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    “HERBST” (Automne) de Ruprecht von Kaufmann à la Haus am Lützowplatz à Berlin

    Anna Remuzon 19 novembre 2025
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    Ruprecht von Kaufmann, "Herbstabend", 2025 © Courtesy Kristin Hjellegjerde Gallery

    Jusqu’au 4 janvier 2026, Ruprecht von Kaufmann investit la Haus am Lützowplatz pour une exposition solo intitulée “HERBST” (automne en français). Car derrière les couleurs vives et luxuriantes, c’est bien à un possible fracas que nous prépare l’artiste… comme une prédiction. Serait-ce déjà l’automne ?.. une saison pour parler d’une ville, d’une époque, qui dansent à nouveau sur les braises pour oublier qu’à chaque instant tout peut s’embraser et basculer… sonner la fin de la fête !

    Mimétiques, à un siècle d’intervalle, les années 20 ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête… comme ce ciel gris de fils barbelés. L’humeur y est paradoxale entre le plaisir et la crise… le luxe et la misère… la mémoire et l’oubli. Alors, la tentation est grande de se vautrer dans l’extrême illusion ou se noyer dans la débauche et l’insouciance pour ne pas voir venir l’orage. La sexualité y exprime la limite fragile entre l’espoir et le désespoir… ce point de bascule où le corps et l’esprit cherchent à se rassurer et en même temps à s’oublier… se réfugier dans l’amour, s’abandonner dans l’extase et le corps de l’autre comme dans le flot de l’existence. Les personnages obéissent en quelque sorte à leur destin… sans défense mais pas sans violence. Car c’est bien elle qui monte… individuelle et collective. Le regard de l’artiste est cru et sans idéalisme ou séduction… pour saisir la vérité de l’instant… fugace et invisible comme un photographe de rue. Le spectateur de l’œuvre devient ce témoin silencieux… ce passant, ce voisin, ce passager inaperçu. Il devient un personnage à part entière… un habitant du quartier. Il fait partie des murs.

    Ruprecht von Kaufmann, S-Bahn, 2025 © Courtesy Kristin Hjellegjerde Gallery

    L’artiste exprime à travers la peinture un humanisme brut et sans détours qui rappelle l’expressionnisme allemand (Dix, Kirchner…). Faire prendre conscience ! Il y a ce que l’on voit et ce que l’on intériorise comme la prémonition d’un changement redouté. Brûler sa vie par les deux bouts… de jour comme de nuit… juste au cas où. Pour embarquer le spectateur dans cette exposition, il s’appuie sur le lieu et l’espace. Il suggère l’architecture urbaine et domestique… du métro à la cour d’immeuble…. de la cage d’escalier à la chambre à coucher. Il retrace l’itinéraire possible d’une journée dans la vie de Monsieur tout-le-monde. Il recourt à des formats complexes et des installations qui appuient encore la puissance de cette narration in situ. Il met en scène l’ordinaire dans une théâtralité qui mêle la crasse au sacré… l’underground à la mondanité… le self-porno et la quête du succès. Il n’y a plus classes mais pour pied d’égalité, une même fatalité : l’ivresse des sommets et le vertige de l’existence.

    Ruprecht von Kaufmann, Altbau Idylle, 2025 © Courtesy Kristin Hjellegjerde Gallery

    Il met le spectateur face à lui-même… ses ambitions et ses échecs. Il touche au conscient et à l’inconscient… les joies, les désirs, les peurs et les excès. Les scènes sont comme des séquences de films… dont le scénario de fin reste à venir. Tantôt observateur, tantôt voyeur, le spectateur fait partie de cette comédie/tragédie humaine. Il se reconnaît dans tout et malgré tout. Face aux petits portraits individuels, comme autant de solitudes et d’états d’âmes… on retrouve des espaces collectifs où le couple, la société dans son ensemble, devient plus anonyme… indiscernable et redoutable. Les visages se brouillent, se cachent, se déforment… entre l’étrangeté et la familiarité. Difficile de lire leurs intentions derrière leur ambiguïté. La solitude reste prégnante mais elle est habitée… par un “Autre de compagnie”… pour traverser les périls de la vie… pour rester sain et sauf… ou au moins oublier la mort. À moins qu’il nous ignore… dans le vomis, la précarité, le désoeuvrement ou la nudité. L’ “Autre” ne veut pas voir ce qui lui fait peur (surtout en lui- même)… alors, indifférent, il regarde ailleurs ou bien dehors par la fenêtre… ou plutôt sur l’écran de son smartphone. Seul avec tout le monde… comme un poème de Bukowski :

    Alone With Everybody (Seul avec tout le monde)

    La chair recouvre l’os
    et ils y mettent un esprit
    et parfois une âme,
    et les femmes brisent
    des vases contre les murs
    et les hommes boivent trop
    et personne ne trouve
    l’élu(e)
    mais continuent
    à chercher
    à ramper dans et hors
    des lits.
    la chair recouvre
    l’os et la
    chair cherche
    plus que
    de la chair.
    Il n’y a aucune chance
    du tout :
    nous sommes tous piégés
    par un destin
    singulier.
    Personne ne trouve jamais
    l’élu(e).
    Les décharges de la ville se remplissent
    les dépôts de ferraille se remplissent
    les maisons de fous se remplissent
    les hôpitaux se remplissent
    les cimetières se remplissent
    rien d’autre
    ne se remplit.

    Plus d’informations :

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    Anna Remuzon

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