Juan-Manuel Abellán ou la mémoire de l’absence
Des êtres qui se rencontrent, s’éloignent, se séparent. Des êtres absorbés par l’intranquillité de leur existence et qui, soudainement, refont surface dans la plus grande quiétude d’un lieu encore habité par le souvenir. Un sursaut. Puis, le silence. Un retour vers soi. Un souffle qui nous rappelle notre présence au monde. L’imperceptible trace accomplie par notre mouvement et qui offre en héritage notre effacement.
L’univers de Juan Manuel Abellán est emprunt de mélancolie et de désarroi face au temps qui passe. Inspiré par la poésie et la littérature sud-américaine d’Alfonsina Storni et Mario Benedetti, les chansons de Barbara, la danse de Martha Graham, l’artiste met en scène les images qui ont nourri son imaginaire. En 2007, il réalise la série « La Chute des Anges », où il réinterprète dans une version très contemporaine des oeuvres magistrales de la peinture et de la sculpture tels que l’Ophélie de Millais et la Pietà de Michelangelo.
De tempérament passionnel, J.M. Abellán véhicule cette énergie physique, intense, parfois excessive qui le caractérise en la transposant dans le sujet de ses photographies. On a le sentiment chez lui que la passion mérite que l’on s’y livre corps et âme. Il cherche dans la nudité du corps une vérité essentielle, détachée d’une quelconque maîtrise de soi. Les corps sont souvent photographiés à distance et les visages en plan serré. L’artiste effleure puis caresse. Derrière la fougue, la douceur.
La série qu’il présente aujourd’hui, loin des sujets mythologiques, s’approche d’une vérité plus intimiste qui mêle émotions et sentiments dans une atmosphère à la densité ombrageuse. Il joue sur les contrastes en passant de l’intensité du rouge à la sobriété des gris bleutés. La récurrence du clair-obscur est révélatrice de la nature ambivalente de l’homme. Tel un prédateur, il sonde la faille, celle qui nous fait fléchir et nous rend vulnérables. Les paysages épurés, étranges et désertiques plongent ses personnages dans un monde inquiétant, sombre et fantomatique.
La photographie tient lieu de rencontres. Les portraits des anonymes comme des personnalités lui permettent de créer un lien, même éphémère, qui en constituera sa mémoire. Pour lui, il s’agit de construire une généalogie personnelle constitutive des différentes périodes de sa vie. L’artiste cherche, expérimente et tend à se trouver dans la nécessité d’exprimer sa réalité propre à travers des thématiques qui restent universelles.
Bien qu’il ait déjà exposé en France au Centre Pompidou (la collective « Les yeux Ouverts », 2006) et en Espagne, cette exposition est une occasion inédite de découvrir son travail.
Géraldine Tachat
Exposition de Juan-Manuel Abellán
A l’occasion des ateliers portes ouvertes de Montreuil
Du 19 au 22 octobre 2012
Le vendredi 19 octobre à partir de 19h
Les 20, 21 et 22 octobre de 14h à 20h
Benjamin Georgeaud
68, rue Beaumarchais
93100 Montreuil
[Visuel : courtesy de l’artiste]
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