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LE BAL

17 septembre 2010
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Un nouveau lieu d’exposition dédié à l’image-document ouvre ses portes dans le 18ème arrondissement de Paris, à deux pas de la place Clichy. Initié par l’Association des Amis de Magnum Photos, présidé par Raymond Depardon et dirigé par Diane Dufour, LE BAL se veut un lieu de confrontation et d’interrogation sur les signes documentaires, l’image et ses interprétations.

 

Ancienne guinguette des années folles laissée à l’abandon et acquise en 2008 par la Ville de Paris, LE BAL  offre une architecture sobre et fonctionnelle sur 300 m² d’exposition, avec en prime une librairie et un café ouvert sur l’impasse de la Défense et le jardin des deux Nèthes.

 

Anonymes, L’Amérique sans nom : photographie et cinéma : titre de l’exposition inaugurale du Bal, met en résonnance le travail de 10 artistes photographes et vidéastes. Walker Evans, Standish Lawder, Lewis Baltz, Anthony Hernandez, Sharon Lockhart, Jeff Wall, Bruce Gilden, Arianna Arcara & Luca Santese et Doug Richard, tentent chacun à sa façon de dire le monde au-delà des apparences. Rien de plus signifiant dès lors que cette notion d’anonymat, caractère intrinsèque des sociétés industrielles et postindustrielles qui tendent à nier l’individu au profit d’une acculturation globalisante et aliénante.

 

L’exposition s’ouvre sur un ensemble méconnu d’images documentaires photographiées, mises en page et commentées par Walter Evans pour Fortune Magazine dans les années trente. Outil omniprésent du monde moderne, que faire pour que l’image documentaire échappe à la déferlante visuelle de nos sociétés industrialisées et pour qu’elle signifie bien plus que ce réel qu’elle croit fixer et qui n’est rien d’autre qu’une fin en soi ? L’hyper-réalité que travaille l’image à travers la photographie ou la vidéo est pour Jean Baudrillard le meilleur moyen d’analyser et de repenser nos sociétés contemporaines.

 

Anthony_HernandezAnthony_Hernandez_Vermont_ave.ampLes écritures sont multiples et si Lewis Baltz choisit une apparente neutralité pour dire l’urbanisation galopante et uniforme de la Californie, il n’en interroge pas moins ses probables effets sur nos modes de vie et le type d’individu produit par cet environnement. Autre lieu, autre univers chez Sharon Lockart pour son film Lunch Break (2008), mais toujours ce même sentiment d’aliénation et de soumission à une réalité politique, économique et sociétale qui joue de l’anonymat des individus pour imposer son contrôle.

 

Google Street View

 

Il faut sans doute avoir vécu Los Angeles pour saisir toute la finesse critique des photographies de la fin des années 1970 d’Anthony Hernandez. En véritable topographe il témoigne de l’inanité de la mégalopole où chaque déplacement est conditionné par la voiture. Le paradoxe s’installe alors entre l’univers grouillant de la ville et les distances silencieuses quasi oppressantes de ces avenues interminables brulées par le soleil et dont sont dépendantes les populations les plus démunies.

 

Contemporanéité quasi obsolète mais non moins terrifiante du travail de Doug Rickard sur Google Street View. Quelles stratégies de résistances mettre en place contre ce genre d’outil, cousin subtil de Big Brother et qui sous couvert de flouter les visages des personnes photographiées n’en est pas moins une banque d’images et un outil de surveillance constamment perfectionné.

 

Si les grandes agences de photographies ne sont plus les seules sources d’images, si tout un chacun peut se prévaloir de faire de la photo, c’est bien l’intentionnalité de l’image documentaire qu’il convient d’interroger.

 

Au-delà de la banalité du quotidien, cette notion d’anonymat soulève de manière éloquente la résonnance que peut entretenir ce médium avec l’histoire en marche. Une tentative sans doute d’apporter une réponse à la question de Marc Augé : « comment représenter un monde qui se définit par la représentation, qui ne cesse de s’enregistrer et de s’enregistrer s’enregistrant ? ».

 

Karine Marquet

 

 

© Anthony Hernandez, Vermont ave.& Wishire blvd, 1979 pour Mu

 

 

LE BAL – Portes ouvertes samedi 18 et dimanche 19 septembre 2010

Ouvert du mercredi au samedi  12h-20h / dimanche 12h-19h

Tarifs : 4 euros / réduit : 3 euros

Informations : 01 44 70 75 50

 

LE BAL

6 Impasse de la Défense

75018 Paris

Métro Place de Clichy

 

www.le-bal.fr

 

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