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Charlie Le Mindu : “Je demeure fasciné par le mouvement du cheveu et du corps en général”

LIB de Alexander Ekman © Jubal Battisti

Charlie Le Mindu, 33 ans, est un artiste français mondialement connu dont le médium de prédilection est le cheveu. Il en a tout simplement fait de l’art. Créateur de la “Haute Coiffure”, nommé par Philippe Decouflé de “coiffuriste”, il ne connaît aucune limite si ce n’est celle de ses ciseaux.

Vous êtes jeune et pourtant il semble que vous avez déjà tout réalisé dans votre vie d’artiste. Vous avez créé des sculptures capillaires, des costumes en cheveux pour des danseurs, et notamment une performance entière au Palais de Tokyo. Vous réalisez du land art en décorant les arbres de cheveux. Vous êtes devenu un artiste pluridisciplinaire mais chez qui nous retrouvons toujours le cheveu. Pourquoi cette obsession ?

Initialement, je n’étais pas obsédé par le cheveu ; ce n’est qu’en travaillant dès mon plus jeune âge dans le salon de coiffure de ma tante que j’ai compris que par le cheveu, il était possible de rendre les gens heureux et c’est ce que je souhaitais avant tout. Je percevais qu’en touchant le cheveu, qui est une matière très intime, et tout en discutant avec le client, ma tante avait cette capacité de leur permettre de se sentir bien dans leur corps et dans leur tête, je voyais ainsi dans le coiffeur la figure du psychologue plus que celle du styliste. C’est par la suite que le cheveu est devenu une véritable obsession pour moi : il présente différentes textures et densités qui vont créer tel ou tel mouvements sur le corps. J’ai alors souhaité créer des vêtements et des costumes pour danseurs en cheveux. J’apprécie le fait qu’on remplace par exemple la douceur d’une fourrure par celle du cheveu pour lequel de surcroît aucun être vivant n’a été tué. J’ai toutefois bien conscience que le processus d’obtention de cheveux peut être dur : ils viennent souvent de femmes dans les temples en Inde, de femmes incarcérées ou de personnes décédées.

© Richard Burbridge

Prenez-vous justement en compte la provenance et l’histoire du cheveu dans vos créations ou tout du moins y pensez-vous ?

Aujourd’hui, il est de plus en plus difficile de connaître la provenance des cheveux. Après quinze ans d’expérience, à recevoir près de 70 kg de cheveux par an, j’arrive toutefois à identifier leur origine par leur épaisseur : s’ils sont indiens, russes, sibériens. J’utilise ainsi des cheveux d’une provenance précise pour des créations bien spécifiques. Par ailleurs, j’ai travaillé avec des médecins en trichologie (qui étudient le cheveu) qui sont capables, à partir du cheveu, de savoir sous quel traitement vous êtes ou ce que vous avez mangé la veille. Je les perçois presque comme des médiums : ce ressenti me vient probablement de mes origines tziganes. Bref, même si je n’ai pas toute l’histoire du cheveu, j’y pense toujours lorsque je crée.

N’êtes-vous pas contrarié que l’homme du futur soit toujours représenté imberbe ?

À vrai dire, j’aime les extrêmes : j’apprécie autant les corps très poilus que les corps complètement imberbes et ce, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes. Dans les deux cas, je trouve ça très beau et même très sensuel. Par ailleurs, dans certaines conditions, j’avoue que le cheveu peut être une matière rebutante et oui, ça vous surprend (Rires).

Massâcre de Jeroen Verbruggen © Alice Blangero

Vous créez des costumes pour des ballets. Quel est votre processus de création lorsque vous travaillez pour un chorégraphe ?

J’étudie tout d’abord la chorégraphie, les mouvements des corps et l’histoire du ballet. J’envoie par la suite des croquis aux théâtres qui ont tous pour la plupart leurs propres ateliers dont j’admire particulièrement les artisans qui maîtrisent à la perfection leur savoir-faire. Puis, je réalise les ajustements.

Il apparaît dans ces costumes, que vous utilisez de moins en moins le cheveu ?

S’il est vrai que je m’éloigne de ce médium imposant, je demeure fasciné par le mouvement du cheveu et du corps en général d’où l’intérêt que je porte pour la danse. Je vais donc utiliser des tissus organiques et transparents tels l’organza, des voiles légers ou des justaucorps aux résilles légères afin de rendre perceptibles le mouvement du corps, sa sueur et tout particulièrement l’ombre des muscles. Les costumes se doivent d’être une extension du mouvement.

Portrait de Charlie Le Mindu © Chloé Bonnard

Quels seraient vos rêves les plus fous et avec qui souhaiteriez-vous collaborer ?

L’architecte japonais Tadao Andō, sans hésitation. J’adorerais travailler avec lui. Il est temps de réaliser des lieux de vie dans lesquels la diversité serait représentée. J’ouvrirais un parc d’attractions hors norme basé sur la performance, le véganisme, le multimédia et la politique. Je souhaiterais comme le Facteur Cheval créer mon propre univers et l’animer moi-même. Malheureusement dans le milieu de l’art actuel, il est difficile de financer et de réaliser les univers que je souhaiterais mettre en place.

L’artiste Christo vient malheureusement de décéder. Emballeriez-vous de cheveux l’Arc de triomphe en son hommage ?

Ce serait intéressant puisque dans le même ordre d’idées, j’adorerais créer une perruque pour la Tour Eiffel. Je souhaiterais également réaliser des murs de cheveux à l’instar des murs végétaux de Patrick Blanc.

Quels sont vos projets ?

Je travaille pour différents ballets tels que le Sacre du Printemps à Genève ou avec le Ballet National de Marseille sur une nouvelle création qui s’intitule Room with a view, qui est une réflexion autour du mouvement du corps en révolte.

Retrouvez le travail de Charlie Le Mindu sur son compte Instagram @charlielemindu et son site Internet www.charlielemindu.com.

Propos recueillis par Annabelle Reichenbach

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