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Benjamin Desoche : “Redécouvrir une matérialité perdue”

Baran Cengiz 4 mars 2021
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Benjamin Desoche

Rencontre avec Benjamin Desoche qui mêle l’imagerie numérique et mosaïque pour créer ses œuvres, avant de découvrir certaines de ses œuvres lors de l’exposition collective du Prix ICART Artistik Rezo 2021, pour lequel il est candidat.

Peux-tu nous présenter ton parcours ?

J’ai fait ma première année à l’École d’Art de Mulhouse. Ensuite, je suis allé à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon et j’ai fait mon Erasmus à l’école d’Athènes, où j’ai appris la mosaïque. Après mes études, j’ai fait un an de résidence dans la résidence sculpture céramique sur le thème du multiple à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon. Puis j’ai intégré les Ateliers Vauban (ateliers d’artistes de la ville de Besançon). Depuis janvier 2020, je suis aux Ateliers la Volière de Dijon.

Quelle est ta démarche artistique ?

Mon travail trouve son équilibre entre le motif contemporain du pixel et les différentes techniques artisanales, telles que la marqueterie, la céramique et la mosaïque. Les imageries numériques et techniques sont les sources principales de ma recherche qui orientent mon travail. Depuis l’origine de la décomposition du mouvement par Eadweard Muybridge, dans mes séries de mosaïques Back Flip et Front Flip, jusqu’aux logiciels de modélisation Open-Source utilisés pour générer mes multiples « bustes » composés de strates en céramique.

Ce qui m’intéresse avant tout, ce n’est pas de donner une définition la plus précise aux images, ou de tenter de définir une autre stratégie de compréhension du monde, mais simplement de rendre les choses palpables afin de redécouvrir une matérialité perdue.

“Paysage Wi-Fi One” © Benjamin Desoche

Que souhaites-tu que le public retienne de tes œuvres ?

D’une manière générale, mes pièces sont assez frontales. Je voudrais que le public comprenne que parfois il faut regarder mes œuvres très près pour voir les détails, pour se rendre compte du temps de réalisation. En effet, je fais tout moi-même. Je découpe mon arbre, je soude mes cadres en métal, etc. Dans un second temps, prendre du recul et voir l’œuvre dans sa globalité avec une œuvre très visuelle, un motif clair et impactant.

Qu’est-ce que « Demain(s) » t’inspire ?

Une question plus difficile… Je dirais que « Demain(s) » m’inspire de la difficulté. Pas forcément par rapport à l’actualité, mais j’ai l’impression qu’on ne donne plus assez de place aux rencontres, aux discussions et aux corps humains. J’ai l’impression qu’il faut vraiment leur donner une place principale et échanger un maximum, voyager, rencontrer les gens, dialoguer. C’est quand même le plus important et c’est comme ça qu’on peut créer.

Quelle est l’œuvre ou série dont tu es le plus fier ?

La série de 14 mosaïques intitulée Back flip, réalisée en 2015 pour mon DNSEP (Diplôme national supérieur d’expression plastique). Cette série reprend une planche chronophotographique d’Eadweard Muybridge s’intitulant Man Performing Back Somersault. J’ai choisi de reproduire, en mosaïque, une de ces planches car je voulais intégrer le mouvement dans mon travail, qui était la plupart du temps immobile et figé. Pour travailler le mouvement, j’ai donc étudié un de ceux l’ayant décomposé : Eadweard Muybridge.

Quand j’ai découvert ses planches dans le livre The human figure in motion, je me suis aperçu qu’au second plan de ces chronophotographies, on apercevait une grille dessinée sur le mur, composée de carreaux de 5 cm sur 5 cm. Cette grille servait de repère pour analyser et mesurer le mouvement. J’ai donc utilisé cette trame afin de pixéliser l’image. Cela m’a permis de dessiner mes propres formes de corps en mouvement à l’aide d’un logiciel, en utilisant un format de 30 pixels sur 45, soit le format de grilles utilisées dans le travail d’Eadweard Muybridge.

“Magnétisme” © Benjamin Desoche

Cette série est importante pour moi car ce sont les premières pièces que j’ai réalisées en revenant d’Athènes, en employant la technique de la mosaïque apprise lors de ce séjour. Il m’a fallu beaucoup de temps pour créer ces dispositifs : trouver du marbre de récupération ; le découper en milliers de cubes de 1 cm sur 1 cm sur 1 cm ; ensuite, réaliser des cadres en métal permettant de les accrocher au mur ; puis tout assembler avec le bon mortier.

Pour finir, c’est la première série de mosaïques que je réalise traitant du mouvement du corps. Thème que je développe encore aujourd’hui.

Quelles sont tes références ?

Mes références sont très visuelles, car j’aime les images fortes de sens. Je peux passer du temps sur des revues scientifiques qui parlent de dynamique de fluides, tout en m’intéressant à une revue d’anatomie médicale. J’aime l’image poétique de la photographie technique et scientifique. Que ce soient des images en noir et blanc d’une chronophotographie réalisée avec le fusil photographique d’Étienne-Jules Marey ou une image faite avec des millions de pixels prise par le satellite Hubble. Tout peut être source d’inspiration.

Concernant le motif du pixel, les jeux vidéo de mon enfance ont influencé et provoqué cette recherche permanente d’esthétisme très forte. Cela passe par un raisonnement logique permettant de montrer une image simplifiée.

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Je finis une série de 24 mosaïques sur la vidéo d’essais de la toute première bombe atomique répondant au nom de code « Trinity ». En parallèle de la mosaïque, je développe une technique de gravure sur marbre à l’acide. Le marbre étant calcaire, on peut le graver facilement par ce procédé.

Auparavant, j’utilisais le marbre simplement comme couleur pour mes mosaïques. En étudiant cette matière, je souhaiterais d’avantage lui redonner de l’importance. C’est passionnant de voir ce que l’on peut en faire, le graver, le colorer, le dorer…

Avec quel(s) artistes aimerais-tu exposer un jour ?

Sans hésiter, je dirais Antony Gormley, une de mes références dans le domaine de la représentation du corps. Il arrive à faire parler le corps d’une manière très poétique en confrontant le public à la sculpture.

Propos recueillis par Baran Cengiz

Plus d’informations sur le travail de Benjamin Desoche

Suivez sa participation au Prix ICART Artistik Rezo

Exposition collective en ligne du 5 au 7 mars

Remise des Prix dimanche 7 mars à 15h30

Modalités d’accueil du public susceptibles d’évoluer en fonction des contraintes gouvernementales (précisions et mises à jour en ligne)

Un événement organisé par des étudiants de l’ICART, l’école du management de la culture et du marché de l’art

À découvrir sur Artistik Rezo :

Prix ICART Artistik Rezo 2021, de Vanessa Humphries

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