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    “On purge bébé” : un jeu de massacre conjugal et un fabuleux moment de théâtre

    Hélène Kuttner 1 février 2026
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    ©Bernard Richebé

    Au Théâtre Hébertot, la comédienne et chanteuse Emeline Bayart reprend cette pièce en un acte de Feydeau qu’elle entremêle de chansons grivoises de l’époque du début du 20° siècle. Avec Marc Choupart, Corinne Martin et Manuel Lelièvre, accompagnés du pianiste Manuel Peskine, la joyeuse équipe propose un spectacle stupéfiant de drôlerie, vif et cruel à souhait, qui dégoupille la vie conjugale comme une bombinette en temps de guerre. Un bonheur !

    Une histoire d’eaux usées

    Avouons-le, voici un spectacle qui fera date et qui réunit tout ce que le spectacle vivant peut proposer de meilleur : un texte prodigieusement vivant et drôle, féroce à souhait, qui torpille la vie de couple, la famille et les relations conjugales ; des chansons accompagnées en direct par un excellent pianiste, qui dévoilent avec malice les dysfonctionnements de la séduction amoureuse; des comédiens plus que parfaits, dont l’engagement et la vitalité ne faiblissent jamais, jusqu’au dénouement final et le triomphe de la mère de famille, avec une une mise en scène efficace qui donne la part belle aux acteurs en les dirigeant au cordeau et à température maximale. La pièce, représentée pour la première fois en 1910, réunit un couple de bourgeois, les Follavoine, à Paris, alors que la matinée est déjà avancée et qu’un déjeuner d’affaires se profile. C’est que Monsieur Follavoine, porcelainier de son état, vient de concevoir des pots de chambre en porcelaine incassable pour les soldats de l’armée française et qu’il a invité à déjeuner Monsieur Fouilloux, fonctionnaire influent au Ministère des Armées, avec son épouse et le cousin de celle-ci. Pour mettre toutes les chances de son côté et pouvoir conclure cette affaire, et comme il est de notoriété publique que Chouilloux est un cocu trompé par sa femme avec le cousin, Follavoine a convié les trois personnages. Sauf qu’à 11 heures du matin, Julie Follavoine, sa femme, débarque en robe de chambre, des bigoudis sur la tête et les bas en accordéon sur les chevilles, pour déposer son sceau d’eaux usées au beau milieu du bureau de son époux, déjà habillé d’un smoking.

    La constipation de Toto

    ©Bernard Richebé

    Emeline Bayart est impayable dans le rôle délirant de cette mère de famille sans foi ni loi, qui surgit telle une tornade rousse, la poitrine en avant et les rubans de sa robe de chambre qui volent autour d’elle, oiseau de mauvaise augure qui perturbe le prélude au déjeuner de Monsieur. Au centre de la pièce est posé le fameux sceau d’eaux usées, qui augurera tout à l’heure du pot de chambre en porcelaine incassable et de la constipation problématique de Toto qui a 7 ans et qu’il faut tant bien que mal purger ! Dans cette pièce que Feydeau écrivit après s’être séparé de sa femme, l’heure est au règlement de compte dans le couple, et le pot de porcelaine, jeté à toute force contre un mur, se brisera avec autant de violence que se morcèlent les relations conjugales, minées par la soudaine révolte des femmes, bien décidées à reprendre le dessus dans leur foyer que leur mari a souvent déserté. Entre le 19° et le 20° siècle, les moeurs se libèrent, l’éducation des enfants se généralise et la société bourgeoise explose d’adultères et de désirs qui se libèrent. 

    Comédiens épatants

    ©Bernard Richebé

    Sur le plateau, chacun des comédiens rivalise de talent et le comique atteint souvent son paroxysme. Dans le rôle de Mr Follavoine, Marc Choupart est remarquable, raide comme la justice avec ses guêtres et ses vernis noirs, haute stature qui se ratatine à la vue répétée de son épouse échevelée et de ce fils entêté et capricieux qui refuse de boire sa purge laxative. Il traverse la pièce avec une résistance sibérienne,  un flegme anglais, d’autant que l’énergie explosive d’Emeline Bayart revient à chaque instant à la charge. Les chansons qu’ils chantent tous deux, alternativement, entre chaque tableau, sont un petit régal de drôlerie et de douceur, que le piano de Manuel Pectine irradie de volupté. On rit beaucoup durant ce spectacle, alors que Corinne Martin se révèle formidable dans le rôle de la bonne et de l’infernal Toto. Enfin, Manuel Le Lièvre impose un Chouillou ridicule, perclus d’impuissance et de gêne, devant ce spectacle du désastre qui lui révèle ouvertement l’annonce publique de son cocuage. Delphine Lacheteau et Vincent Arfa complètent cette distribution aux petits oignons pour ce spectacle totalement  réjouissant.

    Hélène Kuttner 

       

     

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