Exposition Nourrir le Monstre – Eric Chevillard – galerie Anne Barrault
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Exposition Nourrir le Monstre Œuvres d’Eric Chevillard Jusqu’au 18 juin 2016 Du mardi au samedi de 11h à 19h Entrée libre Galerie Anne Barrault |
Jusqu’au 18 juin 2016
Tout était circonscrit, nous suffoquions dans la forme. Tu naissais poire et c’était parti pour la vie. Si ajustée, la peau sur le corps, que le cilice flottait autour comme un kimono de geisha. La gaine étranglait la cheville. Le moi constrictor étouffait toute velléité d’expansion. Nos dix doigts ne savaient que s’étrangler aux jointures. Tout virait au cramoisi. Nous versions des larmes de sang. L’apoplexie était la mort commune. Chaque chose saturée d’elle-même dépérissait, asphyxiée par son essence. Le nuage même ne pouvait se défaire que dans le nuage. Mais cela, c’était avant. L’ennui naissait du fatalisme morne de la matière. Un prurit rongeait la brique qui était pourtant dans la nature de la brique. Brique encore, l’infime poussière envolée. L’os ne valait pas mieux qui s’effritait aussi bien quand le molosse dormait dans sa niche. La chair se nécrosait à force d’être chair, repue d’elle-même jusqu’à l’écoeurement. Ta texture te barbouillait comme de la confiture. Jamais une plume ne te poussait si tu n’avais pas de croupion. C’était avant. Cela aussi, c’était avant. Au temps de la damnation. Puis il y eut les bouleversements que l’on sait. Par contagion ou par amour – les avis sur ce point divergent –, les formes contractèrent des mimétismes et les matières des lèpres rassembleuses. Les choses se rapprochèrent, aimantées. Il y eut des chocs, des collisions brutales, mais, généralement, ce fut assez doux, comme le marié dans la mariée. On nota plutôt qu’un fort courant de sympathie unissait des formes restées trop longtemps prisonnières de leur première empreinte. Elles s’en arrachaient comme on se désembourbe. Tout faisait puzzle. On respirait, cela surtout était nouveau. Il en alla de même des substances. Désormais, tu sèmes le grain de ta peau comme n’importe quel blé et, pour peu que tu aies du terrain, la récolte est fameuse. Personnellement, je recouvre toute chose de cuir d’éléphant. On ne confondra plus la sagesse de la ride avec le vieillard qui se lézarde, croyez-moi. Enfin, nous ne sommes plus piégés par notre idiosyncrasie. Tout s’emmanche et s’emboîte à volonté et à la perfection. Les lignes se brouillent si bien que tes silhouettes successives constituent la foule toujours en mouvement de tes façons d’être et de tes options. Ton ombre est partout dans la nuit. Le sang de ta jeune chair irrigue bien au-delà d’elle les organes dont tu pourrais avoir besoin chez autrui. Il n’a pas fallu produire un tel effort pour conquérir cette liberté. Tirer sur un fil, défaire un noeud, cela aura suffi sans doute. Ouvrir le sac, nourrir le monstre timide qui en est sorti. Étrange pourtant que l’idée ne nous soit pas venue plus tôt. Quelle peur nous retenait ainsi en nous-mêmes, blottis là-dedans, tapis au fond ? Le squelette en eut un jour assez de veiller ce cadavre. La moelle fusait dans ses os longs et courts. Il laissa derrière Sans cette audace, tout aurait continué comme avant. Une vie sans rachat, sans métamorphose. Le nouveau-né emmailloté une fois pour toutes dans les langes de la momie. Nous avons eu de la chance. A découvrir sur Artistik Rezo: [Source texte et visuel : © communiqué de presse / Courtesy Galerie Anne Barrault] |
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