depuis plus d’un siècle et demi. Même nationalité, même époque, même âge (à 8 ans près), visiblement même barbier, tous deux exposés au Musée d’Orsay et plus encore, ils étaient compagnons d’art, au point de se peindre l’un et l’autre : Claude Monet peignant dans son atelier par Manet et Manet peint le jardin de Monet à Argenteuil par Monet – à croire qu’ils le faisaient exprès.

    Et pourtant, apprendre à les différencier n’est pas plus compliqué qu’une partie de croquet.

    Édouard Manet “Olympia” 1963 / Claude Monet “Saint-Georges-Majeur au crépuscule” 1908-1912

    Anticonformiste, avant-gardiste, Manet l’est surtout pour ses thèmes “triviaux” – en particulier la nudité ; Monet pour son style pictural révolutionnaire. Le premier n’a de l’impressionnisme que l’état d’esprit quand l’autre en est le véritable initiateur. En cela, Monet, davantage rejeté pour son manque de réalisme, connaîtra au creux de sa carrière d’importants problèmes monétaires – n’y voyez là aucun moyen mnémotechnique.

    Hilma af Klint / Gustav Klimt

    Tapez “Klint” dans votre navigateur et celui-ci lui préférera “Klimt”, dont la postérité a déclassé celle de Hilma. Homonymes à une consonne près, nos deux artistes partagent en outre la même année de naissance, 1862, ajoutant au hasard une touche de fatalité. La peintre suédoise, pourtant pionnière dans l’abstraction, était donc condamnée à vivre dans l’ombre de Gustav, maître de l’Art Nouveau

    …mais aussi dans celle de ses homologues masculins – Kandinsky, Mondrian – têtes d’affiche de la peinture non-figurative.

    Hilma af Klint “Altapiece, No I, Group X” 1915 / Gustav Klimt “Le Baiser” 1908

    Si, sur une vente en ligne, vous repérez une reproduction de Klimt particulièrement énigmatique au regard du reste de son œuvre, fort est à parier que l’annonceur se soit trompé. Rien ne vous empêche d’en faire l’acquisition. Même si Klint, à l’instar de Klimt, n’a pas fait l’école des arts décoratifs, sa peinture mystique saura apporter une dimension toute nouvelle à votre salon – testé et approuvé.

    José Clemente Orozco / Mark Rothko

    Vous avez beau être physionomiste, vous les confondez toujours. Ratez une syllabe et vous voilà définitivement piégé.

    Orozco, muraliste mexicain, embellissait les bâtiments publics de ses fresques éruptives. Rothko, peintre “spirituel” d’origine lettonne, avait pour projet de construire des temples et d’en faire des lieux de pèlerinage artistique. Ainsi partageaient-ils, en plus des lunettes, cette aspiration philanthropique de l’art pour tous.

    José Clemente Orozco “La Marche des Zapatistes” 1931 / Mark Rothko “No.5-No.22” 1950

    Votre sortie de secours se trouvera dans leur style pictural qui, comme vous le constatez, s’oppose formellement.

    Paul Klee / Yves Klein

    À gauche, Klee, artiste allemand de la première moitié du XXe, connu pour ses toiles colorées faites de symboles géométriques, traité en “dégénéré” par le régime nazi. À droite, Klein, peintre, plasticien et performeur français, obnubilé par une seule et même nuance de bleu à laquelle il donnera son nom. En théorie, pas de quoi s’emmêler les pinceaux.

    Mais en pratique, un accident est vite arrivé.

    Paul Klee “Légende du Nil” 1937 / Yves Klein “Monochrome bleu sans titre (IKB 67)” 1959

    Dans la Légende du Nil de Klee – ce n’est pas un cas isolé – vient se glisser entre les tons azur, pétrole et pervenche des notes de Klein. Une appréciation trop rapide du cartel vous serait alors fatale. Pour ne pas commettre d’impair, rappelez-vous que cette variation de bleus entre en contradiction avec l’œuvre du Français, monochromatique à tendance monomaniaque. Dès lors vous disposerez des Klee pour ne plus douter.

    Zhang Xiaogang / Liu Xiaodong

    Le cas Xiao, tabou du marché de l’art contemporain chinois, autrement dit les Manet-Monet de l’Empire du Milieu. Tous deux sont issus de la même génération, adeptes du portrait de groupe et exposés aux musées Long de Shanghai et Today Art de Pékin.

    Zhang Xiaogang “Bloodline : Big Family No. 3” 1995 / Liu Xiadong “Sons” 1995

    Une différence de taille vous permettra de trancher. Xiaogang, symboliste surréaliste, pose sur toile des visages abscons sortis tout droit de son imaginaire, contrairement à Xiaodong qui s’applique à peindre le réel. Tel un photographe, Xiaodong capture l’instant – sur le dong !

    Allen Jones / Jasper Johns

    Place à deux mammouths du Pop Art, Jones et Johns, soit de parfaits homophones dans la bouche d’un Français.

    À droite : © Yousuf Karsh

    Allen cible la société de consommation en assimilant les femmes à des objets. Jasper, lui, peint directement des cibles – une façon de s’engager dans toutes les causes.

    Allen Jones “Chair” 1969 / Jasper Johns “Target with Four Faces” 1955

    Si vous désirez investir, il vous faudra hypothéquer votre maison de famille pour l’un et “dognapper” les chiens de Lady Gaga pour l’autre. Les tableaux de Jones n’excèdent pas les centaines de milliers d’euros là où ceux de Johns avoisinent les dizaines de millions, faisant de ce dernier l’un des peintres vivants les plus côtés.

    Kandinsky / Kavinsky

    Oui, on a osé.

    À droite : © Foc Kan

    Et pourtant, jamais ils n’ont été si proches. Sur une initiative du Centre Pompidou, vous pouvez désormais écouter les peintures de Kandinsky sur cette plateforme… alors, à vos platines !

    Baudouin Vermeulen

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