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    “Ça c’est l’amour” avec Josiane Balasko et Marilou Berry sublimes dans la tourmente

    Hélène Kuttner  6 février 2026
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    © Jean-Louis Fernandez

    Dans une éblouissante création, Jean Robert-Charrier nous plonge au cœur d’une famille où se reproduit la violence conjugale, que l’amour maquille souvent de ses douceurs ensorcelantes. Ecrite pour deux comédiennes magnifiques, Josiane Balasko et sa fille Marilou Berry, accompagnées de l’excellent Riad Gahmi, dans une mise en scène de Julie-Anne Roth, la pièce saisit le public par la puissance de l’émotion que ces situations réalistes suscitent, pour ne jamais oublier que l’amour seul ne suffit pas. Un véritable coup de poing théâtral.

    Emprise

    Dans une salle à manger illuminée encore par un sapin modestement décoré, Mathilde débarrasse la table, alors que la baie vitrée laisse voir la rue déserte. La décoration ordinaire de la maison laisse planer une atmosphère de morosité, malgré la soirée de Noël qui ne fait que commencer. C’est alors que Frédérique, sa mère, débarque à l’improviste. Il n’est que 21h, son mari et son fils sont déjà couchés, mais Mathilde voit d’un mauvais oeil sa mère débarquer, avec sa mauvaise foi et sa manière impérative de tout critiquer. D’ailleurs, pourquoi débarque-t-elle ce soir ? Après avoir déposé les cadeaux chez son autre fille, la « catho d’extrême droite », dont les deux jumeaux sont indissociables et insupportables, la mère revient vers sa cadette, plus douce et réservée que ne l’est l’ainée. Marilou Berry est magnifique de retenue et de secrets dissimulés, toute en tension et en sentiments refoulés, face à Josiane Balasko, rebelle magnifique, qui explose littéralement sur scène avec un rire rabelaisien, dévastateur, devinant derrière le silence de sa fille le lourd caillou jeté dans son bonheur conjugal. Et quand Philippe, que joue formidablement Riad Gahmi, apparaît le lendemain matin, après son travail, dans une attitude d’une violence extrême à l’égard de Mathilde, lui reprochant jusqu’à son existence même, on comprend peu à peu que derrière la façade d’une sérénité familiale sans nuages se dissimule le poison terrible de l’emprise, la perversité narcissique d’un homme jaloux et démoniaque, qui revêt soudain la posture séduisante de l’amoureux transi.

    © Jean-Louis Fernandez

    Une confiance inébranlable

    Saluons la qualité de la pièce de Jean Rober-Charrier, qui plonge crûment dans la violence quotidienne perpétrée par le père dans une famille, l’alcool aidant, avec son lot de dégâts et de réparations collatérales : les tempêtes et les éclats, les blessures et les accidents domestiques, chassés du jour au lendemain par des excuses et des réconciliations amoureuses. Les enfants, eux, voient et entendent tout. Ce sont les premières victimes de ces comportements déviants qui placent les femmes sous emprise des hommes violents. Les femmes aimantes et confiantes veulent y croire, sans avoir trop le choix, souvent dépouillées de leur indépendance financière et de leur carte bleue. La pièce est d’un réalisme poignant, et la mise en scène fine et subtile de Julie-Anne Roth ne souligne rien, n’alourdit jamais avec du pathos. Ce que nous avons devant les yeux, ce que nous entendons, grâce au talent stupéfiant des interprètes, c’est un couple, un enfant, une famille à la dérive mais qui sera sauvée, in fine, par la mère qui elle-même a vécu la même violence. La dernière scène, où l’on voit alternativement puis côte à côte Josiane Balasko et Marilou Berry, délivrant les mêmes faits, avec les mêmes mots, est bouleversante. Bravo à elles, bravo à toute l’équipe, que le public applaudit en larmes debout.

    © Jean-Louis Fernandez

    Hélène Kuttner 

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