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Abdelkader Benchamma : “J’aimerais que l’on regarde mes dessins comme un champ d’énergie”

13 novembre 2020
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Abdelkader Benchamma, Exposition Signes, 2020 © Isabelle Arthuis, Courtesy Templon, Paris – Brussels

L’exposition “Signes” d’Abdelkader Benchamma a eu lieu du 3 septembre au 24 octobre 2020 au sein de la galerie Daniel Templon à Bruxelles. L’artiste dévoile une exposition généreuse, qui s’approprie l’espace au travers de fresques immersives à l’encre noire.

Entre croyances et sciences, votre univers artistique résonne-t-il avec les recherches de Georges Lemaître, astronome et physicien, inventeur de la théorie du big bang ?

J’ai découvert les recherches de Georges Lemaître dans un ouvrage qui traitait des liens entre certaines découvertes d’astrophysique et des mythes et croyances provenant d’endroits du monde très variés. En découvrant les recherches de ce prêtre sur l’origine de l’univers et le Big Bang, prêtre qui échange avec Einstein, j’ai commencé à lire ses travaux et à collecter quelques images, notamment ses schémas sur l’expansion de l’univers. Lorsque j’ai revu le collège des Bernardins avec l’invitation de Gaël Charbau à l’esprit, au milieu des lignes des voûtes d’ogive qui se répercutent presque à l’infini, j’ai tout de suite pensé à ses recherches. C’est un sujet que j’ai approfondi pour cette exposition pendant la Nuit blanche. Je passe malheureusement trop vite à d’autres choses, je suis toujours en train de chercher…

© Isabelle Arthuis, Courtesy Templon, Paris – Brussels

Quelle importance a l’équilibre entre le vide et le dessin dans vos œuvres ? Le blanc est t-il perçu comme espace immaculé ?

Lorsque je dessine, le blanc est pensé comme une matière à part entière. Sauf que cette matière n’est pas tangible. Elle le devient grâce à l’utilisation du noir. Récemment le blanc se resserre dans mes dessins, on a l’impression qu’il s’infiltre tel un liquide, une respiration,  au travers de mes masses sombres et stratifies. C’est du vide, de la réserve, mais j’essaie de lui donner une matière, une densité. J’aimerais que l’on regarde mes dessins comme un champ d’énergie, avec des dynamiques qui se fossilisent, se durcissent, explosent, disparaissent… On regarde tous une image avec mille autres images en tête.

Le traitement esthétique de vos dessins s’inspire t-il des estampes japonaises?

Je pense avoir été japonais dans une autre vie ! Je ne connais pas plus qu’un autre l’histoire de l’estampe japonaise ni ses techniques. Je connais bien Hiroshige, Hokusai et quelques autres, qui sont de fabuleux dessinateurs, au même titre que Gustave Doré ou Odillon Redon. Mais je vois bien entendu des similitudes entre mon travail et leurs styles, sans regarder plus que cela leurs estampes. Pour moi, ces ressemblances viennent d’une manière commune de penser la nature et de penser sa représentation. Chez Hokusai, la nature n’est pas une scène que l’on regarde, de loin, comme chez les romantiques. C’est un espace mouvant, dynamique, violent, stylisé certaines fois qui nous entoure. L’on est au centre du paysage, et pas à côté. C’est entre autre cette manière de voir radicalement différente qui a attiré les peintres modernes tels Gauguin, Van Gogh…
Ensuite dans les estampes, la nature va être stylisée, tel un système de hachures, telle une roche représentée avec des griffes… Encore une fois, ce n’est pas la représentation qui prime, mais une idée de la nature.
Je dois avoir une vision de la nature qui serait quelque part commune avec les artistes japonais cités plus haut. Mes paysages sont des paysages mentaux, la nature est souvent là pour suggérer ou symboliser quelque chose dans mes dessins : une force, une mémoire archaïque, le pendant mystérieux et insaisissable de l’homme, une part irréductible. Pour les Japonais, quelque part le paysage est magique : il y a des arbres, des montagnes sacrées, la nature est réellement considérée comme vivante. C’est un esprit.

Dans la théorie de l’art moderne, Paul Klee affirme que “l’art ne reproduit pas le visible, il rend visible”. Cette phrase s’applique t-elle à la spiritualité de votre démarche artistique ?

C’est une très belle phrase, je l’avais notée il y a quelques années. Elle pourrait convenir à nombre de mes dessins… Il y aussi cette phrase de Paul Valéry que j’aime beaucoup : “même les choses invisibles se cachent.”

© Isabelle Arthuis, Courtesy Templon, Paris – Brussels

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre découverte du livre Book of Miracles ?

J’ai découvert Book Of Miracles dans une de mes librairies préférées, Strands Bookstore, à New York. Ça a été un choc esthétique, rare, comme la plupart des chocs. Les illustrations ne ressemblaient à rien d’autre et avaient l’air étrangement modernes. J’ai acheté le livre et je l’ai beaucoup regardé, beaucoup lu, sans savoir comment cela pouvait influencer mon travail.
Puis petit à petit, j’ai commencé à relier ces illustrations du 17ème siècle, qui circulaient de village en village, à des rumeurs et des images glanées sur internet, qui se propageaient également de site en site, en se transformant au fur et à mesure. J’ai alors développé ces idées de croyances, de miracles, d’apparitions contemporaines, via un réseau virtuel et protéiforme qu’est internet, dans une série de dessins, que je continue aujourd’hui.

Avez-vous choisi les arbres pour leur symbolique dans les textes coraniques et bibliques comme symbole de vie ?

Le choix de cette série d’arbres provient d’une image trouvée sur internent, dupliquée de site en site, représentant une forêt avec certains arbres qui se déforment pour suggérer en alphabet arabe, une prière.
J’ai trouvé cette image belle, elle m’a rappelé certaines illustrations qui étaient et sont toujours sur les murs de chez mes parents. C’est une image naïve, mystérieuse, et qui laisse encore une place à la magie.
Maintenant ces illustrations peintes à la main ont disparu et ont laissé place à des images réalisées sur ordinateur qui sont beaucoup plus prosélytes.

Propos recueillis par Isabelle Capalbo

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